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Liban

Dans le caza de Zghorta, deux sit-in aujourd’hui, mais avec deux messages différents

Crise des déchets

Michel Moawad et Tony Frangié protestent contre la suspension de l’aménagement d’une décharge à Terbol.

14/08/2019

Il a suffi d’un seul tweet posté par les deux députés de Zghorta Michel Moawad et Tony Frangié pour que la majorité écrasante des habitants du village s’abstienne de participer au sit-in de lundi dernier, organisé afin de dénoncer la crise des déchets qui frappe plusieurs régions du Liban-Nord. Malgré les appels lancés par les deux députés en vue du report du sit-in à aujourd’hui, mercredi, une trentaine de personnes se sont quand même rassemblées lundi à midi à Zghorta pour réclamer une solution urgente à cette crise qui s’est aggravée durant le mois de juillet avec la fermeture du dépotoir de Adwé pour non-conformité aux normes sanitaires requises.

Vendredi, les quatre cazas de Minieh-Denniyeh, Zghorta, Bécharré et Koura étaient parvenus à un accord sur la création d’une décharge à Terbol, mais le Premier ministre Saad Hariri a fait marche arrière, appelant le ministre de l’Environnement, Fady Jreissati, à suspendre l’opération d’aménagement de la décharge de Terbol menée par son ministère. Tard en soirée, on apprenait qu’un accord avait été conclu en vue de l’ouverture de cette décharge. Effectivement, des camions ont entrepris de verser des déchets dans le secteur, mais les habitants de la localité n’ont pas tardé à réagir violemment, s’opposant par la force au déversement des déchets et menaçant de couper les routes de la région. Des escarmouches ont éclaté à l’heure d’aller sous presse, faisant un blessé.

Pour en revenir à Zghorta, des activistes zghortiotes avaient lancé durant le week-end écoulé un appel sur les réseaux sociaux, invitant les habitants de la région à se rassembler lundi dernier à midi à Zghorta pour protester contre la situation dans laquelle se trouve le caza dont les rues sont noyées de déchets qui atteignent les quartiers résidentiels. Mais la plupart de ces activistes ont fini par s’abstenir de participer au sit-in, se conformant ainsi à l’appel lancé par les deux députés du caza. Pourtant, ce sont ces activistes qui avaient pris l’initiative d’organiser ce sit-in et qui avaient adopté le slogan « Nous refusons de célébrer la fête de l’Assomption alors que nos villages sont noyés de déchets ».

Dimanche, MM. Moawad et Frangié ont posté chacun le même tweet : « Tout le monde est au courant de la complexité de la crise des déchets qui affecte les quatre cazas du Liban-Nord : Minieh-Denniyeh, Zghorta, Koura et Bécharré. Nous refusons et condamnons la défaillance de l’État au niveau du suivi et de la mise en œuvre des solutions proposées, mais par respect pour la fête de l’Adha, nous prions les habitants de la région de remettre leur sit-in à après les fêtes pour plus de coordination. Nous préparerons ensemble les prochaines formes de mobilisation sur le terrain. »



(Lire aussi : Crise des déchets au Liban-Nord : le gouvernement "traîne les pieds", dénonce HRW)



De fait, le sit-in soutenu par les deux députés a été remis à aujourd’hui midi à Zghorta. Cette mobilisation rassemblera, selon les organisateurs, un grand nombre d’habitants qui brandiront le slogan « Notre santé contre vos marchés » et exprimeront leur refus de la décision prise par M. Hariri d’arrêter les travaux dans la décharge de Terbol. Dans ce cadre, le député Michel Moawad a déclaré hier qu’il ne permettra pas de conclure des « deals » (marchés) au détriment de la santé des habitants de Zghorta. « Les surenchères n’ont rien à voir avec les critères sanitaires, ni avec les nappes souterraines et les tensions communautaires », a-t-il déclaré avant de poursuivre : « Certaines parties tentent de mettre la main sur le centre de tri et de louer le terrain à l’État libanais par le biais de marchés, mais la vérité sera bientôt révélée. »

Parallèlement, un autre rassemblement aura lieu à la même heure, à midi, mais à Ehden, devant le siège de la municipalité. Pierre Moawad, activiste indépendant, a appelé avec un groupe de personnes indépendantes à ce sit-in pour véhiculer un message différent : « Tout d’abord, le rassemblement qui aura lieu à Zghorta est fortement politisé et affilié aux leaders zghortiotes. Placé sous le thème “La journée de la colère zghortiote”, il est dirigé contre l’autre », affirme Pierre Moawad, en allusion aux habitants de Terbol qui s’opposent au projet de la décharge. Sur les réseaux sociaux, les habitants de ce village disent refuser d’accueillir chez eux les déchets d’autrui.

« Il faut arrêter de se dédouaner et de rejeter la responsabilité sur autrui. Ce sont les autorités locales, notamment le conseil municipal, qui sont censées assumer leurs responsabilités et trouver une solution à cette crise », affirme-t-il avant de poursuivre : « Il faut cesser d’accuser les autres. Nous nous rassemblerons à Ehden, même si nous ne serons pas nombreux, pour rappeler qu’il est absurde d’accuser les aounistes, les Forces libanaises, le Premier ministre, le mouvement Amal ou n’importe quel autre parti d’avoir déclenché la crise des déchets dans le caza de Zghorta, ou alors d’avoir entravé la mise en œuvre des solutions proposées. » Selon M. Moawad, le conseil municipal de Zghorta aurait dû anticiper la crise et mettre en œuvre un plan B, conforme aux critères sanitaires, bien avant la fermeture du dépotoir de Adwé, qui d’ailleurs se profilait à l’horizon depuis plusieurs mois. Et M. Moawad de conclure : « Le sit-in que nous organisons ne vise ni les habitants de Terbol ni ceux de Tripoli parce que nous sommes tous affectés par la même crise, et nous devons, au contraire, être solidaires les uns des autres. »

Hier dans la journée, le Courant patriotique libre, branche de Zghorta, a publié un communiqué dans lequel il annonce qu’il ne participera pas au sit-in qui aura lieu aujourd’hui à Zghorta. « Le CPL n’a pas été invité à la réunion de coordination qui a eu lieu hier à Ehden entre les différentes composantes de la société zghortiote, dont nous faisons partie, pour discuter du sit-in prévu à Zghorta. Et puisque nous croyons en la mise en place de solutions et du fait que nous ne sommes pas à la base de ce problème, notre main restera tendue à ceux qui désirent collaborer dans l’objectif de mettre fin à la crise des déchets », peut-on lire dans le communiqué du CPL.



(Lire aussi : Jreissati : Pas de solution à la crise des déchets sans tri à la source)



Résoudre la crise
Pour en revenir au sit-in de lundi dernier, une douzaine de personnes se sont rassemblées sous un soleil de plomb au rond-point al-Akbé à Zghorta, à midi pile, pour protester contre la défaillance des autorités locales et des responsables au niveau de la résolution de la crise des déchets. Pour un observateur qui suivait ce rassemblement de loin, il semblait que ces manifestants étaient les seuls à être affectés par les déchets empilés dans tous les coins de rue, alors que les hôpitaux reçoivent quotidiennement un grand nombre d’enfants souffrant de maladies dues à la pollution. Ce n’est qu’au bout d’une heure que le nombre des protestataires s’est élevé à une trentaine de personnes.

« Nous nous attendions aujourd’hui à une participation massive de la part des Zghortiotes, mais la donne a changé du jour au lendemain », a précisé Mikhaël Douayhi, président de la Fondation Kheir wa Enma’ et ancien candidat à la présidence du conseil municipal à la tête d’une liste indépendante. « Ce sit-in prévu était censé être indépendant de toute affiliation politique pour dénoncer cette situation honteuse, a-t-il souligné. Les protestataires qui se trouvent rassemblés ici aujourd’hui (lundi) représentent la majorité silencieuse qui a été amenée à perdre tout espoir, à baisser les bras et à se soumettre à la volonté des leaders politiques. » M. Douaihy a appelé tous les responsables politiques et religieux à œuvrer sérieusement à sauver la région de cette catastrophe. « Avec trois députés au Parlement et un ministre, la situation à Zghorta devrait être meilleure, mais il semble que la plupart des responsables zghortiotes ne travaillent pas pour l’intérêt du peuple qui les a élus », a-t-il affirmé.

De son côté, Antoine Yammine, activiste, a affirmé que « ce sit-in était censé rassembler le plus grand nombre d’habitants, mais une partie a préféré le remettre à mercredi ». « De notre côté, nous avons choisi de camper sur nos positions parce que si ce sont les politiciens qui ont remis le sit-in, nous n’avons pas confiance que le sit-in aura jamais lieu », a-t-il déclaré avant de poursuivre : « Le sit-in en soi n’est pas le but, mais il faut exercer une pression sur les autorités locales et nationales parce que la situation est devenue insupportable. »

Raghda Abboud, pédiatre, abonde dans le même sens : « La situation est inacceptable. Je participe aujourd’hui (lundi) à ce rassemblement en tant que mère de deux enfants, mais également en tant que pédiatre parce que nous recevons tous les jours dans nos cliniques des cas d’empoisonnement, de diarrhée et de vomissement, des allergies et du virus coxsackie, dus aux déchets empilés dans les quartiers. » Et de conclure : « Nous ne faisons que revendiquer notre droit car vivre dans un environnement propre et sain est un droit citoyen. »



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Assoun F

Bon sang,
Comment font les autres pays pour traiter les dechets??est-ce compliqué de demander de l'aide aux nations unies ou aux autres institutions environnementalles internationnles (maires des grandes villes du monde par ex) si nous au liban on ne sait pas comment faire ???

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