Rana Beaïno et son époux. Photo ANI
Rana Beaïno, la mère de famille décédée fin juillet dans des circonstances suspectes (sa famille estimant que sa mort est due aux coups de son mari), a été inhumée hier dans son village natal de Kfardébiane. Au même moment, Charbel Habre, l’époux, continuait d’être interrogé par le juge d’instruction du Mont-Liban, Ziad Mekanna, et de nier avoir battu son épouse.
Contacté par L’Orient-Le Jour, Habib Zogheib, un des avocats de la famille de la victime, a estimé qu’« il y avait beaucoup de contradictions dans les déclarations de M. Habre ». « Il a nié avoir battu Rana. Mais le rapport du médecin légiste dit qu’il y avait des traces de coups antérieures à l’accident », a confié Me Zogheib.
Rana Beaïno, contrôleuse des douanes et mère de trois filles, se trouvait à bord de la voiture de son mari, dont elle est tombée, lorsque le drame a eu lieu, le 24 juillet à Bhamdoun. Elle est décédée trois jours plus tard. Selon l’époux, la jeune femme de 30 ans serait tombée de la voiture après avoir oublié la portière ouverte. La famille de la victime affirme qu’elle est morte des suites de blessures provoquées par son mari. Le père de Rana, Joseph Beaïno, avait refusé de l’inhumer avant que l’autopsie ne soit réalisée.
« Lors de sa première déposition à Bhamdoun, Charbel Habre a dit que sa femme était tombée de la voiture car la portière était mal fermée. Maintenant, il dit qu’ils ont eu une violente altercation et qu’elle a volontairement sauté de la voiture. Sauf que le rapport du médecin légiste affirme que Rana a subi des violences avant de mourir. Son mari l’aurait frappée avec son téléphone et avec les mains, visant son cou et d’autres parties de son corps », indique Me Zogheib.
(Lire aussi : La jeune femme a subi des violences à deux reprises avant de tomber de voiture)
« Il est clair que les traces présentes sur le corps de Rana ne sont pas dues à l’accident et le médecin légiste l’a clairement démontré. Les parents de la victime étaient au courant du fait qu’elle était battue par son mari. Ses parents lui ont proposé de revenir chez eux, mais elle a refusé d’abandonner ses enfants. À une occasion, elle a fait la moitié du chemin entre le domicile conjugal et celui de ses parents, puis elle a changé d’avis et elle est revenue chez son mari », confie l’avocat.
Selon le rapport du médecin légiste Élias Khoury, dont L’OLJ s’est procuré une copie, la jeune femme a « probablement succombé à une thrombose provoquée par un caillot sanguin ou à un arrêt cardiaque qui aurait pu être généré par une hausse de troponine », une substance protéique qui régule la contraction du muscle cardiaque.
« Nous sommes face à la dépouille mortelle d’une femme de race blanche âgée d’une trentaine d’années, décédée en raison de violences vécues au moins à deux reprises. Sa chute d’une voiture en marche ne permet pas d’expliquer toutes les traces présentes sur son corps. Des complications très dangereuses en ont résulté, notamment une hémorragie et une tumescence au niveau du cerveau, ainsi qu’une hémorragie au niveau des poumons et des complications cardiaques », peut-on lire dans le rapport.
Le juge devrait commencer à entendre les témoins dans cette affaire mercredi prochain. Rana Beaïno a été enterrée hier à Kfardébiane. Des vidéos qui ont circulé sur internet montrent son cercueil blanc exhibé dans le village et accompagné d’une fanfare. Le patriarcat maronite a pour sa part appelé, dans un communiqué publié hier, la justice à « faire la lumière sur ce crime et à sévèrement punir le tueur ».
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18 h 20, le 10 août 2019