Liban

L’hystérie – 5 –

La psychanalyse, ni ange ni démon
08/08/2019

Rebelle à toute stigmatisation qui la caserait et la réduirait à n’être que ça, l’hystérie bouscule la quiétude de l’analyste dans son fauteuil, le met en garde contre le fait de jouer au psychiatre, au médecin, ou à un quelconque maître qui saurait à l’avance ce qu’elle va dire. Si elle a permis à Freud d’inventer la psychanalyse, elle attend de tout analyste après lui de réinventer, avec elle, sa propre psychanalyse

Autant chez la femme que chez l’homme, on admet depuis Freud que la question principale de l’hystérie, qui ordonne sa structure et la plupart de ses symptômes, s’énonce ainsi : « Suis-je un homme ou suis-je une femme ? » Quoique Freud ait pu dire sur la bisexualité fondamentale de l’être humain, on pardonne rarement à l’hystérie de mettre en scène cette vérité, de la dramatiser et de l’actualiser selon les données culturelles différentes de chaque époque. Même si à notre époque le terme « bi » désigne les sujets qui vivent leur bisexualité de façon tolérée par la société occidentale.

Mais pour l’hystérie féminine, il existe une autre question, que nous avons vue la dernière fois, tout aussi importante que la première et tout aussi agissante au niveau du fantasme et des symptômes, voire plus : « Suis-je une bonne ou une mauvaise mère ? »

Ces deux questions tentent de répondre au mystère de la jouissance féminine, question éminemment dangereuse et pour l’hystérique et pour son milieu. Comme on l’a vu la dernière fois et comme le dit remarquablement François Perrier, c’est parce que l’hystérie « mobilise les défenses inconscientes contre le mystère toujours redoutable de la sexualité féminine que la ligue se reforme pour dénoncer, d’époque en époque, l’hystérie comme impudique image de la mauvaise mère et, tout autant, ambigu désordre d’une chair androgyne ». L’hystérie donne à voir son refus d’être réduite à un quelconque destin anatomique qui répondrait à une idéologie de la complémentarité des sexes. Elle se pose dans la supplémentarité, en tant que la jouissance est un plus. Elle refuse également de n’être bonne qu’à copuler pour procréer, conteste sa position de mère pour revendiquer sa position de femme, et de femme qui veut jouir.

Ces défenses inconscientes contre le mystère de la sexualité féminine dont parle Perrier s’expriment différemment selon les époques. Ainsi, au Moyen-Âge, la chasse aux sorcières était déclenchée sous le prétexte d’empoisonnement des puits ou d’avortement des vaches, mais en réalité, elle était la vengeance des inquisiteurs contre « celles qui connaissaient, lors des sabbats, des jouissances secrètes, à elles seules réservées » «. Avant Charcot, on accusait les hystériques de simulation et de mensonge parce qu’on supportait mal la jouissance féminine qu’elles mettaient en scène. En opisthotonos, le corps hypertendu et cambré en arrière, ou plus tard hypnotisées sur les bras de Charcot, les hystériques de la Salpêtrière donnaient à voir quelque chose de cette jouissance féminine mystérieuse. Mais c’est surtout sur leurs visages qu’on retrouvait l’expression de l’extase propre aux mystiques, comme le montre bien le tableau de Bernini, l’extase de sainte Thérèse (d’Avilla). Chez les mystiques, la transe ou l’extase indiquent que le contact avec quelque chose de divin a bien eu lieu. Et c’est bien ce contact avec quelque chose de divin que recherche l’hystérie.

Or c’est cette rencontre avec le divin qui spécifie la jouissance féminine, marquée ainsi du sceau de l’infini. Lacan en a longuement parlé dans son séminaire Encore. La jouissance de la femme y est présentée comme une jouissance Autre, une jouissance infinie. Et comme il existe une limite à toute jouissance, à moins qu’elle ne soit divine, ce sont les enfants de la femme qui la produiront. Les enfants sont « le bouchon de la jouissance » féminine, dira Lacan. D’où l’amélioration des symptômes hystériques lorsqu’elle tombe enceinte.


Dans la même rubrique

L’hystérie – 4 –

L’hystérie -3-

L’hystérie -2-

L’hystérie -1-

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET L,HYSTERIE SATANIQUE QUI FRAPPE DE PLEIN FOUET LES ABRUTIS QUI NOUS GOUVERNENT SPECIALEMENT EN CES JOURS APRES QABRCHMOUN QUITTE A DETRUIRE LE PAYS ET DONT LES TRAITS SONT TIRES DU SOMMET QUI POURRAIT NOUS L,ANALYSER ET NOUS L,EXPLIQUER ?

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

À Baabda, un Conseil des ministres sous pressions internes et externes

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants