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Liban

L’hystérie – 4 –

La psychanalyse, ni ange ni démon
01/08/2019

Parce que la femme hystérique « mobilise en nous les défenses inconscientes contre le mystère toujours redoutable de la sexualité féminine, que la ligue se reforme pour dénoncer, d’époque en époque, l’hystérie comme impudique imago de la mauvaise mère et, tout autant, ambigu désordre d’une chair androgyne ».

Cette poétique description de l’hystérie par François Perrier (1922-1990), brillant élève de Jacques Lacan, pourrait résumer à elle seule la place, la fonction sociale de l’hystérie depuis l’Antiquité grecque, en passant par la chasse aux sorcières pendant l’Inquisition, à l’enfermement dans les asiles jusqu’à la fin du XIXe siècle, à sa libération par Charcot, à son ennoblissement par Freud au début du XXe siècle, jusqu’à nos jours où elle subit depuis le milieu des années 80 une nouvelle discrimination par la classification psychiatrique américaine : le DSM IV, V, qui l’a exclue de sa nomenclature. Nous consacrerons à cette dernière discrimination une rubrique entière, tant elle nous intéresse aujourd’hui.

Nous luttons contre l’hystérie parce qu’elle réveille en nous nos craintes devant la sexualité féminine et devant l’impudique image de la mauvaise mère.


La maternité, mystère majeur de la féminité

Comme toujours, il faut remarquer que quand on parle de l’hystérique au féminin, ce n’est pas anodin : la femme hystérique doit rester l’objet de disqualification et de discrimination. Mais il y a des hommes hystériques autant que de femmes obsessionnelles.

Seulement, si l’hystérie est « une maladie de la féminité », on peut ajouter que c’est aussi une « maladie de la maternité ». Depuis l’Antiquité, l’hystérie désigne l’utérus (hustéra, matrice ou utérus), et interroge donc l’autre figure de la féminité qu’est la maternité.

Le rapport de Dora à Mme K., fait « d’adoration » et de contemplation, ne semble pas limité seulement à la dimension de l’homosexualité, comme l’a reconnu Freud après coup. Même si en 1923, avec la question de l’homosexualité, il semble s’être beaucoup plus rapproché de ce qui pouvait intéresser Dora qu’il ne l’avait saisi en 1905.

Or, s’il est classique de considérer que dans le jeu de ses identifications, la femme hystérique adopte la position de l’homme pour sonder la femme en son mystère, ce n’est pas nécessairement dans un désir homosexuel. Si dans son rapport à un couple, l’hystérique est toujours intéressée par la femme de l’homme qui l’attire, d’où la fréquence « des scènes à trois » dans ses fantasmes, c’est parce qu’elle est à la recherche des deux mystères de la jouissance féminine et de la maternité.

Si, en effet, l’hystérique s’identifie plus à son père qu’à sa mère, pour sonder celle-ci en son mystère (le mystère de la féminité), il est important de ne pas oublier que l’un des deux mystères de la féminité reste la maternité. Ainsi a-t-on souvent constaté une amélioration des symptômes hystériques chez la femme enceinte. Ce qui nous permet de poser la question de l’oralité chez l’hystérique sous un éclairage autre que celui de la dévoration phallique. Le sein désigne pour elle le symbole même de la maternité.

Sans oublier que la maternité et la féminité sont en conflit, un autre conflit que celui de la féminité/masculinité. La maternité met à mal la féminité de l’hystérique qui ne supporte ni la déformation de son corps ni la fonction de l’allaitement qu’elle rabaisse à une dimension animale. Le rejet de la fonction maternelle au profit de la fonction féminine amène l’hystérique à des fantasmes infanticides qui resteront toujours des fantasmes et ne passeront jamais à l’acte. Ce qui ne l’empêche pas d’en être affectée et de se sentir coupable de ces fantasmes infanticides. Voilà pourquoi ses symptômes guérissent quand elle est enceinte : c’est la preuve qu’elle n’est pas une mauvaise mère.


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