Michel Aoun et Saad Hariri. Archives « L’Orient-Le Jour »
Fragilisés par le conflit politique autour du règlement de l’affaire de l’incident meurtrier de Qabr Chmoun en juin dernier, puis par la polémique autour de l’article 80 du budget, contesté par le président Michel Aoun parce qu’il prévoit un cavalier budgétaire, les rapports entre Baabda et le Sérail ont subi hier un nouveau revers qui s’est manifesté par une « guerre des sources » entre les deux pôles de l’exécutif.
Le président Michel Aoun a créé la surprise dans la journée en prenant contact avec le Premier ministre, Saad Hariri, pour lui demander, en s’appuyant sur le droit que lui confère la Constitution à ce niveau, de convoquer le Conseil des ministres, paralysé depuis le 2 juillet, alors que la veille, il avait annoncé devant le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, qu’il « donnait sa chance aux contacts en cours » afin que les incidents meurtriers de Qabr Chmoun, à l’origine du blocage, soient réglés.
« Les hommes politiques s’occupent de l’affaire de Qabr Chmoun. Moi, je suis responsable du respect de la Constitution et des lois en vigueur. Je donne donc une chance aux contacts en cours. La seule solution serait de confier l’enquête à la justice et d’agir en fonction de ses résultats », avait déclaré le chef de l’État devant Joseph Aoun.
Moins de vingt-quatre heures plus tard, il prenait contact avec Saad Hariri, en dehors du Liban pour le week-end, afin de lui demander de convoquer le Conseil des ministres en soulignant l’impact négatif de la paralysie du gouvernement sur le fonctionnement de l’État, alors que le pays traverse une crise économique et que le vote du budget aurait dû permettre à l’État de fonctionner de nouveau à plein rendement.
Dans sa démarche, le chef de l’État a mis en avant son droit constitutionnel en se fondant sur l’alinéa 12 de l’article 53 de la Loi fondamentale qui précise que le président « convoque, en accord avec le chef du gouvernement, le Conseil des ministres à titre exceptionnel chaque fois que cela lui paraît nécessaire ».
Sauf que, dans le contexte de crise qui persiste après l’échec de toutes les médiations entreprises pour régler une affaire sécuritaire dont les implications restent cependant politiques, l’initiative présidentielle ne peut pas être perçue strictement sous son angle constitutionnel, mais comme un signe indicateur d’une volonté d’aller de l’avant dans l’option d’une saisine par le Conseil des ministres de la Cour de justice, dont les jugements sont comme on le sait sans appel, dans l’affaire de Qabr Chmoun.
Les propos attribués par des sources proches de Baabda pour justifier l’initiative présidentielle vont d’ailleurs dans ce sens et font indirectement attribuer au chef du gouvernement la responsabilité du blocage en raison de sa position par rapport à la Cour de justice. Saad Hariri, à l’instar du PSP, du bloc du président de la Chambre, Nabih Berry, et des Forces libanaises, sont hostiles à une saisine de la Cour de justice dans laquelle ils voient une manœuvre visant essentiellement à isoler et à affaiblir Walid Joumblatt, ce que le chef des FL, Samir Geagea, n’a pas manqué de relever jeudi soir, lors de son interview sur la MTV. M. Geagea a même accusé sans détour « le mandat » Aoun de s’associer à la cabale contre le leader druze, alors que le Hezbollah, le Parti démocratique de Talal Arslane et le CPL continuent de plaider pour un recours devant la Cour de justice. Selon les sources attribuées à Baabda, Michel Aoun a pris contact avec Saad Hariri « parce que le blocage a atteint un niveau dangereux et parce que toutes les propositions de solution à l’affaire de Qabr Chmoun ont été épuisées ». De mêmes sources, on a indiqué qu’il appartient au Conseil des ministres, au sein duquel les principales parties politiques sont représentées, de plancher sur les problèmes politiques et sécuritaires, et de tenter de rapprocher les points de vue lorsque des divergences apparaissent. Il n’en fallait pas plus pour déclencher une guerre des prérogatives entre Baabda et la Maison du Centre, faisant craindre l’émergence d’une nouvelle crise politique qui viendra se greffer sur les deux autres (la querelle interdruze et le blocage du gouvernement, d’une part, les réserves aounistes au sujet de l’article 80 du budget, de l’autre) qui secouent le pays.
(Lire aussi : Retour à l’impasse... Avant la réconciliation Joumblatt-Arslane ?)
« Gare aux faux pas »
Une source « gouvernementale informée », citée par le site électronique du courant du Futur, a répondu que M. Hariri « connaît parfaitement ses prérogatives et les assume pleinement », après avoir confirmé l’appel présidentiel et insisté sur le fait que le chef du gouvernement poursuit des contacts pour contenir les séquelles des incidents de Qabr Chmoun.
Réagissant à la tentative de faire assumer au Sérail la responsabilité du blocage au niveau du gouvernement, de mêmes sources on a indiqué que Saad Hariri « n’a pas arrêté d’adresser des messages directs et indirects à toutes les parties concernées sur la nécessité de reprendre les réunions du Conseil des ministres et de dissocier pour cela l’action gouvernementale du conflit (interdruze) qui commande des solutions politiques, judiciaires et de sécurité ». « L’insistance de certains à lier le sort des réunions du Conseil des ministres au problème de la Montagne, l’escalade verbale qui se poursuit depuis des semaines et les entraves aux médiations du directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, sont autant de facteurs qui poussent le Premier ministre à se conformer aux exigences de l’unité nationale. Le chef du gouvernement est parfaitement conscient des risques inhérents à tout faux pas durant cette période délicate », selon les mêmes sources. Celles-ci ont ajouté que M. Hariri est soucieux de faire en sorte que son équipe reste celle de « l’unité nationale et qu’il n’y ait pas de divisions verticales en Conseil des ministres, en raison de propositions pouvant favoriser ce genre de division ». « Il est tout aussi soucieux d’empêcher des mesures qui peuvent contribuer à une détérioration de la situation dans la Montagne », a-t-on indiqué de mêmes sources.
(Lire aussi : Qabr Chmoun : optimisme prudent... En attendant les actes concrets)
Réagissant à ces propos, une « source ministérielle proche du président » a qualifié de « surprenante la liaison établie par M. Hariri entre la tenue du Conseil des ministres et une éventuelle avancée au niveau d’une réconciliation Joumblatt-Arslan ». Pour cette source, une réunion du gouvernement « ne devrait pas être tributaire d’une entente entre (les ministres) représentant les deux parties au conflit », soit le PSP et le PDL. « Nous partageons les craintes du Premier ministre, mais le Liban est un État et non pas une tribu », selon la même source qui réaffirme que le président considère que depuis Taëf, c’est le Conseil des ministres qui représente, dans son ensemble, le pouvoir exécutif et que l’article 53 de la Constitution lui donne le droit de soumettre l’affaire de Qabr Chmoun en dehors de l’ordre du jour. « Que ceux qui sont en faveur d’un vote le fassent et que ceux qui veulent sortir de la réunion le fassent aussi. Le gouvernement se doit de se réunir vite pour assurer le suivi de la CEDRE et procéder aux nominations du Conseil constitutionnel, des vice-gouverneurs de la Banque centrale, en plus d’autres sujets urgents », a poursuivi la même source.
Parallèlement à cette escalade, les efforts se poursuivent en vue d’un règlement de l’affaire de Qabr Chmoun, alors qu’une course contre la montre semble engagée entre un règlement politique et une procédure judiciaire contestée par le PSP et ses alliés, qui scrutent la procédure suivie au niveau du tribunal militaire après le changement intervenu au niveau des juges d’instruction.
Le président de la Chambre et le directeur de la Sûreté générale ont repris l’initiative en vue d’un règlement politique et s’emploient pour le moment à arranger une rencontre-réconciliation non pas entre Walid Joumblatt et Talal Arslane, mais entre le chef du PSP et le Hezbollah, à travers un représentant de ce parti qui serait Hussein Khalil.
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Nabih Berry et Abbas Ibrahim s’activent pour un rapprochement entre Walid Joumblatt et le Hezbollah. Je ne sais pas si joumgirouette va tomber dans ce piège , mais si ça devait être le cas de rapprocher la girouette du chef de la résistance , je pense que plus jamais la girouette va tourner avec le vent , la résistance saura lui maintenir la nuque vers une seule direction .
14 h 49, le 03 août 2019