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Liban

Initiative de Violette Safadi pour légiférer sur les droits de la femme

Exécutif

« Une séance parlementaire consacrée exclusivement à une législation touchant à la cause féminine aura lieu le 17 mars 2020, une première », a annoncé la ministre Violette Safadi.

Claude ASSAF | OLJ
31/07/2019

Comme pour illustrer sa profonde détermination à réaliser des progrès en matière de droits de la femme, Violette Safadi, ministre d’État pour l’Insertion sociale et économique de la jeunesse et des femmes, a lancé hier au Grand Sérail « un compte à rebours » devant mener à une séance législative que le président du Parlement, Nabih Berry, lui a promis d’organiser le 17 mars 2020 pour l’examen de lois touchant exclusivement à la femme. Le lieu de sa conférence de presse est significatif de l’appui ferme fourni par le chef du gouvernement, Saad Hariri, qui, parrainant l’événement, était installé aux côtés de Mme Safadi pour exprimer son engagement dans la lutte pour les droits de la femme.

L’événement s’est tenu en présence de plusieurs personnalités du monde politique, médiatique et de la société civile, parmi lesquelles l’élément féminin a dominé. Il y avait là Nada Boustani, ministre de l’Énergie, May Chidiac, ministre d’État pour le Développement administratif, Bahia Hariri, Roula Tabch et Dima Jamali, respectivement députées de Saïda, Beyrouth et Tripoli, Claudine Aoun Roukoz, présidente de la Commission nationale pour la femme libanaise, ainsi que l’ancienne ministre Mona Afeiche, militante pour les droits de la femme et de l’enfant, et la directrice générale du ministère de la Justice, Mayssam Noueiry. Ont assisté également à la conférence le président du syndicat des rédacteurs, Joseph Kosseifi, Ghassan Moukheiber, ancien député et ancien rapporteur de la commission parlementaire des Droits de l’homme, et Mohammad Safadi, ancien député et ancien ministre.

Prenant la parole après la diffusion d’un film qui encourage la femme à oser réagir contre la violation de ses droits, Mme Safadi a précisé que la date du 17 mars s’inscrit dans le cadre de la Semaine internationale de la femme, célébrée du 9 au 16 mars 2020. Elle a précisé que pour la première fois au Liban et au Moyen-Orient, une séance plénière au Parlement sera consacrée exclusivement à l’étude des projets et propositions de lois traitant des droits de la femme. La ministre a en outre décrit sa démarche comme une façon de stimuler l’adoption de lois qui rendraient justice aux femmes dans tous les domaines, comme la lutte contre le harcèlement sexuel, le mariage précoce et la violence conjugale, ainsi que la défense du droit de la femme à transmettre sa nationalité libanaise à ses enfants, l’égalité de rémunération entre hommes et femmes pour un travail de valeur égale et l’octroi aux femmes des mêmes droits et obligations en matière de Sécurité sociale.


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« Une percée »
Rendant hommage aux organisations de la société civile et à la Commission nationale pour la femme libanaise, ainsi qu’aux ministres et députés qui « œuvrent depuis des années pour la femme », Mme Safadi a affirmé qu’elle se tient à leurs côtés pour « opérer une différence, voire une percée dans le travail monotone paralysé tantôt par les atermoiements, tantôt par les calculs politiques ».

« Il est temps que le droit de la femme à prendre des décisions soit reconnu comme un droit acquis et non concédé par quiconque ; il est temps qu’une jeune fille puisse décider de son avenir et ne soit pas soumise à un homme qui l’obligerait à se marier à un âge précoce ; que le harcèlement sexuel au travail et dans les lieux publics ne soit pas considéré comme un acte de peu d’importance ; qu’un mari ou un frère soit sanctionné pour avoir utilisé sa force physique en vue de soumettre sa femme ou sa sœur ; que la femme gagne le même salaire qu’un homme pour un même travail ; qu’elle jouisse à part égale avec l’homme de toutes les allocations sociales ; que les institutions publiques et privées prennent en compte la situation de la femme au travail de sorte qu’elle ne soit pas contrainte à arrêter de travailler et produire ; et que la femme libanaise mariée à un étranger puisse donner sa nationalité à son enfant. »

Mme Safadi a par ailleurs noté que « la Constitution consacre l’égalité des droits entre tous les citoyens sans que pour autant elle soit appliquée ». Elle a promis qu’« en attendant l’application de la Constitution et l’instauration d’une loi civile ou au moins un amendement de la loi sur le statut personnel », les portes de son ministère resteront ouvertes pour « œuvrer à faire obtenir à la femme des droits dans tous les domaines ».

La ministre a souligné dans ce cadre que la campagne de sensibilisation baptisée « Parlons de lois », lancée il y a quelque temps sur les réseaux sociaux et le site électronique du ministère d’État pour l’Insertion sociale et économique de la jeunesse et des femmes, se poursuivra en attendant l’échéance du 17 mars. Et de demander au chef du gouvernement Saad Hariri d’activer le déclencheur du compte à rebours, un moment transmis sur les écrans géants installés dans la salle.


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« Une femme à ma place »
Dans le mot qu’il a prononcé, M. Hariri a pour sa part indiqué que la lutte pour la défense des droits de la femme « constitue un des agendas les plus importants sur lesquels le gouvernement doit travailler », regrettant qu’« à ce jour il y ait encore une réticence à permettre aux femmes de jouer un rôle dans l’action politique ». « Or il ne faut pas avoir peur de laisser les femmes prendre des responsabilités », déclare-t-il, notant que « dans tous les ministères et partis politiques, celles-ci assument leurs responsabilités de manière remarquable, effectuant des études, recherches et suivis et préparant des rapports ». Et de lancer : « Je souhaite qu’un jour une femme soit à ma place (en référence à son statut de Premier ministre). »

M. Hariri s’est en outre attardé sur la nécessité d’« accorder à la femme le droit de transmettre sa nationalité à son enfant », ou alors, a-t-il proposé, de « refuser ce droit à l’homme ».

Lors d’une courte séance consacrée à des questions-réponses, Ghassan Moukheiber est intervenu pour proposer d’« agir en vue de faire participer le plus grand nombre d’hommes à la cause féminine », et ce au moyen d’une pétition ou d’une campagne sur les réseaux sociaux.

Prié par L’Orient-Le Jour d’évaluer l’initiative lancée, M. Moukheiber affirme qu’« elle est importante parce qu’elle démontre la bonne volonté politique de Mme Safadi et de M. Hariri », estimant que « la mécanique de suivi proposée transforme une volonté en action ». « Lorsque le suivi de questions préoccupantes s’effectue de manière concertée et ciblée, on peut aboutir à régler les problèmes dans beaucoup de thématiques », assure-t-il.


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SOUS LES PAVÉS LA PLAGE

Ohhhh Violette vous me faites rougir de plaisir.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES BONNE INITIATIVE POUR LA FEMME LIBANAISE.

Tina Chamoun

J'ai eu récemment l'occasion de rencontrer Mme Safadi lors d'une conférence sur les actions et projets de son ministère et j'ai été très agréablement surprise par son professionalisme, son sérieux et son dynamisme. Bravo mme la Ministre!

Liberté de Penser

Heureusement qu’il y a des femmes dans ce gouvernement pour que des progrès se réalisent (droits de la femme, modernisation aéroport etc ...). Il faudrait peut être que les ministres ‘hommes’ s’en inspirent au lieu de se chamailler et de bloquer la tenue de réunions ministérielles. Les prochains grands responsables politiques doivent toutes être des femmes pour faire changer les mentalités archaïques toutes confessions confondues et enfin mettre le pays sur la voie du 21eme siècle

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