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Liban

La Chambre vote une loi exemptant de permis de travail les enfants de mère libanaise

Droits de la femme
Nada MERHI | OLJ
27/06/2019

Un pas « positif », mais qui reste incomplet. C’est ainsi que les ONG qui défendent les droits de la femme qualifient le vote hier en séance parlementaire de la loi revêtue du caractère de double urgence exemptant les enfants d’une Libanaise mariée à un étranger, et bénéficiant d’un permis de séjour de complaisance, d’un permis de travail. Le texte de la loi était présenté par les députés Ali Darwiche, Nagib Mikati et Nicolas Nahas.Lina Abou Habib, directrice exécutive de l’ONG Women’s Learning Partnership, qui milite pour les droits de la femme, explique ainsi à L’Orient-Le Jour que c’est « un pas positif d’un point de vue bien particulier, puisque l’obtention du permis de travail constituait un problème majeur pour les ménages et une grande injustice à l’égard des enfants ». Elle ne peut s’empêcher toutefois de critiquer l’opposition à cette loi affichée par le groupe parlementaire des Forces libanaises, mais surtout celle du bloc du Liban fort (proche du Courant patriotique libre). « Si le CPL, qui est le parti au pouvoir, s’est opposé à ce droit au travail, comment pouvons-nous lui faire confiance concernant la loi autorisant la femme libanaise à transmettre la nationalité à ses enfants et son mari », s’est demandée Mme Abou Habib. Rappelons qu’une proposition de loi dans ce sens a récemment été présentée par la Commission nationale de la femme libanaise, présidée par Claudine Aoun Roukoz (CPL). Elle est actuellement à l’étude à la Chambre.

« Nous ne sous-estimons pas l’importance de ce pas, ajoute Lina Abou Habib. Mais nous nous interrogeons sur son timing, à l’heure où le gouvernement mène campagne contre le travail de la main-d’œuvre syrienne. Parce qu’il est important de savoir à quel point cette loi vise à respecter vraiment les droits de la femme, d’autant que les droits humains sont indivisibles. Nous ne pouvons pas continuer à apporter des solutions partielles. »


(Lire aussi : La campagne Jinsiyati rejette d’avance tout texte discriminatoire)

Ne pas dissocier le droit principal
Karima Chebbo, coordinatrice de la campagne Jinsiyati (Ma nationalité, un droit pour moi et ma famille), s’est elle aussi insurgée contre l’opposition au texte affichée surtout par le CPL. « Mme Roukoz et le chef du CPL Gebran Bassil ne cessent de déclarer leur soutien aux droits de la femme, lance-t-elle. Si, face à cette première épreuve, le parti s’est abstenu d’accorder aux enfants de mère libanaise le droit au travail, je doute qu’il veuille vraiment accorder à la femme le droit de transmettre sa nationalité. Par ailleurs, je ne comprends pas les raisons pour lesquelles les FL se sont, elles aussi, opposées à cette loi, alors qu’elles appellent au changement et au recouvrement de la citoyenneté. »

Mme Chebbo estime que cette loi a « une fonction exécutoire qui remédie à un problème existant en l’absence de loi sur la nationalité ». « Mais elle reste insuffisante, parce que notre but ultime est de parvenir à une loi qui permet à la femme de transmettre sa nationalité à ses enfants et son époux », assure-t-elle.

Interrogé par L’OLJ sur l’opposition affichée par le bloc du Liban fort à cette loi, le député Alain Aoun explique que « le groupe ne s’est pas opposé ouvertement à la loi ». « Nous avons estimé que c’est une loi qui ne revêt pas le caractère de double urgence et que, par conséquent, il fallait qu’elle soit étudiée en commissions », note-t-il.

De son côté, le député Georges Okaïs (FL) a affirmé que l’opposition affichée par le groupe de la République forte émane de la conviction du parti des FL de la nécessité de « discuter du sujet relatif à l’octroi de la femme le droit de transmettre sa nationalité en entier ». « Actuellement, une proposition de loi dans ce sens est en étude à la Chambre, rappelle-t-il. Il existe un débat politique et national sur le sujet. Il n’y a donc aucun justificatif pour dissocier un droit principal qui est celui de la transmission de la nationalité et étudier séparément des droits subsidiaires. Le débat doit se poursuivre. »



Lire aussi
Lina Abou Habib : En matière de nationalité et de statut personnel, l’État ignore la moitié de la population

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