Rechercher
Rechercher

Commémoration

Hassan II, messager de la paix au Moyen-Orient ?

Le roi du Maroc, décédé il y a 20 ans, a joué un rôle-clé d’intermédiaire entre Israël et les pays arabes.

Hassan II au cours d’une de ses rencontres avec Shimon Pérès. Photo d’archives AFP

C’était il y a vingt ans. La foule s’est rassemblée dans les rues du royaume pour pleurer la mort de leur roi, Hassan II, annoncée le 23 juillet 1999. La mort de celui qui a gouverné le Maroc pendant 38 ans a donné lieu à une mobilisation populaire de la plus grande ampleur : des centaines de milliers de Marocains ont assisté aux obsèques.

« Je suis un homme de principes mais pas un homme de positions. » Telles étaient les paroles de Hassan II, qui a activement participé au processus de paix au Moyen-Orient. Doté d’une personnalité téméraire et résolue, le monarque chérifien a œuvré pour le rapprochement entre Israël et les dirigeants arabes, grâce à sa diplomatie active. Il a notamment contribué à organiser la visite du président égyptien Anouar el-Sadate à Jérusalem en 1977, puis a hébergé en 1982 une unique rencontre rassemblant les dirigeants arabes pour promouvoir un accord de paix avec l’État hébreu. Cet accord encouragé par Hassan II appelait à la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale, tout en reconnaissant à Israël le droit d’exister. Cette proposition de paix, bien que rejetée par Tel-Aviv, a posé les bases de sa future rencontre avec le Premier ministre israélien, Shimon Pérès.

À la différence de la plupart des autres pays arabes, le roi du Maroc ne s’est jamais opposé à des négociations avec les dirigeants israéliens. Sa rencontre avec Shimon Pérès en 1986 a marqué la deuxième visite officielle d’un dirigeant israélien dans un pays arabe après celle de l’Égypte, et a été l’objet de vigoureuses critiques de la part de ses pairs arabes. Sa réponse est restée tout aussi audacieuse : « Les dirigeants arabes n’avaient ni la capacité d’entrer en guerre contre Israël ni la volonté de faire la paix. » Le Maroc a notamment été le deuxième pays arabe à officiellement reconnaître Israël en 1993.


Coopération avec le Mossad

Au-delà même de ce rapprochement diplomatique officiel, le chef des renseignements militaires israéliens de l’époque, le journal israélien Yediot Aharonot, ainsi que des documents déclassifiés ont révélé une coopération sans précédent entre les deux États lors de la guerre des Six-Jours. Dans le contexte d’une rencontre diplomatique à Casablanca entre les différents chefs d’État arabes – prétendûment destinée à préparer une offensive contre Israël – Hassan II n’a pas hésité à livrer de nombreuses informations au Mossad. Les enregistrements fournis aux renseignements israéliens ont dévoilé les nombreuses divisions entre le roi Hussein de Jordanie et Gamal Abdel Nasser et ont joué un rôle-clé dans la stratégie israélienne. En échange, la disparition du principal ennemi de Hassan II en octobre 1965, Ben Barka, leader de l’opposition socialiste marocaine, aurait été orchestrée par le Mossad, selon plusieurs rumeurs.

Dans ce contexte inédit, c’était avec beaucoup d’humilité que Shimon Pérès a rendu hommage à Hassan II, qu’il a qualifié de « dirigeant unique et un des plus remarquables que le Moyen-Orient a connus ».

Dans un article publié en 2007, intitulé The Road to the Israeli-Moroccan Rapprochement, l’historien Jacob Abadi identifie la distance géographique du Maroc au conflit ainsi que son ouverture à la culture française – et à l’Occident – comme étant les facteurs principaux de son rapprochement avec Israël. Les États-Unis et leurs alliés européens considéraient notamment Hassan II comme le chef d’État arabe le plus « pro-occidental », du fait de sa relative proximité avec Israël et de sa répression active des mouvements fondamentalistes, selon l’auteur.

Dans son essai, Jacob Abadi a également défini la présence d’une communauté juive prospère au Maroc comme élément favorable à un rapprochement diplomatique avec Israël, pays qui contient aujourd’hui la plus grande diaspora marocaine. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père Mohammed V avait défié les puissances de l’axe pour protéger les juifs de son pays, dont la grande majorité est restée au Maroc jusqu’en 1964 après le retrait de la France. Ce n’est qu’avec l’arrivée de Hassan II qu’un « accord de compromis » a été conclu entre les deux pays pour organiser le départ discret des juifs marocains vers Israël. Jacob Abadi souligne dans son article que « même si l’immigration des juifs vers Israël pourrait sous-tendre des effets néfastes sur l’économie du Maroc, elle était bénéfique pour les relations bilatérales entre les deux pays puisque beaucoup de juifs qui avaient quitté le Maroc continuent d’agir en tant qu’intermédiaires et médiateurs entre les deux pays ». Hassan II considérait de fait la population juive du Maroc, se comptant aujourd’hui en milliers d’habitants seulement, comme un « pont » diplomatique entre les Israéliens et les Arabes.


Équilibre entre Israéliens et Palestiniens

Si Hassan II n’a jamais caché sa détermination de conserver des relations ouvertes avec Israël, le monarque est cependant parvenu à un équilibre entre ce rapprochement et la nécessité d’une bonne entente avec ses pairs arabes. Tandis qu’il implorait ces derniers de modérer leurs prises de positions vis-à-vis de l’État hébreu, le roi a continuellement défendu le droit au retour des Palestiniens. Il n’a pas tardé aussi à envoyer ses troupes lors des guerres de 1967 et 1973 pour combattre aux côtés de l’Égypte et de la Syrie. Comme le souligne l’historien Jacob Abadi, Hassan II n’a établi de relations cordiales avec l’État hébreu qu’après la conclusion d’un accord israélo-palestinien. Si le bureau de liaison israélien établi à Rabat a été officiellement fermé après la seconde intifada, les deux pays ont cependant maintenu des liens diplomatiques grâce à la rencontre de leurs ministres des Affaires étrangères à Londres en 2003 et la visite d’Aharon Abramovitz – ministre israélien des Affaires étrangères israéliens – à Rabat en 2008.

Il serait toutefois malvenu de définir ses liens avec Israël comme inconditionnels. Tout au long de son règne, Hassan II a démontré une incroyable aptitude à arbitrer et à s’imposer comme médiateur sans s’aliéner l’un ou l’autre camp. S’il fut principalement motivé par des considérations pragmatiques, on peut ainsi difficilement douter de la sincérité de son engagement dans le processus de paix de la région.


Lire aussi

Le retour de la gauche marocaine, à la faveur de la crise du Rif

Rupture des relations Maroc-Iran : Riyad applaudit, Téhéran dénonce


C’était il y a vingt ans. La foule s’est rassemblée dans les rues du royaume pour pleurer la mort de leur roi, Hassan II, annoncée le 23 juillet 1999. La mort de celui qui a gouverné le Maroc pendant 38 ans a donné lieu à une mobilisation populaire de la plus grande ampleur : des centaines de milliers de Marocains ont assisté aux obsèques.

« Je suis un homme de...

commentaires (1)

...""Hassan II considérait de fait la population juive du Maroc, se comptant aujourd’hui en milliers d’habitants seulement, comme un « pont » diplomatique entre les Israéliens et les Arabes."" Exactement, c’est l’autre ""pont"" dont il fallait aborder l’autre week-end dans les colonnes Idées de l’OLJ. Et pas un mot du général Oufkir et sa femme et ses enfants, et le sort qu’on leur a réservé, alors que sa majesté, par discrétion et par "houshma", ne montrait jamais d’épouses. Que de livres publiés… sans oublier les que des "documents déclassifiés ont révélé une coopération sans précédent entre les deux États lors de la guerre des Six-Jours."" Tout cela n’a pas modifié en profondeur la situation au Proche-Orient, appuyé par une de ses déclarations sur la guerre du Liban comme aveu d’impuissance…

L'ARCHIPEL LIBANAIS

12 h 33, le 23 juillet 2019

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • ...""Hassan II considérait de fait la population juive du Maroc, se comptant aujourd’hui en milliers d’habitants seulement, comme un « pont » diplomatique entre les Israéliens et les Arabes."" Exactement, c’est l’autre ""pont"" dont il fallait aborder l’autre week-end dans les colonnes Idées de l’OLJ. Et pas un mot du général Oufkir et sa femme et ses enfants, et le sort qu’on leur a réservé, alors que sa majesté, par discrétion et par "houshma", ne montrait jamais d’épouses. Que de livres publiés… sans oublier les que des "documents déclassifiés ont révélé une coopération sans précédent entre les deux États lors de la guerre des Six-Jours."" Tout cela n’a pas modifié en profondeur la situation au Proche-Orient, appuyé par une de ses déclarations sur la guerre du Liban comme aveu d’impuissance…

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    12 h 33, le 23 juillet 2019