par Nicolas SBEIH

Escapades fiscales

L’évasion fiscale est au cœur du sujet. Dans chaque intervention d’un député, économiste, ministre, président… C’est la même rengaine : il faut arrêter l’évasion fiscale. Mais c’est aussi un peu comme l’Immaculée Conception, tout le monde en parle, mais personne ne l’a vraiment visionnée. Ce que l’on sait, c’est qu’en termes de chiffres, on est quand même sûr du conséquent ; les estimations sérieuses oscillent entre 4 et 5 milliards de dollars de manque à gagner, soit un tiers des recettes qui s’en vont en fumée – et que les 1 000 LL de taxe sur la fumée de votre narguilé ne pourront pas compenser.

Mais d’où vient l’évasion fiscale ? Voici un guide sommaire.

Il y en a en fait deux grandes catégories. La première comporte ceux qui tentent de contourner le système par une double comptabilité, une dissimulation de recettes, quelques emplois fictifs... « Cela existe dans tous les pays » : c’est ce que déclarent nos responsables pour justifier leur incurie, ce qui est vrai, sauf qu’ici, c’est un sport national, avec un championnat et tout. Cette évasion-là est en train de diminuer un peu grâce au nouvel outil informatique du ministère des Finances, surtout lorsque certains fonctionnaires ont découvert que ce n’est pas une nouvelle version de Candy Crush.

Une seconde catégorie d’évasion, la plus importante, est liée bien sûr aux relations bien placées que vous pouvez entretenir avec un responsable politique influent, ou en payant un agent administratif véreux, ou, mieux encore, les deux à la fois. Mais ce n’est pas toujours simple, il faut savoir combien payer, à qui, comment et quand. C’est tout un savoir-faire. On est des gens sérieux ici.

Si ces deux méthodes ne vous conviennent toujours pas, il reste quand même un ultime procédé pour éviter de payer droits de douane, TVA et autres frais. Il suffit de déclarer qu’une marchandise donnée va servir à l’effort de la Résistance. Du coup, elle n’est plus fouillée, car homologuée « secret défense ». Mais comme ce concept est assez extensible, on peut aligner tout genre de marchandises : du matériel de communication et des cellulaires jusqu’aux frigos, médicaments, chaussures et couches-culottes…

Mais où vont vos impôts ? En fait une partie sert à payer les fonctionnaires qui veillent à vous faire payer les impôts ; une deuxième partie sert à payer les sureffectifs de fonctionnaires, recrutés à ne rien faire ; une 3e partie sert à distribuer des bonus à ceux qui donnent l’impression de travailler ; une 4e partie sert à remplacer les impôts que d’autres n’ont pas payés car ils sont bien placés ; une 5e partie part en fumée lors des marchés publics. Et s’il en reste, on verra bien comment vous en faire bénéficier, mais il ne faut pas trop y compter.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


L’évasion fiscale est au cœur du sujet. Dans chaque intervention d’un député, économiste, ministre, président… C’est la même rengaine : il faut arrêter l’évasion fiscale. Mais c’est aussi un peu comme l’Immaculée Conception, tout le monde en parle, mais personne ne l’a vraiment visionnée. Ce que l’on sait, c’est qu’en termes de chiffres, on est quand...

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