Le village préféré des Libanais - 2019

Hebbariyé, et ses histoires millénaires

Le village préféré des Libanais

Pour la quatrième année consécutive, les lecteurs de « L'Orient-Le Jour » au Liban et dans le monde voteront pour « Le village préféré des Libanais ». Cette année, dix nouveaux villages sont en lice. Un reportage écrit et une vidéo, chaque jour pendant dix jours, pour vous aider à choisir... Après Amchit, Barouk, Baskinta, Bécharré, Cana et Ghazir, voici Hebbariyé. Le vote est ouvert jusqu'au 28 juillet.

10/07/2019

Posé au pied du mont Hermon et situé à quelques encablures des territoires syrien et israélien, le village de Hebbariyé, dans le caza de Hasbaya au Liban-Sud, a été, au fil des siècles, synonyme de résistance face à différents occupants.

La position stratégique du village a poussé Cananéens, Hébreux et Ottomans à tenter de l’investir, ce depuis l’an 2000 av. J.-C. Entouré dans l’Antiquité de tours d’observation, dont les vestiges sont toujours visibles, Hebbariyé était bien équipé pour lutter contre les invasions étrangères. « Historiquement, ces tours ont joué un rôle crucial en matière de défense, explique Saïd Zaher, ingénieur originaire du village. Celles-ci servaient de moyen de communication entre soldats, qui envoyaient des signaux, par l’intermédiaire de feux, quand l’ennemi s’approchait. »

L’étymologie du nom n’est toujours pas claire. Certains affirment que Hebbariyé est dérivé de Houver, un ancien général de l’armée romaine qui contrôlait la localité. D’autres sources affirment que le nom vient d’anciens textes qui désignent Hebbariyé comme étant le repas après l’enterrement.

Des enterrements, il y en a eu à Hebbariyé. Ce village a combattu l’occupation à plusieurs reprises, et compte des centaines, voire des milliers de martyrs, qui ont inlassablement défendu leur terre au fil des siècles. « Mais ce n’est que durant l’occupation ottomane que le village a pris la forme que nous lui connaissons aujourd’hui », souligne M. Zaher. « Les Libanais, fuyant le service militaire ottoman obligatoire, venaient de toutes les régions se cacher dans les montagnes de Hebbariyé. Au bout de quelques années, ils s’y sont installés, d’où la diversité communautaire de notre localité » qui s’est surtout développée durant les années 1950, poursuit Saïd Zaher, grâce notamment au « taux élevé de personnes éduquées parmi les habitants ».

Un olivier de 800 ans et un temple romain
Hebbariyé n’est pas un nom familier sur la carte touristique du Liban, mais le conseil municipal de la localité veille soigneusement à l’y introduire, afin d’attirer plus de visiteurs. Sur les collines entourant le village, 2 000 arbres ont été plantés par la municipalité, pour pouvoir créer une réserve naturelle à vocation touristique. L’endroit regroupe une variété d’arbres, notamment des pins et des chênes qui côtoient des oliviers centenaires. C’est à Hebbariyé que se trouve le troisième plus vieil olivier du Liban. Il date du XIIIe siècle. Le plus vieux se trouve à Hasbaya et le deuxième à Ebl el-Saqi.

Un temple romain, Baal-gad, est aujourd’hui le site archéologique le plus important du village. Les vestiges de ce temple remontent aux premiers siècles après Jésus-Christ, ce qui en fait un des plus anciens du Moyen-Orient. Avec les tours d’observation antiques, il fait partie du patrimoine archéologique du village, mais c’est à la suite des travaux de rénovation, financés par l’Espagne, que le temple a gagné son importance touristique et culturelle.

Hebbariyé, c’est également de nombreux lieux saints. La localité compte notamment deux mosquées, al-Nasser Salaheddine et Kassem Abou Ali. « D’après les textes saints, le Christ est passé par Hebbariyé avant d’arriver au sommet de Haramoun, le mont Hermon, appelé en arabe Jabal el-Cheikh », raconte M. Zaher.





Le souk du mardi
Les habitants de Hebbariyé vivent principalement de l’agriculture – notamment les olives, figues et vignes, abondamment demandées sur le marché libanais –, mais aussi du charbon et du bois.

L’orée du village prend des allures de souk chaque mardi. Ce jour-là, la forêt qui jouxte Hebbariyé accueille des vendeurs de falafel, des marchands ambulants proposant pistaches, confiseries et narguilés. Plus loin, des « coins maison » proposent à la vente des ustensiles de cuisine. Ce marché, réservé aux commerçants de la région, se fait aussi creuset de coexistence puisque marchands druzes, musulmans et chrétiens se partagent l’espace, formant ainsi un échantillon plus que représentatif du Liban commerçant.

Tous les produits sont proposés à des prix défiant toute concurrence, mais le visiteur aura quand même grand plaisir à marchander. Et pour conférer une note encore plus orientale au souk, des diseuses de bonne aventure sont assises en tailleur, un peu partout dans la forêt, pour prédire monts et merveilles à des jeunes encore fascinés par ce monde très différent des grandes surfaces et autres centres commerciaux qui pullulent dans les villes.

Un endroit un peu féerique que ce souk, où gens de la région et touristes locaux et étrangers viennent découvrir le secret de ces marchés non spécialisés où la monnaie locale a encore son mot à dire, offrant une escapade furtive dans le temps. Ce marché n’a jamais cessé d’avoir lieu, même durant la guerre et sous l’occupation. Pour peu que l’on vienne un mardi, tout le monde sera servi à Souk el-Khan, qui tire son nom du khan rural, khan Hasbaya, qui se trouve à proximité.

Datant du XVIIe siècle, il s’agissait d’un poste-relais sur la voie commerciale reliant l’Égypte à la Palestine. Il assurait le gîte aux voyageurs et aux marchands durant leur trajet. Il accueillait également des pèlerins, des artisans, des géographes et même des soldats.

Aujourd’hui, le marché hebdomadaire de Souk el-Khan, situé à quelques centaines de mètres du site, perpétue cette tradition de rassemblement et d’échanges commerciaux. Et de bien plus encore.



Fiche technique

Nombre d’habitants : environ 1 500 résidents en hiver, 3 000 en été.

Président du conseil municipal : Ayman Choucair.

Célébrités du village : l’avocat Noureddine Noureddine et l’ingénieur Saïd Zaher, qui ont joué un rôle important dans l’épanouissement de la région.

Restaurants : plusieurs cafés et snacks sur place.

Spécialités culinaires : Hebbariyé est connue pour ses différentes kebbés (nayyé, rass, etc.), mais surtout pour la kebbé jnoubiyé simple, de tous les jours.

Activités : randonnées toute l’année, raquette de neige, bicyclette, camping dans la réserve naturelle.

Altitude : 800 mètres.

Climat : méditerranéen, froid en hiver.



À ne pas rater

* Le temple romain de Baal-gad.

* Les deux mosquées al-Nasser Salaheddine et Kassem Abou Ali.

* Le vieux souk, renouvelé par la municipalité.

* La réserve naturelle.



Comment y accéder ?

En partant de Beyrouth, prendre l’autoroute en direction de Saïda. Continuer jusqu’à Nabatiyé, puis passer par Qleyaa, Hasbaya puis Fardis, avant d’arriver au village de Hebbariyé.

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Stes David

Baal-gad ca resemble un nom phénicien, le temple est peut-être romain mais construit à l'endroit d'un temple phénicien plus ancien ...