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À La Une - France

Lacrymos sur des manifestants non violents : le gouvernement français interpellé

Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire, confiée à la "police des polices", pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique".


Des policiers anti-émeute français traînant de force des militants écologistes lors d'une manifestation à Paris, le 28 juin 2019. Photo REUTERS/Charles Platiau

Demandes d'"explications" voire d'excuses: le gouvernement français était interpellé lundi après la diffusion d'images de manifestants écologistes pacifiques évacués à grands coups de gaz lacrymogène par les forces de l'ordre.

Sur les réseaux sociaux, le retentissement des vidéos tournées vendredi à Paris a gagné en ampleur au cœur du week-end. On y voit des policiers asperger de près des militants de tous âges assis paisiblement sur un pont du centre de la capitale, en criant "dégage ! on bouge !", avant de les traîner sur le sol.

Ce sit-in pacifique avait été organisé par Extinction Rebellion (XR), né en 2018 au Royaume-Uni, un mouvement de désobéissance civile "en lutte contre l'effondrement écologique et le réchauffement climatique".

"Cher gouvernement français, pouvez-vous m'expliquer ces images ? #insoutenables". Des activistes français et des étudiants en grève se font asperger de gaz lacrymogène alors qu'ils protestent pacifiquement, à Paris, contre une situation climatique désastreuse et trop ignorée. #repost @gretathunberg", a réagi l'actrice française Marion Cotillard sur Instagram.

La jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie du combat pour le climat, a elle-même posté les images sur Twitter: "Regardez cette vidéo et demandez-vous ; qui défend qui ?"



Le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert lundi une enquête préliminaire, confiée à la "police des polices", pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique".

La veille, le ministère de l'intérieur avait indiqué que des éclaircissements avaient été demandés au préfet de police "sur les modalités de gestion de cette opération de maintien de l'ordre".

Pour le journal de gauche L'Humanité, les forces de l'ordre ont agi "dans l'irrespect le plus total des règles de maintien de l'ordre", qui interdisent notamment d'utiliser les gaz "sur des personnes (...) au sol". "Les jets doivent être brefs, d'une seconde maximum, non répétés et lancés à plus d'un mètre de la cible". Or, "c'est à bout portant que le gaz était envoyé", affirme lundi le quotidien, ironisant, comme beaucoup d'internautes : "les policiers semblent confondre cette arme avec des brumisateurs rafraîchissants".

Selon Flora, une militante, les forces de l'ordre se sont mis à gazer "à 20 cm du visage" après le retour de premiers bloqueurs évacués. "On était sur un lieu non déclaré, c'est le principe de la désobéissance civile", a-t-elle souligné auprès de l'AFP. 


(Lire aussi : Après sept mois de "gilets jaunes", la France lance une réflexion sur le maintien de l'ordre)


"Mauvais signaux"
Pour l'opposition de gauche, "le gouvernement aurait dû s'excuser, il aurait dû dire +c'est insupportable+". "On ne peut pas avoir dans ce pays des forces de l'ordre qui se mettent à gazer à bout portant des manifestants pacifiques, assis", qui sont "20, 30, 40" et "ne sont pas des casseurs", a lancé le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.

"Scandaleux", "indigne" : même son de cloche chez les écologistes, comme le député européen Yannick Jadot.

Au sein même de la majorité, certains n'ont pas caché leur consternation. "Quand j'ai vu ces images, j'ai été assez choquée comme tout le monde car on envoie du gaz lacrymogène très près des yeux des gens", a ainsi commenté la députée Barbara Pompili, ex-écologiste, aujourd'hui membre du parti LREM du président Emmanuel Macron.

Cette nouvelle polémique intervient alors que les forces de l'ordre ont déjà été accusées de recours excessif à la force durant les manifestations de l'hiver des "gilets jaunes" dont 23 personnes sont sorties éborgnées, tandis que 5 avaient perdu une main, selon les associations.

Par ailleurs, lundi, des activistes de Greenpeace qui occupaient depuis vendredi des grues dans le port de Sète (Sud) pour empêcher le débarquement de soja lié selon eux à la déforestation, ont été délogés par des dockers tandis que, selon Greenpeace, les policiers "restaient spectateurs". "Alors que la France suffoque sous les effets de la canicule, ce week-end a envoyé de très mauvais signaux en matière de lutte contre le changement climatique", a lancé Suzanne Dalle, une responsable de Greenpeace France, citant aussi la signature de l'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur.



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