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Économie

En 2018, le déficit public a augmenté de 67,5 % en un an

Finances publiques

Ce dérapage des finances publiques en 2018 remet sérieusement en question la capacité du gouvernement à respecter les objectifs fixés dans son exécution budgétaire en 2019.

25/06/2019

C’est officiel ! Le déficit public s’est élevé à 6,2 milliards de dollars en 2018. Le ministère des Finances vient tout juste de publier, hier, les comptes publics de décembre 2018, alors que les données du douzième mois étaient généralement rendues publiques en mars de l’année suivante. Pour des raisons que l’on ignore, le ministère des Finances a volontairement retardé leur publication, bien qu’elles fussent déjà disponibles et transmises à un certain nombre de décideurs politiques et de diplomates.

Mission du FMI au Liban
Le fait que le déficit public ait atteint 6,2 milliards de dollars l’an dernier est inquiétant pour deux raisons. D’abord, parce qu’il aura augmenté de 67,5 % par rapport au déficit public enregistré un an plus tôt, qui s’élevait à 3,7 milliards de dollars. Mais aussi parce que le déficit effectivement atteint en 2018 est de 29 % supérieur aux prévisions du gouvernement qui tablait sur un déficit de 4,8 milliards de dollars dans le budget prévisionnel de 2018, voté au Parlement à la veille de la conférence de Paris (CEDRE) tenue en avril de la même année. Une réalité qui remet sérieusement en question la capacité du gouvernement à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés dans son exécution budgétaire, au moment où il table sur un déficit de 4,53 milliards de dollars dans le projet de budget de 2019, actuellement examiné en commission parlementaire (voir par ailleurs). La mission du Fonds monétaire international (FMI), menée par Chris Jarvis qui se trouve actuellement au Liban dans le cadre des consultations annuelles au titre de l’article IV, a été marquée hier par un entretien avec le ministre des Finances Ali Hassan Khalil. Et pour cause, les donateurs de la CEDRE ont demandé à la mission du FMI de prendre connaissance du budget afin de vérifier sa crédibilité et sa faisabilité. Beyrouth s’est engagé lors de la CEDRE à baisser de cinq points de pourcentage son ratio déficit public/PIB sur les cinq prochaines années à compter de 2019. L’exécutif table sur un ratio déficit public/PIB à 7,5 % pour l’année 2019, contre 11,2 % en 2018.


(Pour mémoire : Le dérapage des finances publiques se poursuit)


Un swap sans les banques ?
L’une des raisons pour lesquelles plusieurs observateurs doutent de la faisabilité du projet de budget de 2019 est que celui-ci prend en considération l’opération d’échange de titres prévue entre le ministère des Finances, la Banque du Liban et potentiellement les banques commerciales, portant sur des bons du Trésor à taux réduit (à 1 %) d’une valeur de 11 000 milliards de livres libanaises, soit plus de 7,2 milliards de dollars. Or si le ministre des Finances a affirmé hier à la chaîne MTV que l’émission de ces titres aura bien lieu, le secrétaire général de l’Association des banques du Liban, Makram Sader, a confié hier à l’agence Bloomberg que les banques commerciales n’accepteront pas de souscrire à des taux dix fois inférieurs à ceux du marché. La Banque du Liban devra alors assumer seule le coût de cette opération visant à réduire le service de la dette, « alors que la BDL a vu ses réserves en devises baisser de 10 milliards de dollars en un an. Nous ne ferons que transférer le coût de la dette du budget de l’État au budget de la BDL, qui demeure aussi une entité publique », avait dénoncé début juin l’ancien député Robert Fadel, lors d’une conférence de presse du Bloc national consacrée au projet de budget de 2019.


(Lire aussi : Les chiffres-clés du projet de budget de 2019)


Les recettes ont baissé en 2018
Les chiffres du ministère des Finances permettent aussi de constater que les dépenses publiques ont augmenté de 15,6 % en 2018 en glissement annuel, à 17,8 milliards de dollars en 2018. Cette hausse est principalement due à l’écart entre le coût estimé du relèvement de la grille des salaires et des traitements de la fonction publique avant son vote fin 2017 et son coût effectif ; à une augmentation importante du nombre de départs à la retraite en 2018 (encouragés par ce relèvement) ; mais aussi au recrutement de 5 000 fonctionnaires supplémentaires depuis août 2017, soit après l’entrée en vigueur de la loi n° 46 officialisant la hausse de la grille des salaires de la fonction publique, alors que ce texte imposait un gel des recrutements pendant deux ans, sauf besoins exceptionnels devant être dûment explicités et motivés.

En parallèle, les revenus de l’État ont légèrement baissé de 0,7 % en glissement annuel – malgré le vote d’une série de nouvelles mesures fiscales en 2017 –, totalisant environ 11,5 milliards de dollars. Les recettes fiscales ont atteint 8,5 milliards de dollars (+3,6 %), tandis que les recettes non fiscales se sont élevées à 2,3 milliards de dollars (+11,5 %). En 2017, les recettes fiscales avaient été dopées par la taxation des bénéfices exceptionnels réalisés par plusieurs banques suite aux opérations d’ingénierie financière lancées par la Banque du Liban (BDL) en 2016. Le solde primaire – c’est-à-dire hors service de la dette, lequel s’élevait à 5,6 milliards de dollars en 2018 (+7,7 %) – atteint un déficit de 635 millions de dollars, contre un surplus de 1,4 milliard de dollars en 2017.


Lire aussi
Budget 2019 : les objectifs fixés sont-ils réalistes ?

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