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Moyen Orient et Monde

Shinzo Abe, « intermédiaire » entre Washington et Téhéran ?

Diplomatie

En visite en Iran, le Premier ministre japonais veut à la fois essayer de faire baisser la tension entre les États-Unis et la République islamique, mais également redorer l’image de Tokyo sur la scène internationale.

12/06/2019

Réduire les tensions entre les États-Unis et l’Iran dans la région, c’est la mission qui semble incomber au Premier ministre japonais Shinzo Abe qui effectue aujourd’hui, jusqu’à vendredi, une visite officielle à Téhéran. Il devrait y rencontrer le président Hassan Rohani et le guide suprême Ali Khamenei. Il s’agit en soi du premier déplacement d’un leader japonais sur le sol iranien depuis 41 ans, soit avant l’avènement du régime islamique.

Cette visite intervient dans un contexte de tensions palpables entre Washington et Téhéran, les deux pays se livrant à une « guerre des mots » depuis près d’un mois. La dernière de ces diatribes remonte à lundi lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a mis en garde la communauté internationale contre les conséquences de la « guerre économique » livrée par les États-Unis contre la République islamique. Toutefois, cette dernière a, dans le même temps, libéré le Libanais Nizar Zakka, qui était détenu en Iran pour « intelligence » au profit des États-Unis.

La visite de M. Abe a également lieu deux semaines après la venue du président américain Donald Trump à Tokyo, où il avait affirmé qu’il ne souhaitait pas « blesser » l’Iran, qu’il ne cherchait pas de « changement de régime à Téhéran » avant d’indiquer qu’il ne demandait que la dénucléarisation du pays.

Pour éviter toute confusion quant au déroulement de la visite de M. Abe, des responsables gouvernementaux japonais ont récemment affirmé que le leader nippon ne se rendait pas à Téhéran muni d’une liste de demandes ou porteur d’un message en provenance de Washington. La mission de Shinzo Abe consiste davantage en une prise de contact réelle entre les Japonais et les Iraniens pour mettre petit à petit en place les bases d’un éventuel dialogue entre Washington et Téhéran. « Il serait délicat pour Shinzo Abe d’apparaître comme une sorte de relais des États-Unis sur place, il va essayer d’être davantage un intermédiaire dans lequel il va faire passer différentes informations », explique Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran pour le site Etopia, contacté par L’Orient-Le Jour. « C’est ce qu’on appelle, dans le langage des conflits, un “canal de déconfliction” dans lequel les informations circulent (...) La mission de Shinzo Abe est d’ouvrir ce canal », ajoute-t-il. Les Iraniens semblent néanmoins convaincus que Shinzo Abe apportera malgré tout des messages de l’administration Trump. « La visite de M. Abe intervient juste après celle de M. Trump au Japon et les Américains ont donc intérêt à utiliser ce canal », a déclaré Ebrahim Rahimpour, ancien ministre adjoint iranien des Affaires étrangères, au quotidien Shargh (réformiste). L’Iran « va faire valoir nos droits et notre position et l’autre côté pourra faire connaître les messages qui seront ceux du président américain », a-t-il ajouté.


(Lire aussi : Nucléaire iranien : "le rythme de production d'uranium enrichi est en augmentation", s'inquiète l'AIEA)


Marge de manœuvre limitée

L’empire du Soleil-Levant peut apparaître comme un acteur neutre entre les États-Unis et l’Iran. Il n’est pas signataire de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 dont les États-Unis se sont retirés l’année dernière et n’est pas, au contraire d’autres membres du camp occidental, un pays que les mollahs critiquent régulièrement. Il y a par ailleurs « une profondeur historique dans la relation qui lie le Japon et l’Iran et dont ne disposent pas les autres pays de la région », estime pour L’OLJ Karoline Postel-Vinay, spécialiste du Japon au sein du CERI de Sciences Po. « Le Japon a entretenu une relation spéciale avec Téhéran, n’appliquant pas de sanctions après la révolution de 1979 par exemple et appelant à maintenir le dialogue plutôt qu’une attitude de confrontation quand le régime a développé son programme nucléaire », complète de son côté Céline Pajon, chercheuse au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Par ailleurs, le fait que Shinzo Abe rencontre le guide suprême Ali Khamenei révèle le sérieux avec lequel est prise cette visite officielle du côté de Téhéran et montre dans le même temps l’état de la situation intérieure iranienne. « Ali Khamenei est celui qui décide de la politique étrangère iranienne et qui détient le vrai pouvoir en Iran » , poursuit Jonathan Piron, ajoutant qu’une « rencontre entre Khamenei et Shinzo Abe laisse penser indirectement que Hassan Rohani est arrivé en fin de parcours, en deuxième position derrière M. Khamenei ».

Il faut néanmoins rester prudent sur les chances de succès d’une telle visite. Même si le Japon entretient de bonnes relations avec Téhéran, il demeure le grand allié de Washington en Asie de l’Est avec la Corée du Sud, et la marge de manœuvre de Shinzo Abe en Iran reste limitée. « Au-delà d’un rôle d’intermédiaire, Tokyo n’a pas grand-chose à offrir pour faciliter le retour à des relations cordiales » entre Washington et Téhéran, poursuit Céline Pajon. Les États-Unis devraient, sans doute, demander au Japon un « résumé » des discussions une fois la visite terminée.


(Lire aussi : Face à la pression économique, Téhéran met en garde Washington)



Dans le même temps, l’empire du Soleil-Levant est en quête de succès diplomatique qui pourrait avoir des retombées positives sur son économie. « Cette visite, et un gain éventuel, pourrait redorer l’image de Shinzo Abe à l’international après les difficultés qu’il a eues sur les dossiers russe et nord-coréen », poursuit Karoline Postel-Vinay, ajoutant que cela « améliorerait aussi la visibilité du Japon à l’international ». Par cette visite, le Japon, pauvre en ressources naturelles, espère également faire baisser la tension dans la région afin d’éviter tout incident qui aurait des répercussions sur ses importations énergétiques. « Un blocus du détroit d’Ormuz dans le contexte d’un potentiel conflit aurait des conséquences désastreuses pour son économie en stoppant ses approvisionnements d’hydrocarbures », conclut Céline Pajon.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE DIALOGUE A COMMENCE SOUS LA TABLE PAR DES INTERMEDIAIRES INTERPOSES MALGRE LES RENIEMENTS IRANIENS.

BOSS QUI BOSSE

Redorer le blason japonais international en visitant L'Iran ??????

Depuis quand ???? Hahahaha...

La vue du gendarme.....hehehe

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