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Dans le Nord irakien, qui met le feu aux terres agricoles ?

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"Des combattants de l'EI ont mis le feu aux champs car les agriculteurs refusaient de leur payer la zakat". Ces jihadistes "viennent à moto, déclenchent des incendies et laissent des explosifs qui se déclenchent à l'arrivée des civils et des pompiers", affirme un officier.

OLJ/Marwan IBRAHIM avec Ammar KARIM/AFP
08/06/2019

Attaques de jihadistes, disputes entre propriétaires, conflits ethniques...? Depuis un mois, les terres agricoles du nord irakien, le grenier à blé du pays, partent en fumée et personne ne sait vraiment qui se trouvent derrière ces incendies.

Cette année, après les fortes pluies, la saison agricole s'annonçait pourtant bonne. Mais entre début mai et début juin, la période de récolte, "236 incendies" ont réduit en cendres "5.183 hectares" de culture, principalement de blé et d'orge, selon la Défense civile. Tous ces feux, et les centaines d'autres qui ont pu être éteints, se sont déclarés dans quatre provinces du Nord, occupées un temps par le groupe Etat islamique (EI) entre 2014 et 2017 et où se terrent encore des jihadistes. Pour la seule journée de jeudi, "16 incendies" ont été recensés dans la province de Ninive, indique à l'AFP Dourid Hekmat, chargé de l'Agriculture dans cette province. Et pour protéger les 15.000 kilomètres carrés cultivés de cette région du nord-ouest, les pompiers n'ont qu'une cinquantaine de camions.


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"Terrorisme" et "vendettas"

Sur ces terres, où jihadistes et combats pour les chasser ont ravagé sols et équipements agricoles, il y a bien eu des incendies déclenchés par les fortes chaleurs, des erreurs humaines, des techniques d'agriculture peu soucieuses des dégâts ou encore des accidents électriques, convient le général Saleh al-Joubbouri, chef de la Défense civile de Kirkouk, au nord de Bagdad.

Mais pour responsables et agriculteurs, dans la plupart des cas, les feux ont été déclenchés par des individus malveillants. A plusieurs reprises, selon un officier de police qui s'exprime sous le couvert de l'anonymat, "des combattants de l'EI ont mis le feu aux champs car les agriculteurs refusaient de leur payer la zakat", l'impôt musulman. Ces jihadistes, poursuit-il, "viennent à moto, déclenchent des incendies et laissent des explosifs qui se déclenchent à l'arrivée des civils et des pompiers". "Dans le district d'al-Abbassi, quatre civils sont morts, et dans celui de Daqouq, un autre a été tué", assure-t-il, en référence à des secteurs de la province de Kirkouk.

Dans son magazine de propagande, al-Naba, l'EI a revendiqué "78 incendies", rappelle à l'AFP Hicham al-Hachémi, spécialiste des mouvements jihadistes. "Les autres incendies sont surtout le fruit de conflits pour la terre, entre personnes ou tribus", estime-t-il. Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi lui-même a évoqué des incendies d'origine "terroriste et criminelle" mais aussi "des conflits et des actes de vendettas". Et dans la province de Kirkouk, que le Kurdistan autonome dispute aux autorités centrales de Bagdad, les 200.000 hectares de terre arables se retrouvent aussi régulièrement l'otage des conflits interethniques. Chaque année, cette province pétrolière produit 650.000 tonnes, principalement de céréales, rappelle Bourhan al-Assi, en charge de l'Agriculture au Conseil provincial.


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Record "inégalé"

Pour lui, les incendies ont atteint cette année un record "inégalé" dans un pays où l'agriculture fait vivre un habitant sur trois. Et cela, alors que la production devait atteindre "jusqu'à quatre tonnes par hectare grâce aux pluies, contre deux l'année dernière à cause de la sécheresse".

Autant de lourdes pertes pour Raad Sami, qui a perdu près de 90 hectares de culture à Rebeda, un village au sud de Kirkouk. "Des hommes de l'EI ont tout brûlé et nous n'avons rien pu faire tant l'incendie était puissant", se lamente-t-il. Et cela, au pire moment: "en fin de saison, quand on récolte pour vendre et rembourser nos dettes", poursuit-il, véhément. "Le gouvernement doit nous dédommager", lance-t-il, maintenant qu'il a dû faire une croix sur des tonnes de blé vendues à l'unité entre 400 et 500 dollars à l'Etat.

Youssef Ahmed, cultivateur turkmène, lui, ne sait pas qui a brûlé ses champs. Et, dit-il, peu lui importe "que ce soit l'EI, des gens qui veulent accaparer nos terres, ou le résultat de la dispute entre Bagdad et les Kurdes". Pour lui, le résultat est le même: "tous ensemble, ils ont détruit l'économie et l'agriculture de l'Irak". "A cause d'eux, nous allons devoir importer du blé", ajoute-t-il, amer.

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