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Liban - Rencontre

Geagea à l’ordre des rédacteurs : Il y aura zéro implantation palestinienne au Liban

Les membres du conseil de l’ordre des journalistes, entourant Samir Geagea. Photo Aldo Ayoub

L’idée de départ était de mobiliser les leaders politiques pour aider les journalistes, et la presse écrite en particulier, dans cette étape délicate. Mais comment rencontrer Samir Geagea sans faire avec lui un tour d’horizon des dossiers stratégiques et internes ?

Le président de l’ordre des rédacteurs, Joseph Kosseifi, et les membres du conseil se sont donc rendus à Meerab pour aborder avec le chef des Forces libanaises les difficultés que connaît actuellement la presse, évoquant au passage les procès intentés par M. Geagea à des journalistes et des hommes de médias. Mais très vite, la conversation a viré vers la politique, la situation régionale et les inévitables polémiques internes.

Au sujet des procès contre les journalistes, Samir Geagea a été très clair. Ils ne sont pas intentés pour des raisons portant sur les opinions des personnes concernées, car le parti respecte la liberté d’expression, mais parce qu’elles ont tenu, selon lui, des propos diffamatoires et déformé des faits. En définitive, c’est la justice qui tranchera. Mais il faut aussi que chacun assume la responsabilité des propos qu’il tient. Pour M. Geagea, qui était entouré du responsable de l’information, Charles Jabbour, de celui des médias internes, Maroun Maroun, et de la directrice de son cabinet, Antoinette Geagea, il s’agit d’une position claire et stable qui ne sera pas remise en question, même à la demande du conseil de l’ordre.


(Lire aussi : Geagea : Le plan de paix américain pour le Proche-Orient est mort-né)


Après cette entrée en matière obligée, la discussion a viré vers les questions politiques, en pleine saison de débat budgétaire, mais aussi d’escalade régionale.

De façon très ferme, le chef des Forces libanaises a estimé qu’il n’y a aucune possibilité de faire passer au Liban un projet d’implantation des Palestiniens. Selon lui, toutes les demandes, si elles sont formulées, et même les pressions qui pourraient être exercées n’y changeront rien. « Il y aura zéro implantation palestinienne au Liban », a-t-il dit. Tout simplement parce que les Libanais ne le veulent pas. Selon lui, il y en aurait entre 250 000 et 270 000 au Liban, parce que beaucoup d’entre eux sont partis au fil des ans. Mais il n’y a aucun risque que ceux qui restent deviennent libanais. Il a encore ajouté qu’on promet aux Palestiniens des aides financières, mais ce n’est pas de cela qu’ils ont besoin. « Leur problème est national », a-t-il souligné.

Sur ce plan, le chef des FL est donc plutôt tranquille. Par contre, il juge que l’escalade est très sérieuse entre l’Iran et les États-Unis. Contrairement à ce que disent certains qui réduisent le tableau régional actuel à une simple démonstration de force entre Washington et Téhéran, il y a, selon lui, de véritable risques de glisser vers une confrontation plus grande encore. « Tout dépendra de l’attitude des Iraniens, a-t-il ajouté. Car les Américains ont annoncé un plan en 12 points, dont ils réclament l’application par l’Iran. » « C’est vrai, a-t-il encore précisé, qu’en général les Iraniens sont calmes et ne réagissent pas impulsivement. Mais le blocus pétrolier qui leur est infligé est très douloureux pour leur économie. »

Pour Samir Geagea, il y a deux scénarios possibles. Le premier est un processus de négociation, sur la base des 12 points américains, et le second est celui du pire. Dans ce cas de figure, il faut espérer que le Liban restera à l’écart « car, a-t-il dit, ce serait un crime de l’entraîner dans ce torrent de feu et d’acier ».

À un journaliste qui lui demandait s’il ne pensait pas plutôt que cette escalade américaine est surtout dirigée contre la Chine, M. Geagea a répondu qu’il est certain qu’il y a une confrontation économique entre les États-Unis et la Chine sur le plan commercial, mais les sanctions imposées à l’Iran font mal à ce pays.


(Lire aussi : Nasrallah : Le danger de l'implantation des réfugiés palestiniens se rapproche fortement)


Interrogé sur le fameux « deal du siècle », ou le plan américain de règlement du conflit israélo-palestinien, Samir Geagea a précisé qu’il n’avait aucune inquiétude particulière car ce plan est mort-né. Comment peut-on proposer un plan de paix qui commence par la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et par la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan ? Il y a même, selon lui, une possibilité que l’annonce de ce plan soit une fois de plus reportée.

Interrogé sur l’impact de cette situation sur le Liban, il a déclaré qu’à son avis, si le Liban ne s’approche pas de ce brasier, celui-ci ne s’étendra pas jusqu’à lui. Pour lui, le fait que le Premier ministre préside la délégation libanaise aux sommets de La Mecque est une décision sage. Il faut, selon lui, que le Liban s’accroche plus que jamais à la politique de distanciation.

Y a-t-il un projet de rencontre avec le Hezbollah pour parler de ce sujet et d’autres ? Le chef des FL a répondu qu’il n’y avait aucun projet particulier en ce sens, à part les rencontres naturelles qui se font dans le cadre des institutions étatiques. Car pour qu’une telle réunion ait lieu, il faut d’abord qu’il y ait une plateforme de départ. « La réalité est que nous sommes dans une patrie, et le Hezbollah est dans une autre. Pour nous, la oumma, c’est le Liban, pour lui, la oumma, c’est la région. Ce sont des gens qui ont une idéologie précise, et nous ne sommes pas d’accord avec eux, surtout maintenant qu’ils accordent la priorité à leur grande bataille. Sur le plan interne, le Hezbollah donne la priorité à ses alliés. Dès que la lutte contre la corruption s’approche d’eux, il ne la mène plus. Vous comprenez ce que je veux dire... »

M. Geagea n’a pas voulu entrer dans les détails de la politique libanaise, mais il a au passage égratigné le ministre des Déplacés, Ghassan Atallah, qui a réclamé lors de l’avant-dernière séance de discussion du budget, 40 milliards de livres libanaises pour clore le dossier des indemnités aux déplacés de la Montagne. Le chef des FL s’est étonné de cette somme qui est tombée soudain, alors que les ministres du CPL avaient protesté contre 3 milliards de livres libanaises réclamées par le ministre des Affaires sociales pour des associations connues. Lorsqu’on lui a fait remarquer que le ministre a un plan pour le fonctionnement de son ministère qu’il doit soumettre au Conseil des ministres après l’adoption de la loi sur le budget, le chef des FL s’est étonné du fait que le plan soit présenté après l’obtention des fonds... Il a ensuite défendu le fait que chaque ministre intervienne désormais dans le fonctionnement des autres ministères, parce que, selon lui, c’est le système libanais, qui repose sur le respect de toutes les composantes et leur participation. Pour lui, toucher à ce système serait mettre en danger le pays. Car le Liban est une nation pluraliste qui ne peut connaître la stabilité que si l’on respecte cette particularité. Même pendant les deux ans de vacance présidentielle et de paralysie des institutions étatiques, la stabilité du pays n’a pas été ébranlée, car toutes les composantes du pays se sentaient en sécurité et rassurées. Elles participent désormais à l’exercice du pouvoir, dans le cadre du système instauré par l’accord de Taëf, et c’est cela la garantie de la stabilité du pays. Contrairement à la Syrie, a-t-il précisé, où il y avait un système laïc qui a imposé la stabilité avec la botte.



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L’idée de départ était de mobiliser les leaders politiques pour aider les journalistes, et la presse écrite en particulier, dans cette étape délicate. Mais comment rencontrer Samir Geagea sans faire avec lui un tour d’horizon des dossiers stratégiques et internes ? Le président de l’ordre des rédacteurs, Joseph Kosseifi, et les membres du conseil se sont donc rendus à Meerab pour...

commentaires (2)

UN VOEU NATIONAL. MAIS... LE MAIS JOUERA SON ROLE ET RIEN N,EST SUR.

LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

09 h 35, le 29 mai 2019

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Commentaires (2)

  • UN VOEU NATIONAL. MAIS... LE MAIS JOUERA SON ROLE ET RIEN N,EST SUR.

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    09 h 35, le 29 mai 2019

  • Ce fameux "deal of the century"... Reste à préciser qui en sera le principal bénéficiaire!

    NAUFAL SORAYA

    07 h 32, le 29 mai 2019

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