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Liban

L’accord de Doha, onze ans après

Commémoration

L’entente conclue dans la capitale qatarie a réussi à réduire les tensions sans toutefois régler le fond du problème.

22/05/2019

Il y a onze ans (le 21 mai 2008), était signé l’accord de Doha qui a mis fin à une crise politique et institutionnelle sans précédent au Liban et consacré le retour au dialogue et au consensus comme substituts à la logique de la confrontation. Des années plus tard, la problématique de l’emprise du Hezbollah sur les fonctions régaliennes de l’État, à l’origine de la crise ayant conduit les parties libanaises à Doha, n’a pas fondamentalement changé, mais le contexte national et régional a conduit les protagonistes à privilégier la logique du compromis. Que reste-t-il aujourd’hui de cet accord né au forceps, qui avait eu à l’époque l’avantage de calmer les esprits et de remettre la République au travail ?

Né à la suite du coup de force initié le 7 mai 2008 par le Hezbollah dans une tentative, une première du genre, de contrer une décision du gouvernement considérée comme menaçante pour le parti chiite, l’accord de Doha a donné lieu à un compromis finement dosé destiné à satisfaire l’ensemble des parties et à réduire les tensions sans pour autant régler leurs causes profondes.

L’accord a été négocié dans un contexte politique survolté marqué par un clivage radical entre les camps du 14 et du 8 Mars et survenu à la suite de deux décisions prises le 5 mai 2008 par le gouvernement Fouad Siniora de l’époque : le limogeage du général Wafic Choucair, chef de la sécurité de l’Aéroport international de Beyrouth, considéré comme un proche du Hezbollah, et la prise de contrôle du réseau de télécoms privé du parti chiite. Ces mesures ont été perçues par le Hezb comme une menace au statut et au rôle qu’il s’attribue en tant qu’organisation paramilitaire. Ce dernier décide alors d’y faire face en passant à l’acte : le Hezbollah, qui avait pourtant à maintes reprises assuré que ses armes ne seront dirigées que contre Israël, investit avec ses alliés les rues de Beyrouth-Ouest et certaines régions de la montagne, pour faire étalage de sa force et obtenir la levée des mesures prises.

Cet incident, qui n’a pas manqué de faire ressortir les vieux démons de la guerre civile, menaçant sérieusement la cohésion interne, est survenu aussi dans un contexte de paralysie institutionnelle qui perdurait, dont une longue vacance à la présidence de la République.

Le recours aux armes dans un conflit aux relents communautaires a été le point de bascule qui a poussé le Qatar – dont la réputation de neutralité avait à l’époque rassuré les protagonistes – à prendre l’initiative de réunir les protagonistes libanais pour mettre fin à la crise. « Nous avons atteint un seuil tel que la divergence ne se borne pas entre des parties, mais met en danger le destin de la patrie », avait alors commenté l’émir du Qatar, à l’époque cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, mettant en exergue l’urgence d’une telle rencontre.


(Pour mémoire : Husseini : « L’accord de Doha a porté un coup sévère au pacte national »)

Package-deal

Au terme d’une semaine de pourparlers, les participants sont parvenus à s’entendre sur un package-deal indissociable. L’accord de Doha consistait à élire un candidat de compromis, mais dont la candidature avait été soutenue par le 14 Mars, le général Michel Sleiman, à la présidence de la République ; former un gouvernement d’union nationale ; et retourner à la loi électorale de 1960 légèrement amendée.

Les parties s’étaient également engagées à ne pas recourir aux armes ou à la violence à des fins politiques et à s’abstenir de provoquer d’une manière ou d’une autre la démission du gouvernement, afin d’éviter une réédition du scénario de 2006 après la démission des ministres chiites sur fond de querelle autour de l’adoption du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).

Ayant servi de replâtrage au processus constitutionnel grippé depuis l’exacerbation de la polarisation, l’accord conjoncturel de Doha a eu l’avantage d’éloigner le spectre de la guerre civile et de redynamiser le fonctionnement, même boiteux, des institutions, sans toutefois résoudre le fond du problème, à savoir le défi que représente l’arsenal militaire du Hezbollah qui, comme l’ont démontré les affrontements de mai 2008, pouvait potentiellement être investi dans le jeu politique interne pour protéger des acquis, voire même inverser les équilibres en présence.

Ses effets, notamment en termes de stabilité gouvernementale dont le principe avait été entériné à Doha, n’auront toutefois perduré que trois années, avant que le gouvernement formé par Saad Hariri en 2009 ne soit renversé en janvier 2011 par la démission orchestrée de onze ministres issus essentiellement du Hezbollah et du CPL, en violation de l’accord de Doha.

Hariri tempère

À la loi de 1960 s’est substitué un autre système électoral avec l’adoption, en mai 2018, de la proportionnelle sur base de quinze circonscriptions. Parallèlement, la confrontation ouverte avec le Hezbollah a perdu de son acuité, même si la situation demeure inchangée et que les partis souverainistes continuent de réclamer dans le principe le rétablissement du monopole de la force aux mains de l’État. Ce qui a changé, c’est que depuis quelques années, le chef du courant du Futur, Saad Hariri, adopte une politique pragmatique dans le souci de faire prévaloir la paix civile interne. Quitte à laisser la communauté internationale faire « le sale boulot », en mettant la pression sur le Hezbollah. Ce changement de tactique, qui a conduit au compromis présidentiel ayant permis l’accession de Michel Aoun à la présidence de la République, n’a pas été sans prix au niveau de la popularité de M. Hariri.


Pour mémoire

Berry à l’émir du Qatar : C’est le 14 Mars qui n’a pas respecté l’accord de Doha

Effondrement de l’accord de Doha

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Yves Prevost

En 2011 les ministres alliés au Hezbollah démissionnent malgré la promesse faite à Doha. Je n'ai jamais compris à quoi pouvait bien servir un accord avec le Hezbollah, puisqu'il ne sera jamais respecté.

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