L’édito de Michel TOUMA

Sursaut souverainiste

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
21/05/2019

Il est des phénomènes ou des personnes qui ont valeur de symbole. Ils acquièrent rapidement de ce fait une dimension qui les dépasse largement, au-delà même de l’espace et du temps. Les développements de ces derniers jours auront illustré de manière éclatante, et sans aucun doute possible, à quel point le patriarche Nasrallah Sfeir occupe désormais une place prépondérante dans l’inconscient collectif non seulement des chrétiens, mais aussi de larges pans transcommunautaires du tissu social libanais, plus particulièrement dans les milieux sunnites et druzes.

Une réalité s’impose d’emblée à cet égard. Une réalité qu’il faut reconnaître en toute lucidité parce qu’elle permet d’éclairer bien de choses : le patriarche Sfeir n’était plus en fonction depuis plus de huit ans, plus précisément depuis la fin du mois de février 2011, date à laquelle le pape Benoît XVI avait accepté sa démission. Au cours de ces huit dernières années, il n’avait aucune charge religieuse ou autre et ne bénéficiait que du titre purement symbolique de patriarche émérite. Il ne faisait que quelques rares apparitions publiques et n’était pratiquement plus présent sur l’échiquier médiatique durant toute cette période. Il représentait ce que les anglo-saxons appelleraient un « has been ».

Cependant, force est de relever que cet effacement quasi total de la scène publique durant un aussi grand laps de temps contraste fortement avec la dimension officielle et populaire donnée à ses obsèques et surtout avec l’ampleur de l’hommage national qui lui a été rendu. Le cardinal Sfeir s’était certes distingué par son caractère humble, modeste, constamment serein, lucide, mais déterminé dans ses positions de principe, ce qui aurait pu provoquer l’élan populaire qu’il a suscité. Mais ces hautes qualités humaines et spirituelles peu communes ne suffisent pas à expliquer le formidable hommage officiel, politique et médiatique – souvent qualifié d’historique – qui lui a été rendu à plus d’un niveau.

Cette adulation hors du commun auquel le pays a été témoin ces derniers jours illustre un sursaut de la part des Libanais qui, poussés par leur inconscient collectif, ont réaffirmé instinctivement leur ferme attachement, contre vents et marées, à tout ce que le patriarche émérite représentait comme valeurs nationales. Le cardinal Sfeir a été, en pleine occupation syrienne, le catalyseur du boycott chrétien des élections législatives de 1992 pour protester contre la loi électorale inique et déséquilibrée imposée à l’époque par les Syriens. Il a été celui qui a défendu dans les années 90 la cause des prisonniers politiques, notamment Samir Geagea et les partisans des Forces libanaises et du courant aouniste qui étaient la cible d’une chasse aux sorcières menée par l’appareil sécuritaire libano-syrien. Il a été l’homme du fameux appel de Bkerké de septembre 2000 qu’il a rédigé de ses propres mains – après avoir obtenu le feu vert du pape Jean-Paul II – pour dénoncer sans détours les innombrables abus syriens au Liban, réclamant le retrait des troupes de Damas du territoire libanais. Il a été l’homme qui a constamment refusé de façon tranchée toute attitude complaisante à l’égard du régime Assad. Il a été, avec le leader du PSP Walid Joumblatt, l’homme de la réconciliation historique de la Montagne. Il a été, en résumé, l’homme de la fermeté face aux multiples tentatives de phagocyter le Liban et de changer radicalement sa spécificité et son vrai visage, celui d’un pays-message.

Une telle ligne de conduite n’a jamais constitué chez Nasrallah Sfeir une attitude d’ordre partisan. Elle représentait, bien au contraire, une sensibilité souverainiste transcommunautaire, une conscience nationale libaniste profondément enracinée dans le tissu social du pays. En rendant un tel hommage au patriarche émérite, les Libanais ont exprimé leur volonté de réaffirmer leur attachement inébranlable à cette conscience nationale personnifiée par le cardinal Sfeir, face à une autre volonté interne de maintenir le pays otage des ambitions hégémoniques du nouvel empire perse. Depuis plusieurs années, les Libanais se réclamant du courant souverainiste se sentent frustrés et impuissants devant le fait accompli qui leur est imposé pour servir la « raison d’État » iranienne. Le décès du patriarche de la deuxième indépendance leur a fourni l’occasion de s’exprimer à nouveau à grande échelle sur ce plan et de reprendre l’initiative, ne fut-ce que médiatiquement et symboliquement, pour réaffirmer haut et fort leur positionnement, leur présence et leur engagement.

Cela explique sans doute l’extrême froideur avec laquelle les alliés locaux de l’Iran ont accueilli le grand départ de Nasrallah Sfeir. Et cela explique aussi les réactions violentes à l’inadmissible dérapage verbal de Béchara Asmar. De manière sans doute inconsciente, en réagissant de la sorte aux propos de bas étage proférés par l’ex-président de la CGTL, les Libanais et les milieux politiques ont exprimé leur rejet des tentatives flagrantes de minimiser et de banaliser la dimension nationale et historique prise par ce que certains qualifient déjà de « sfeirisme ».

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LIBAN D'ABORD

C'EST CLAIR QUE HB N'A PAS ENVOYE DE REPRESENTANTS AUX FUNERAILS DE MONSEIGNEUR SFEIR

DONC TOUS LES LIBANAIS NE SONT PAS D'ACCORD MEME SI m berry A FAIT ACTE DE PRESENCE EN TANT QUE PRESIDENT DE LA CHAMBRE
SEULS SONT D'ACCORD CEUX QUI ONT EU DES MARTYRS AU LIBAN
JUSQU'AU DEPART DE NOS VOISINS DU NORD

Sam

Tout cela est vrai mais je crains que cela soit outrancièrement exagéré dans un objectif politique facile à lire.
Le boycott de 1992 a été néfaste pour les chrétiens, etc.
Stop.
Pas envie d’aller en prison.

Le point

Le départ du Patriarche Sfeir a permis des retrouvailles de tous les libanais autour de ce qui est devenu un symbole de la souveraineté libanaise. Paix à son âme !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HONNEUR A LA MEMOIRE DU GRAND PATRIARCHE SFEIR. LA CONSCIENCE DU LIBAN. BRAVO POUR CET ARTICLE MR. TOUMA.

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