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Explosion de colère des militaires à la retraite devant le Grand Sérail

Liban

Pas de pénurie de carburant, rassurent le directeur général des douanes et la ministre de l'Energie.

OLJ
20/05/2019

Des militaires à la retraite, qui campent depuis vendredi place Riad el-Solh, dans le centre-ville de Beyrouth, pour refuser toute atteinte à leurs droits dans le cadre d'un budget d'austérité en cours d'adoption, ont haussé le ton lundi en tentant de forcer l'accès au Grand Sérail, se heurtant aux forces de l'ordre sur place.

Depuis fin avril, le gouvernement libanais examine un projet de budget qualifié par le Premier ministre, Saad Hariri, de "plus austère" de l'histoire contemporaine du pays. Les réformes annoncées ou ayant fuité dans les médias locaux ont vite suscité une levée de boucliers notamment parmi les fonctionnaires, dont les salaires risquent d'être revus à la baisse. Le projet prévoit, entre autres, une diminution de 3% des salaires des retraités des institutions sécuritaires et une révision des modalités de calcul de leur retraite.

Lundi, quelque 4.000 militaires étaient massés devant le Grand Sérail en début d'après-midi, alors que le gouvernement tenait une nouvelle réunion pour tenter de boucler l'étude de l'avant-projet de budget. La tension est montée d'un cran après que les soldats à la retraite, qui lancaient des slogans contre les "voleurs" au pouvoir, avaient demandé à ce qu'une délégation les représentant soit reçue par le le ministre de la Défense, Elias Bou Saab, qui participe au Conseil des ministres, ou qu'un représentant du gouvernement vienne leur parler.

Certains de ces militaires prenant part au sit-in sont alors entrés dans la zone sécurisée après avoir coupé les fils barbelés installés entre la place Riad el-Solh et le Sérail. Les forces de sécurité ont alors eu recours à des canons à eau pour les disperser. Les manifestants ont réussi à reculer le cordon de sécurité. Selon notre correspondante sur place, Suzanne Baaklini, des heurts ont alors opposé les militaires aux forces de sécurité, qui ont massé des renforts dans le secteur. Deux personnes ont été blessées lors de ces échauffourées, dont une a été transportée à l'hôpital.

Signe de la colère des militaires à la retraite, l'un d'eux a tenté de s'immoler par le feu après s'être aspergé d'essence, avant que des soldats et des manifestants interviennent pour calmer la situation.

Après plusieurs minutes de tension extrême, la situation s'est quelque peu apaisée et la route menant au Grand Sérail rouverte. Selon notre correspondante, une délégation, dont fait partie le général Sami Rammah, représentant du comité de coordination formée par les militaires à la retraite, a été appelée pour discuter avec M. Bou Saab, qui s'est exprimé à l'issue de cet entretien. "J'ai entendu leurs revendications, et je me suis rendu compte que nombre de choses qui les inquiètent ne sont pas sur la table", a déclaré le ministre lors d'un point presse, indiquant que "le budget du ministère de la Défense a été revu à la baisse tout comme celui d'autres ministères".


Le général Hassan Hassan, membre de la délégation des militaires à la retraite, a de son côté indiqué à L'Orient-Le Jour que M. Bou Saab a formulé des promesses, mais que "certains autres points conflictuels n'avaient pas été abordés". Soulignant que les militaires à la retraite "ne faisaient pas confiance au gouvernement", il a indiqué qu'ils demandaient par conséquent "que l'exécutif publie un communiqué officiel précisant ces promesses, faute de quoi ils poursuivraient leur sit-in et tenteraient d'entrer à nouveau au Grand Sérail par la force".

Le général Rammah, cité par l'Ani, a de son côté annoncé qu'il y aura "uniquement une ponction mensuelle de 3 % du montant des retraites des militaires en échange de la mise en place d’une couverture maladie. Cette mesure a été acceptée par les militaires en échange de leur exemption des timbres fiscaux. Le général Rammah a enfin appelé les anciens militaires à s'éloigner de l'entrée au Grand Sérail et à retourner au lieu du campement, place Riad el-Solh.


Grève des fonctionnaires
Un autre sit-in a été organisé dans le centre-ville, au moment de la tenue du Conseil des ministres, à l'appel des organisations syndicales de la fonction publique ainsi que celles regroupant les enseignants des deux secteurs public et privé, du comité des enseignants contractuels de l’enseignement de base public et du Comité de coordination intersyndical.  Lors de ce rassemblement, le président du syndicat des enseignants des écoles privées, Rodolphe Abboud, a réclamé  l'octroi des six échelons d'augmentation de leurs salaires, comme cela est prévu par la loi 46 sur la nouvelle grille des salaires. Au début du mois, le Parlement avait adopté l'octroi de ces six échelons à ces enseignants.

Depuis l'adoption de la nouvelle grille des salaires en juillet 2017, un bras de fer s'était engagé entre les enseignants du cycle secondaire du secteur public et le ministère de l'Education. Les professeurs réclamaient l'octroi en une seule fois des six échelons, alors que l'ancien ministre de l'Education, Marwan Hamadé, proposait d'étaler l'octroi de ces échelons sur trois ans, afin de permettre aux établissements concernés de s'acquitter progressivement de ces augmentations. Les enseignants avaient exprimé leur refus d'une telle solution et avaient manifesté à plusieurs reprise dans la rue pour exprimer leur colère. En septembre dernier, M. Hamadé avait annoncé à 2.000 enseignants nouvellement embauchés dans la fonction publique et issus de la faculté de pédagogie de l’Université libanaise, qu'ils avaient droit dorénavant aux six échelons en question.

Par ailleurs, la grève des fonctionnaires s'est poursuivie aujourd'hui dans l'ensemble du pays. Selon l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle), l'Université libanaise et toutes les institutions publiques, municipalités, écoles officielles et administrations du Metn et de Aley, de Tripoli, du Akkar, de Bécharré et de Batroun (Nord), de Baalbeck, du Hermel et de Zahlé (dans la Békaa), du Mont-Liban, de Saïda, Nabatiyé et Zahrani (Sud), respectaient l'appel à la grève lancé par le Comité de coordination intersyndical. 


Au port de Beyrouth, la grève des fonctionnaires des douanes depuis vendredi paralyse l'entrée des marchandises, notamment les denrées alimentaires et les carburants.

L'Association libanaise des sociétés importatrices de pétrole avait dans ce contexte prévenu que certaines stations-service seraient à sec demain, en raison de cette grève qui peut déboucher sur une pénurie d'essence.  Mais en soirée, le directeur général des douanes Badri Daher a annoncé avoir donné ses directives aux bureaux de douanes afin que la livraison de carburant reprenne.  La ministre de l'Energie, Nada Boustani, a en outre indiqué avoir pris contact avec M. Daher et assuré qu'il n'y aura pas de pénurie de carburant.  



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Sarkis Serge Tateossian

Le Liban va très très mal économiquement.

Un plan d'austérité est plus que nécessaire.
Un grand respect pour le courage du premier ministre ou de n'importe quel autre gouvernement qui assumera cette difficile tâche car il faudra bien remettre l'économie sur les rails d'une manière ou d'autre.

Pourquoi le peuple acceptera-t-il des sacrifices et pas l'armée ?

C'est une question sociétale importante.
Celui qui à défendu la nation et les plus fragiles...a-t-il aujourd'hui le droit de les abandonner ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ABRUTISSEMENT A SON COMBLE !

Gros Gnon

"uniquement une ponction mensuelle de 3 % du montant des retraites des militaires en échange de la mise en place d’une couverture maladie. Cette mesure a été acceptée par les militaires en échange de leur exemption des timbres fiscaux."

Ah, ok, je vois. Donc en fait on ne cherche pas de solution, mais juste à jeter le problème sur un autre ministère... bon, c’est un moyen qui en vaut un autre. Mais jusqu’où s’arrêteront-ils?

Antoine Sabbagha

Tout va mal dans le pays des grandes suprises .

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