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Moyen Orient et Monde

À Silk City, la fronde des islamistes contre l’investissement chinois

Reportage

Le projet pharaonique à cheval sur sept îles du Koweït anime les discussions en raison de dispositions jugées trop libérales au regard de l’islam et de solidarité avec les Ouïgours.


20/05/2019

Au premier étage d’un immeuble, la porte d’un appartement spacieux s’ouvre et se referme au gré du passage. Une quinzaine de Chinois résidents au Koweït s’est donné rendez-vous à Salwa, ville située au sud de la capitale, Kuwait City. Dong Taikang, un Shanghaïen âgé de 74 ans, est le président de l’association regroupant plusieurs centaines de compatriotes expatriés comme lui. Ce jour-là, cet homme d’affaires a organisé un petit banquet, exclusivement composé de mets chinois concoctés par la communauté. « La Chine compte désormais plus de 100 entreprises opérant sur le marché koweïtien dans différents secteurs ! Cette année, plus de compatriotes viendront », croit savoir le petit homme à lunette. Le salon est décoré d’une photo tout en largeur où des dizaines de représentants de communautés chinoises du monde entier prennent la pose, l’air sérieux.

Autour de la table, à mesure que chacun se passe les plats, les conversations prennent le chemin de Silk City. La ville de la soie, appelée en arabe Madinat al-Harir, est un vaste projet, comprenant quartier d’affaires, logements luxueux, port, aéroport, stade de football, la plus grande tour du monde et une zone de transbordement, dont la Chine pourrait être un des principaux investisseurs. M. Dong évoque un investissement de 130 milliards que son pays aurait conclu avec le Koweït. Dans le cadre de son ambitieux rêve de restaurer la route de la soie, la république populaire aurait fait de l’émirat un point stratégique et stable pour entrer sur les deux immenses marchés frontaliers : l’Irak et l’Iran. « Pourquoi ne pas avoir investi en Irak ? Ils changent de leaders tous les temps. Et en Iran, ils sont plutôt conservateurs et leur pratique de leur religion et leurs actions politiques ne sont pas toujours bonnes pour leur économie », analyse Dong, en lien direct avec la branche économique de son ambassade.

L’association chinoise au Koweït espère, à travers Silk City, pénétrer davantage la société locale pour renforcer les liens entre les deux pays. Xiurong He, 49 ans, a contribué à l’ouverture d’une école de mandarin en 2013, destinée au départ aux enfants des travailleurs immigrés et depuis peu à quelques étudiants koweïtiens. « Les parents réalisent que la Chine est importante sur le marché mondial maintenant », croit savoir Francis Chen, professeure assistante à l’école de chinois de Koweït. Avec Silk City, Francis espère « avoir plus d’étudiants locaux ».


Investissements chinois et mariage homosexuel
Rencontrée au milieu d’avril, Sara Akbar, membre du conseil d’administration de Silk City, ne cachait pas non plus son optimisme quant à l’investissement chinois. « Ce territoire deviendra l’une des plaques tournantes de la route de la soie. En conséquence, nous allons développer certains projets sur ces îles avec des entreprises chinoises. » Selon elle, la Chine devait débuter les manœuvres pour le développement du port Moubarak al-Kabir sur la grande île de Bubiyan et en devenir son opérateur. « Sans oublier le projet de chemins de fer, dans lequel nous souhaiterions que la Chine soit également impliquée. » Dépendant à 90 % des rentes pétrolières, l’État koweïtien aimerait redynamiser son économie et l’orienter vers d’autres horizons. « Nous aimerions que Silk City soit un espace pour des entreprises et des industries axées sur la technologie futuriste, le commerce et la finance. » Un pôle qui pourrait créer plusieurs milliers d’opportunités d’embauches pour les locaux et devenir un pion essentiel pour la « koweïtisation » du marché de l’emploi.

Silk City ne fait pourtant pas l’unanimité, ni au sein de la société civile ni au sein de la classe politique. Pour attirer le plus d’investisseurs étrangers, le conseil d’administration du projet prévoit en effet de créer une loi sur mesure, réservée uniquement à la ville de la soie. Une loi qui serait relativement éloignée des standards de la charia du pays, pour convenir davantage aux mœurs et au mode de vie occidental. La légalisation de la consommation et de la vente d’alcool sont une crispation majeure au sein de l’émirat. Au Parlement, le projet n’a pas encore été discuté qu’il fait déjà débat. Chez les conservateurs, il est rejeté de manière virulente. Mohammad Hayef al-Mutiri est connu pour ses positions très axées sur le respect de la charia. Au quatrième étage de son bureau parlementaire, l’homme reçoit en dishdasha blanche, la barbe longue, le visage grave. « Je suis contre toute forme de projet qui contredirait l’islam. Prenez la légalisation de l’alcool par exemple ! Je ne crains pas des lois qui encourageraient un changement positif, mais mon problème est que si on fait des lois spécifiques pour cette ville, dans quelques années ce pays va porter de nouvelles idéologies culturelles qui iront contre l’islam, comme le mariage homosexuel. » Même écho chez Mohammad al-Dalal, parlementaire Frères musulmans. « Les lois du Koweït doivent être les mêmes partout dans le pays. Sinon vous imaginez les Koweïtiens pourront s’adresser à la Cour de justice pour intenter une action contre les habitants de la ville de la soie (pour non-respect de la loi nationale). » Comme Mohammad Hayef al-Mutiri, M. Dalal tient à ce que le pays conserve des impératifs de mœurs et de société conformes à la culture islamique et rigoriste du pays.



Ouïgours
Mais au-delà du projet de loi, c’est l’investissement massif chinois qui pose de multiples interrogations. En raison du sort qu’elle réserve à sa communauté ouïgoure (musulmane) basée dans le Xinjiang (Nord-Ouest), la Chine pourrait prochainement faire face à une fronde parlementaire koweïtienne opposée à sa prise de participation à Silk City. « Dans toutes les réunions qui se tiendront avec les Chinois, notre première exigence sera la question des Ouïgours. Nous allons monter un groupe de parlementaires contre le projet Silk City. Si les Chinois n’arrêtent pas de massacrer ces musulmans, nous sommes prêts à arrêter les discussions avec eux. Nous avons déjà fait une présentation des crimes commis par les Chinois contre les populations musulmanes pour démontrer publiquement qu’ils sont des criminels », avance Mohammad Hayef al-Mutiri.

Contacté, le bureau économique et commercial de Chine n’a pas souhaité répondre aux questions de L’Orient-le Jour. Mais il donne une indication : « Depuis que le conseil d’administration de Silk City a été congédié (...) le moment n’est pas propice pour nous d’organiser cette interview et faire des commentaires. Nous suivons de près l’évolution de la question et serons heureux de partager nos idées avec vous lorsque la situation deviendra plus claire ces prochains mois. » Le ver à soie est dans la ville.


Pour mémoire
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APRES L,IRAN, LE KUWEIT. LES FESSES MOYEN ORIENTALES VEULENT SE PARER DE SOIE.

HABIBI FRANCAIS

Sans aucun doute il vaut mieux etre musulman aux USA meme avec Trump, qu en CHIINE.....

B M

Il est bon quand même que quelqu’un s’occupe du sort de ces malheureux Ouïgours qui croupissent dans des camps de concentration en Chine, alors qu’aucun pays musulman ou arabe n’ose contrarier la Chine à cause de son poids économique. Il y’a de ces crimes qui ne sont jamais sanctionnés.

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