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Culture

Quand la porte s’ouvre à toutes les fenêtres...

Exposition

À la galerie Cheriff Tabet*, la géométrie de Sylvie Poupé fait écho à l’abstraction de Christine Besson.

Danny MALLAT | OLJ
20/05/2019

Entre les diagonales des sols en damier qui fuient à l’infini, les verticales de la tombée de rideaux et les droites des troncs d’arbre qui tracent leurs silhouettes fières dans un ciel nimbé de blanc coton, Sylvie Poupé a définitivement une histoire de lignes à raconter, mais pas que… Elles sont d’abord un prétexte pour créer un cadre, comme une fenêtre qui s’ouvre sur les mystères de la vie, un prétexte pour composer une harmonie, construire un point de départ, celui qui va lui permettre de s’évader vers un extérieur que vient éclairer une lune bienveillante et définitivement ronde. Alors s’offrent à voir des paysages en compositions rigoureusement belles, faites de tracés, de lignes et de variations chromatiques qui plongent les motifs dans une troublante luminosité. Des lignes qui tantôt s’étirent, tantôt tourbillonnent et insufflent à la toile un vent dans un réel pouvoir hypnotique.

Jeune, Sylvie Poupé aspirait à être styliste. Découper dans la toile, tracer à la craie blanche une silhouette qui deviendra un vêtement, construire et déconstruire ; la couture mais aussi l’artisanat l’attiraient. Elle en gardera le goût de l’ornementation, des appliques, des galons de dentelle et autres broderies, qu’elle intégrera à ses toiles, comme des réminiscences un peu provençales mais définitivement méditerranéennes. Dans les toiles de Poupé, les arbres, les silhouettes et les petites collines faites de gravier ou de grosses pierres ont l’air d’émerger des brumes de la conscience. La matière faite de poudre de métal, de pastels écrasés et de peinture à l’huile se complaît dans une gamme de tons sourds, de bruns organiques, de gris minéraux, de blanc gris et d’ors éteints. La luminosité des tableaux – d’abord perçus comme sombres, un peu austères – agit en filigrane. La texture mate et quelque peu rugueuse a pour effet de voiler la représentation, de la diluer dans une sorte de brume, lui donnant une consistance semblable à celle d’une fresque. Cette nature, sortie de l’imaginaire de l’artiste, est empreinte d’un calme aux résonances japonaises, un calme dynamisé toutefois par des lignes qui s’architecturent dans l’espace et s’y fossilisent.


Le travail de la main
L’œuvre de Christine Besson attire indéniablement l’œil, car l’on devine rapidement que son abstraction explosive se nourrit d’étapes successives pour en arriver là. Présente et légère, opaque et transparente, esquissée et structurée, ce sont les adjectifs qui pourraient s’appliquer à cette œuvre où se laisse deviner le travail de la main. « Au pinceau, à la brosse ou au couteau, je privilégie de petits cartons qui m’assurent la liberté du geste, confie l’artiste. Il m’arrive aussi de travailler avec de vieux outils un peu usés pour leur empreinte marquée par le temps. » Après un diplôme en graphisme, Christine Besson, passionnée par la peinture, décide de lui consacrer tout son temps. Elle étudie toutes les techniques pour, d’abord, monter ses toiles elle-même (toile marouflée, papier de bambou tendu : le support joue un rôle primordial). Mais aussi pour explorer le monde des matières qu’elle n’hésitera pas à mélanger ou à réinventer. Elle crée ses propres couleurs, dilue les encres, use du pastel. L’artiste est constamment en quête de nouvelles matières ou de nouvelles techniques, mais elle garde une préférence pour la peinture à l’huile, pour sa consistance vivante et sa riche texture. Très sensible à la campagne, au changement de saisons qu’elle photographie dans sa tête au cours de ses promenades champêtres, elle arrive à dompter le chaos de ses visions et à sublimer les formes et les couleurs nées dans son cerveau pour livrer des images en équilibre sensuel entre abstraction et expressionnisme. Son œuvre végétale minérale et organique répond à un seul vecteur qui la gouverne : la force des couleurs. Elles sont les différentes saisons à différentes heures de la journée. « J’aimerais que la personne qui s’arrête devant ma toile s’invente elle-même sa propre histoire, et ainsi mon tableau peut avoir plusieurs lectures. »

*À la galerie Cheriff Tabet

Christine Besson et Sylvie Poupé, jusqu’au 5 juin 2019.

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