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Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah

Citoyen « honoris causa », immortel et bientôt peut-être saint !

Une figure exceptionnelle de l’histoire contemporaine de la République du Cèdre, Mgr Nasrallah Boutros Sfeir, s’est éteinte le dimanche 12 mai à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans, après une lutte, courte mais courageuse, avec la mort.

Comme à toutes les étapes de sa vie, cette personnalité éminemment présente et laborieuse a poursuivi jusqu’aux derniers instants de sa vie son chemin en toute rigueur et discrétion, et assumé pleinement son destin face à lui-même, soutenu en cela par sa foi, ses convictions et son peuple. Fier de son Église et de son identité nationale, il a toujours été leur grand et inconditionnel serviteur. Il fut le défenseur sans faille de l’indépendance, de la souveraineté et des libertés de son pays et l’un des promoteurs incontournables de son vivre-ensemble, et de cette image de « pays message » qu’il prônera et partagera entièrement avec Sa Sainteté le pape Jean-Paul II, au lendemain de la visite historique de ce dernier au Liban.

Homme de religion avant tout, il a engagé un grand chantier de transformations dogmatiques et liturgiques au sein de sa communauté. Il a su ensuite construire une passerelle unique, apte à mélanger les principes religieux et ceux de la vie quotidienne du peuple libanais, toutes confessions confondues. Il a organisé aussi le conclave maronite de 2002-2003, pour débattre et analyser l’impact des valeurs chrétiennes sur la vie civile du citoyen, et a cherché à faire adopter les recommandations votées par les participants au titre de modèle national de citoyenneté, d’ouverture et de respect de l’autre dans tous les domaines de la vie active, tous secteurs confondus.

Homme de justice, d’équité, d’abnégation et de principes, il a placé les valeurs de la république au-dessus de toute autre considération. Il les a portées haut et loin, et a défendu ses points de vue avec courage et détermination, mais toujours avec conséquence et respect de l’autre. Il avait une vaste connaissance de sa communauté et de celles qui composaient le reste du tissage socio-économique du pays, ainsi qu’une profonde expérience des êtres humains et un bon sens politique très affûté. Son expression était brève et incisive, et son évaluation des hommes et des situations comportait beaucoup de sagesse.

Malgré vents et marées, manigances, mensonges et menaces internes et externes, en provenance de chrétiens et de non-chrétiens, il est resté égal à lui-même et tout aussi attaché à ses objectifs religieux et nationaux.

Avec son départ, et malgré le triste souvenir de « l’invasion » de Bkerké par une horde d’individus qui se sont permis de commettre des actes de vandalisme et de terreur inqualifiables et indignes de ce site censé rester intouchable et respecté par tous, une page importante et fière de notre histoire vient de se fermer, laissant la voie entre les mains d’une hiérarchie religieuse incapable de dominer une scène politique intérieure divisée et formée majoritairement de politiques irresponsables, inconsistants, profondément embourbés dans un système de corruption tournante et d’aliénation à des axes étrangers. Cet état de fait, et malgré les efforts en cours, ne semble pas à ce jour capable d’éviter les déraillements économiques graves vécus actuellement et un effondrement potentiel du système en place, à moins que l’exécutif en place ne prenne des dispositions drastiques et décide de récupérer tout ou partie de l’argent volé au Trésor public.

Présent parmi nous, vous n’êtes plus Monseigneur, mais de là où vous vous trouvez, continuez à nous observer et à aider nos enfants et leurs familles à lutter contre les forces du mal et leurs sbires, et redonnez le pouvoir aux forces du bien, pour ramener au pays du Cèdre sa quiétude, sa paix, son indépendance, sa totale souveraineté et peut-être un jour prochain sa « neutralité permanente ».

Ce texte est le courrier d'un lecteur. A ce titre, il n'engage que son auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue de L'Orient-Le Jour.

Une figure exceptionnelle de l’histoire contemporaine de la République du Cèdre, Mgr Nasrallah Boutros Sfeir, s’est éteinte le dimanche 12 mai à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans, après une lutte, courte mais courageuse, avec la mort. Comme à toutes les étapes de sa vie, cette personnalité éminemment présente et laborieuse a poursuivi jusqu’aux derniers instants de sa vie son chemin en toute rigueur et discrétion, et assumé pleinement son destin face à lui-même, soutenu en cela par sa foi, ses convictions et son peuple. Fier de son Église et de son identité nationale, il a toujours été leur grand et inconditionnel serviteur. Il fut le défenseur sans faille de l’indépendance, de la souveraineté et des libertés de son pays et l’un des promoteurs incontournables de son vivre-ensemble, et de cette image de...
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