L'impression de Fifi ABOU DIB

Au diable la cruche...

Impression
09/05/2019

On ne prête qu’aux riches, dit l’adage. Si c’est vrai, vu l’ampleur de sa dette et de son déficit public qui ne cesse d’augmenter, et malgré un taux de chômage estimé à 40 %, le Liban doit être un des pays les plus riches du monde. Faut-il être mauvaise langue, d’ailleurs, pour mettre en doute les initiatives, à cet égard, de ceux qui nous gouvernent. Nous avons heureusement un pouvoir « fort », il est des adjectifs qui rassurent. Encore faut-il qu’il soit fort en mathématiques, mais cela va de soi, n’est-ce pas ? On ne confierait pas la gestion d’un pays à des mains inexpertes, pas plus qu’on ne confierait le pilotage d’un avion à un coureur cycliste, ou un service de chirurgie à un rebouteux. Heureusement, nous sommes en de bonnes mains. À voir nos responsables à l’œuvre, on ne peut d’ailleurs qu’admirer le talent avec lequel ils s’y prennent. On ne peut quand même pas leur reprocher de le faire au-dessus de nos moyens car, bien entendu, s’ils le font ainsi, et s’ils se payent au passage pour leur peine, c’est que c’est ainsi qu’ils estiment que cela doit se faire.

Cela dit, on ne peut s’empêcher d’avoir comme un doute. Et si c’était trop ? S’ils étaient allés trop loin ? Si les petits pansements avec lesquels ils entendent juguler l’hémorragie nous revenaient un peu trop cher du sparadrap ? Contre quel bien, quelle garantie prête-t-on à l’État libanais? Pour obtenir la moindre ligne de crédit, le commun des mortels doit hypothéquer jusqu’à sa dernière chemise. Blague à part, combien de chemises possède l’État libanais ? On est en droit de se poser la question, vu que c’est à nous, à nos enfants, à nos arrière et arrière-arrière-arrière petits-enfants qu’incombera le remboursement des quelque 90 milliards de dollars de déficit accumulés avec une hallucinante légèreté. Nous que les gens du pouvoir appellent « le peuple » avec divers qualificatifs qui vont de la commisération à la grandiloquence, et là est sans doute le problème. Dans les pays anglo-saxons, on nous appellerait « taxpayers » avec une certaine considération. En tant que payeurs de taxes, nous sommes en droit de juger la qualité des services publics qui nous sont dus et de sanctionner les prestations des serviteurs de l’État. Or tant qu’elles nous traiteront de « peuple », masse inférieure et informe, les personnes que nous avons portées au pouvoir continueront à se considérer au-dessus des lois. Exigeons d’être appelés « taxpayers », aussi modeste que soit notre écot, et quelles que soient nos sensibilités et nos appartenances. Ce sera déjà un pas vers la citoyenneté véritable. Nous y gagnerons non seulement en prestige, mais également en solidarité.

Voilà des années que la cruche va à l’eau. Il était temps qu’elle… s’ébrèche sérieusement. Et puis au diable, cette cruche. S’il y a quelque chose de bon à cette nouvelle crise, c’est qu’elle va enfin imposer des réformes rationnelles. Pour une fois, nous ne sommes ni dans un conflit politique ni dans un conflit militaire ou sécuritaire, mais à un tournant de notre histoire où la priorité est à la survie de l’économie et de la société. Exigeons – fermement –, en tant que payeurs de taxes, la création d’un climat administratif, juridique et moral favorable à la création et au développement des entreprises. Et laissons faire notre belle jeunesse, l’une des plus brillantes que le Liban ait connues, aujourd’hui dispersée par la cupidité d’une classe politique que maudiront encore plusieurs générations à venir.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON NE CONFIERAIT PAS LA GESTION DU PAYS A DES MAINS INEXPERTES. COMME BIEN VOUS LE DITES. CHEZ NOUS ON LE CONFIE A DES CORROMPUS, IGNORANTS, INCOMPETENTS, M,ENFOUTISTES ET CERISE SUR LA GATEAUX ALIBABIENS !
L,ETAT LIBANAIS CHERE MADAME FIFI POSSEDE DEUX CHEMISES ET ON LUI PRETE POUR L,EN DEBARRASSER...
LE HEZBOLLAH ET SA PROXIMITE AVEC ISRAEL.
ON SAIT QUE C,EST L,ECONOMIE QUI DECIDE DE LA POLITIQUE. POUR NOUS, DANS L,OPTIQUE INTERNATIONALE, C,EST TOUT A FAIT LE CONTRAIRE. LA POLITIQUE DECIDE DE L,ECONOMIE. VOILA NOTRE AVANTAGE ET POURQUOI ON NOUS FAIT LES DOUX YEUX.
LA TEZ3AL YIA BABA LEBNEN LA ENNOU BYIBKE NETANYAHU !

C. F. /////////////////////////////

Ces rumeurs sur la dévaluation de la livre qui n’ont pas encore mis le feu…. Sauf quelques employées de maison quand elles sont descendues dans la rue pour dénoncer leurs conditions de travail et l’abus de la ""garantie""…

C. F. /////////////////////////////

Vous écrivez : ""En tant que payeurs de taxes, nous sommes en droit de juger la qualité des services publics qui nous sont dus et de sanctionner les prestations des serviteurs de l’État.""
""Payeurs de taxes"", bref des contribuables, qui sont l’objet de convoitise de toute les classes dirigeantes. Mais dans certaines zones de non droit, les contribuables ne payent que l’impôt du sang, pour un effort de guerre ici où là… (Je ne cite personne, bien entendu).
Mettons de côté le terme de ""seuil de pauvreté"", on pourrait écrire que les contribuables libanais sont exonéré de taxes, vue leur faibles revenus… Comment sanctionner les prestations du plus grand employeur de l’Etat ? Impossible !
Et en cas de peste d’une dévaluation, si on ne mourait pas tous, mais tous nous serons frappés.
En confiance. C. F.

C. F. /////////////////////////////

Je lis :
""Si les petits pansements avec lesquels ils entendent juguler l’hémorragie nous revenaient un peu trop cher du sparadrap ? Contre quel bien, quelle garantie prête-t-on à l’État libanais?""

Lors d’une conférence, un fin connaisseur des subtilités de la politique libanaise disait : ""ce qui sauve le Liban, c’est l’absence d’Etat"".
Une économie de services, où l’on colle des rustines pour avancer ! La manne financière des pays du Golfe se fait rare, mais quelle garantie ? Souvenez-vous des deux milliards que l’Arabie voulait accorder au Liban, et que finalement cette aide tombait à l’eau ! Faute de quoi ? De garantie ? Non bien sûr, mais des mouvements d’obédience extraterritoriale, sape le bon fonctionnement de l’Etat… Mieux vaut écrire à demi-mot…
C.F.

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