La politique du logement préparée par le ministère des Affaires sociales vise à relancer un marché immobilier léthargique. Photo P.H.B.
Le ministre des Affaires sociales, Richard Kouyoumjian, a annoncé hier que son ministère, dont dépend l’Établissement public de l’habitat (EPH), était en train de finaliser « les grandes lignes d’une politique de logement », qu’il prévoit de transmettre bientôt au Conseil des ministres. Le haut responsable s’exprimait lors d’une table ronde organisée à l’hôtel Monroe, à Beyrouth, par le syndicat des agents et consultants immobiliers au Liban (REAL) sur la situation du secteur, à laquelle ont notamment participé le président de la commission de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, le député Neemat Frem, le président du Conseil économique et social, Charles Arbid, ou encore le président de l’Association des commerçants de Beyrouth (ACB), Nicolas Chammas.
Cette politique de logement, « la première lancée au Liban », vise à relancer un marché immobilier plombé par la suspension provisoire entre octobre 2017 et mars 2018 des principaux mécanismes de subvention des intérêts sur les prêts au logement mis en place par la Banque du Liban (BDL), suite à plusieurs facteurs liés à la conjoncture économique et financière du pays.
Ces dispositifs permettaient notamment aux banques de financer des prêts accordés à des ménages aux revenus modestes via l’EPH, dont la mission était d’aménager le coût du crédit pour ces derniers, mais également de proposer des crédits à taux réduits à des emprunteurs aux profils plus aisés. Leur suspension a provoqué une forte baisse du nombre des transactions immobilières en 2018 (74 541 transactions, soit -17,4 %) et des permis de construire (13 712, soit -13 %). Un ralentissement qui a logiquement affecté les secteurs dépendant de l’immobilier, l’un des traditionnels piliers de l’économie libanaise.
La Banque de l’habitat
Ce ralentissement s’est poursuivi courant 2019, accentué par la hausse des taux d’intérêt. La moyenne des taux pour les crédits en livres libanaises gravite actuellement autour de 10,5 % pour ceux en livres et de 9 % pour ceux en dollars. Des moyennes élevées qui freinent la demande, même si les crédits au logement sont généralement accordés à des taux inférieurs à ces seuils. Une tendance que les palliatifs mis en place par l’État et la BDL n’ont pas pu inverser pour l’instant. En septembre dernier, le Parlement avait pourtant débloqué l’équivalent en livres de 66 millions de dollars dans le budget pour 2018 afin de subventionner les intérêts d’un nombre limité de prêts accordés via l’EPH. Début 2019, la BDL avait de son côté débloqué de nouvelles subventions avec un montant réduit par rapport à celles des années précédentes et à des conditions plus restrictives. Mais ces dispositifs n’ont pour l’instant pas eu les faveurs des banques, le nombre de permis de construire comme celui des transactions affichant encore d’importantes baisses en ce début d’année.
Enfin la Banque de l’habitat – qui propose des crédits au logement à taux réduits aux primo-accédant et dont le capital est détenu à 20 % par l’État libanais – a annoncé en mars avoir obtenu un prêt accordé par le Fonds arabe pour le développement économique et social, institution financière investie dans le développement régional et basée à Koweït. Contacté par L’Orient-Le Jour, son président Joseph Sassine a affirmé que l’enveloppe – qui doit permettre de financer 1 000 prêts – sera employée « très bientôt ».
Le REAL milite régulièrement pour la création d’un ministère du Logement, dont la mission consisterait à organiser le secteur. « Nous ne demandons pas de baisse des taxes ni de prêts subventionnés (…) mais une vision claire pour organiser le secteur », a déclaré son président pendant la table ronde.
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