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Moyen Orient et Monde

Le Yémen, symbole du bras de fer entre Trump et le Congrès

États-Unis

Le président américain a opposé son veto, mardi, à la résolution de la Chambre des représentants visant à mettre un terme à l’engagement militaire de Washington dans le conflit.

Julie KEBBI | OLJ
19/04/2019

4 avril 2019. La date est historique : le Congrès américain passe une résolution exigeant l’arrêt de tout engagement militaire des États-Unis dans la guerre au Yémen. Le texte voté par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, s’inscrit dans la continuité de celui approuvé le mois précédent par le Sénat, à majorité républicaine. Dans le cadre du conflit yéménite, les États-Unis, alliés de l’Arabie saoudite, fournissent notamment une aide logistique militaire et en matière de renseignements aux Saoudiens. Depuis 2015, Riyad mène une coalition avec Abou Dhabi en soutien au président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, contre les rebelles houthis, appuyés par l’Iran. En quatre ans, le conflit a fait plus de 50 000 morts, selon les estimations les plus pessimistes.

« Nous nous sommes clairement élevés aujourd’hui contre la guerre et la famine, et en faveur des pouvoirs militaires du Congrès, en votant la fin de notre complicité dans la guerre au Yémen », a salué Bernie Sanders, sénateur indépendant et candidat aux primaires démocrates, qui a sponsorisé la résolution avec le sénateur républicain conservateur Mike Lee.

Le vent d’optimisme qui souffle sur Washington suite au vote des deux résolutions symboliques sur l’engagement militaire américain au Yémen est pourtant de très courte durée. Le président américain a mis son veto à la résolution mardi, une décision saluée par les Émirats arabes unis. Dans un communiqué, M. Trump a estimé que le texte « est une tentative inutile et dangereuse d’affaiblir ses pouvoirs constitutionnels, mettant en danger des vies de citoyens américains ».

La décision du président américain n’est pas une surprise, alors que le texte présente des enjeux multiples. D’une part, il limite les pouvoirs militaires du locataire de la Maison-Blanche. D’autre part, il met en exergue le bras de fer qui se joue entre les représentants américains et l’administration de Donald Trump depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul en octobre. Le document se heurte à la position du président américain qui tient à tout prix à conserver l’alliance avec Riyad intacte face à la menace iranienne, quitte à ignorer les conclusions de la CIA et du Sénat selon lesquelles Mohammad ben Salmane (alias MBS) est responsable dans le meurtre de Jamal Khashoggi. Dans ce contexte, « c’est surtout le refus de l’administration Trump de demander des comptes et d’accepter comme argent comptant les explications de MBS sur la mort de Khashoggi qui a poussé certains élus républicains à s’interroger sur le bien-fondé de ce soutien aveugle et éperdu, en particulier au Yémen, envers l’Arabie saoudite », observe pour L’Orient-Le Jour Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire et spécialiste de la politique américaine.


(Lire aussi : Les houthis accusent l'Amérique d'être derrière la guerre au Yémen)


Jouer sur deux tableaux

L’affaire a provoqué un tremblement de terre dans les cercles politiques de Washington, alors que le journaliste saoudien était connu dans la capitale américaine et écrivait régulièrement dans les colonnes du Washington Post. Alors que la responsabilité saoudienne dans l’affaire Khashoggi se précisait, de nombreux officiels américains ont remis en question la nature des relations américaines avec le royaume saoudien et ce d’autant plus que le prince héritier saoudien est pointé du doigt dans l’organisation de l’opération sordide. De nombreuses voix, démocrates et républicaines, s’élèvent alors pour que la Maison-Blanche prenne ses distances à l’égard du jeune dauphin devenu trop encombrant et ne soit plus impliquée dans les opérations de la coalition. Malgré les efforts de nombreux élus américains, l’impact de leurs actions devrait rester bien limité tant sur le conflit yéménite que sur la trajectoire de la politique de l’administration Trump pour le moment.

L’indignation de certains représentants américains sur la question yéménite soulève également certaines interrogations. « On peut se demander dans quelle mesure, pour beaucoup de républicains, ce n’est pas une forme d’achat de bonne conscience à peu de frais », souligne Corentin Sellin. Alors que le président américain avait annoncé qu’il opposerait son veto à la résolution si elle était votée, « cela permet à certains républicains de jouer sur les deux tableaux » alors qu’ils comptent se présenter à l’élection présidentielle de 2020, note-t-il, avant d’ajouter que leur voix en faveur du texte est un moyen « de montrer une opposition symbolique à Trump, mais tout en sachant que, concrètement, cela n’a aucun effet ».


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Bustros Mitri

Le Yémen , avant-garde du bras de fer sur le
Dossier MBS...

AIGLEPERçANT

Le clown trump-pète se donne le droit de continuer à tuer des civils et à détruire le pays le plus pauvre au monde .

Je veux bien qu'il y ait des sots qui le soutiennent , mais pourquoi l'Amérique et ses larbins arabes n'arrivent pas à l'emporter sur le terrain militaire ?

Non mais réfléchissons un peu , on parle de l'Amérique, de la France de la grande Bretagne et des pays arabes les plus riches du golfe persique , c'est pas rien quand même.

Est ce à dire que les houtis ( donc l'Iran NPR qui les soutient ) sont plus forts militairement que ce groupe du complot ?

La sottise pourrait dire que les américains ne veulent pas gagner , comme on le dit chaque fois qu'ils sont battus , mais sérieusement l'Amérique est le seul pays au monde qui fait des guerres pour les perdre , alors .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ERREUR MAJEURE POLITIQUE ET STRATEGIQUE DE L,AMERIQUE QUE CELLE DE SE DESENGAGER DU YEMEN.

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