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Liban

Hariri agite le spectre d’une crise financière à la grecque

Parlement

Le chef du gouvernement a exprimé ses craintes à l’issue de la séance parlementaire consacrée aux questions-réponses.


Claude ASSAF | OLJ
11/04/2019

La séance parlementaire consacrée aux questions au gouvernement, qui était prévue le 27 mars mais a été reportée à deux reprises, s’est finalement tenue hier, place de l’Étoile. Parmi les treize questions inscrites à l’ordre du jour, celle sur le vote du budget a été la plus cruciale, d’autant que sur ce sujet, M. Hariri a exprimé ses appréhensions quant à l’éventualité d’une crise économique similaire à la crise de la dette publique qu’avait connue la Grèce à partir de 2008.

À sa sortie de la séance, le chef du gouvernement a déclaré aux journalistes qu’il œuvrait avec toutes les parties pour un consensus sur le budget, d’autant qu’il craint, a-t-il lâché, que « le Liban finisse par connaître une crise similaire à celle qu’avait connue la Grèce, et cela ne doit pas arriver ». M. Hariri a toutefois rectifié le tir en disant que « personne ne devrait avoir peur, parce que nous prendrons des mesures à même de sauver le pays au plan économique ». Il a appelé dans ce cadre les diverses composantes politiques à cesser les surenchères et à se préoccuper de l’intérêt financier et économique du pays. En réponse à une question du député Michel Moawad, il a assuré lors de la séance que le gouvernement présentera le budget pour l’exercice 2019 « dans les semaines qui viennent », un budget d’« austérité », a-t-il averti, qui sera marqué par « des mesures un peu dures, mais que nous supporterons durant un an ou deux, le temps que les choses reprennent leur cours ».

Quels sont les motifs qui ont pu porter le chef du cabinet à manifester aussi clairement ses craintes quant aux menaces d’un scénario à la grecque ? L’économiste et analyste politique Sami Nader indique à L’Orient-Le Jour que les similarités entre le Liban et la Grèce s’accentuent de plus belle. « Avec un ratio dette publique/produit national brut s’élevant à 150 %, nous nous rapprochons à grands pas du ratio grec qui avait atteint 160 % au moment de la crise ; de plus, le niveau de corruption et le manque de transparence sont comparables à ce qui prévalait en Grèce avant que la crise ne s’y résorbe », note-t-il, évoquant également « le même manque de mesures drastiques et la même absence de coupes dans les dépenses publiques ». M. Nader affirme en outre que « le Liban commence à ressentir des difficultés de liquidités », faisant observer que « les dollars ne sont plus aisément disponibles et (que) les conversions en devises américaines ne s’effectuent pas facilement ».

« La seule différence avec la Grèce est que la dette dans ce pays était portée par les banques européennes, ce qui a poussé l’Europe à vouloir adopter des solutions pour sauver ses banques ; tandis que chez nous, ce sont les banques domestiques qui financent l’État », fait observer l’analyste.

Est-ce donc sur base de ces considérations que M. Hariri a évoqué l’adoption « de mesures dures » ? Sami Nader estime que « même si ces mesures font mal, elles sont impératives, d’autant que le gouvernement se trouve devant des échéances difficiles, telles l’élaboration du budget et l’exécution des engagements de la conférence de Paris (CEDRE) ». Parmi ces mesures, le spécialiste mentionne « des coupes substantielles dans les dépenses publiques, notamment la réduction des dépenses courantes des ministères, la réforme du secteur de l’électricité de manière à ce qu’il ne coûte plus rien à l’État, et la révision du régime des salaires des fonctionnaires, plus particulièrement les pensions ».



(Pour mémoire : Samy Gemayel accuse le gouvernement d’aggraver la crise des finances publiques)



« Toutes les parties sauf les Kataëb »
Parmi les autres dossiers évoqués lors de la séance parlementaire, les recrutements abusifs de milliers de fonctionnaires. En réponse à Paula Yacoubian, députée de Beyrouth, et Ziad Hawat, député de Jbeil, M. Hariri a affirmé que « le sujet est épineux », soulignant que « des erreurs ont été commises et (que) toutes les parties politiques ont multiplié les ingérences pour obtenir des embauches, notamment au sein d’Ogero (société de télécommunications) ». Commentant cette remarque, Élias Hankache, député Kataëb, a rétorqué sur son compte Twitter : « Toutes les parties politiques, toutes, sauf les Kataëb. »

Toujours sur le même dossier, le chef du gouvernement a indiqué que « trois mille personnes ont été recrutées dans les services sécuritaires et militaires », révélant que « le cabinet étudie l’idée de proposer des transferts et rotations au sein de l’administration », avant de prôner que « les recrutements doivent être gelés pendant trois ans ». Au sujet du chiffre de 3 000 nouveaux fonctionnaires avancé par M. Hariri, le président du Parlement Nabih Berry s’est adressé à ce dernier en s’exclamant : « Que personne ne vous leurre ! Les chiffres que m’a communiqués Ibrahim Kanaan (président de la commission parlementaire des Finances) indiquent que 5 000 personnes ont été embauchées, abstraction faite du secteur militaire. » Ce qui a suscité une riposte d’Akram Chehayeb, député joumblattiste : « Les chiffres d’Ibrahim Kanaan ne sont pas précis. »

L’environnement s’est également invité au menu du jour. La pollution au Kesrouan a ainsi fait l’objet de questions lancées par Chamel Roukoz et Farid el-Khazen, deux députés de la région. La ministre de l’Énergie Nada Boustani leur a répondu que « le plan de l’électricité (qui vient d’être adopté) comporte la création d’usines fonctionnant au gaz et respectueuses de l’environnement », laissant espérer que « l’usine de Zouk fonctionnera en grande partie au gaz avant 2021 ».

Pour sa part, Paula Yacoubian a dénoncé la pollution provoquée par les déchets jetés à la mer. Le ministre de l’Environnement, Fady Jreissati, lui a répondu que des équipes de son ministère procèdent constamment à l’inspection des décharges de Costa Brava et Bourj Hammoud, que d’autre part son ministère fait le suivi des mesures adoptées pour réduire la pollution due aux déchets industriels, et que concernant les dépotoirs à même la plage, le ministère coopère avec le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) en vue de les fermer ou de les réhabiliter.


(Lire aussi : Situation financière au Liban : quelques clés pour comprendre la fébrilité actuelle)

Dans l’attente d’un jugement
Outre sa question sur l’environnement, Chamel Roukoz s’est également insurgé contre la détention préventive et a réclamé que cette mesure soit confinée dans des délais légaux et adoptée de manière non arbitraire. Il a demandé au gouvernement s’il envisage de mettre fin aux violations et compte indemniser les innocents parmi ceux qui ont subi une injustice à ce niveau. M. Hariri en a profité pour prôner « l’accélération des procès des islamistes et autres », affirmant que « des milliers de personnes attendent leur jugement parfois pendant 6 ou 7 ans ».

M. Roukoz s’est par ailleurs élevé contre la mauvaise application du code de la route, entré en vigueur en 2015, notamment « la négligence dont font montre les ministères concernés au plan de l’adoption des mesures édictées par la loi ». Il a eu pour réponse du ministre des Travaux publics Youssef Fenianos que « le ministère a établi un plan stratégique visant à prendre les dispositions nécessaires pour traiter les causes d’accident ».

Quant à Fouad Makhzoumi, député de Beyrouth, il a évoqué en une seule question les problèmes de la corruption et de l’inapplication de la loi sur l’accès à l’information auprès des ministères et administrations. « Tant que nous n’avons pas accès aux informations, comment pouvons-nous être convaincus que la transparence et la lutte contre la corruption sont des sujets pris au sérieux ? » a-t-il dit.

En réponse à une question de Nadim Gemayel, député de Beyrouth, sur la délimitation des frontières avec la Syrie et la propriété des fermes de Chebaa, M. Hariri a déclaré : « Ces terres sont libanaises, qu’elles soient délimitées ou non ; point à la ligne. Nous voulons les restituer, comme nous l’avons dit dans la déclaration ministérielle. »

La négligence du gouvernement à l’égard du secteur de l’agriculture et l’état du milieu carcéral ont d’autre part été abordés respectivement par Georges Okaïs, député de Zahlé, et Roula Tabch, députée de Beyrouth. À noter enfin que le président du Parlement a convoqué les députés à une séance législative qui se tiendra mercredi prochain.


Pour mémoire
L’économie libanaise au bout du rouleau en 2018

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Amère Ri(s)que et péril.

Le Liban n'est pas la Grèce et les libanais ne sont pas des grecs, avec tout le respect qui est dû à ce peuple qui mérite un grand respect.

Déjà par la géographie et la population bigarrée qui nous caractérise. .

L’azuréen

Arrêtons de dire le liban est génial et il n’est pas comme les autres ....les chiffres et la réalité sont là devant nos yeux ! S’il ny a pas une prise de conscience immédiate , c’est à dire tout de suite et sans ménagement ou tergiversations, on plonge dans l’abysse de la Méditerranée . Donc Liban réveil !

Citoyen

La crise a été et sera toujours là tant que ces incapables et insatiable rapaces restent avec leurs grosses dents à attendre les aides afin de renflouer leurs poches et celles de ses sbires. Où sont passées toutes les aides et les millions quémandés à nos voisins arabes et étranger? Les routes sont toujours truffées de nids de poule, l’électricité aux abonnés absents, les citoyens crèvent toujours devant les portes des hôpitaux quand ils ont la malchance de ne pas connaître un politique ou quand ils sont démunis, le spectre du chaumage nourrit toujours toutes les familles et toute notre jeunesse, la pollution, la corruption.....
Et ils ont le culot de demander encore au peuple de serrer la ceinture? Ils n'ont qu'à aller encore une fois mendier mais pour une fois donner à ce peuple le sourire et un peu de dignité et surtout ce qu'on leur avait volé depuis des années.
LAMENTABLES

Irene Said

Monsieur Saad Hariri,
puisque vous connaissez le pourquoi et le comment de cette crise financière qui nous menace, pourquoi ne commencez-vous pas par agir énergiquement et très rapidement, vous et votre gouvernement ?
Irène Saïd

Cadige William

Que ceux qui ont vide les caisses de l’etat rendent de gre ou de force ce qu’ils ont derobe, que les lignes rouges menaçantes et imaginaires s’effacent, que les coupabls arretent de se soutenir les uns les autres, et une grande partie de la crise sera reglee.
A quand un MBS libanais patriote qui va nous debarasser de tous ces abus et renflouer les caisses de l’etat par un juste retour aux sources des sommes derobees!
Nous continuons de plus belle à être la risée des Chancelleries Occidentales, et il suffit d’écouter les Conférenciers etrangers decrire le septicisme et la méfiance des pays donateurs envers nos dirigeants pour se faire une idée encore plus précise du gouffre où certains depuis la fin de la guerre civile nous ont entraîné.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SUR LA VOIE DE LA GRECE. MALHEUREUSEMENT LE PEUPLE LIBANAIS VA GOUTER CE QU,A ENDURE LE PEUPLE GREC ET CE QU,IL ENDURE ENCORE.

Tina Chamoun

Il y a 2 jours, vous annonciez pourtant en une qu'il était très optimiste ! J'espère que le retour a la réalité n'a pas été trop dur pour lui comme ça l'est tous les jours pour le peuple.

Menassa Antoine

Mercis Excellence pour vos réponses , votre patience et vos explications détaillées aux questions qui vous sont imposées , qui éclairent avec plus d intensité et de lumière le commun des mortels .. .... Quelques problèmes bien évidents ... Dramatisons pas ... Il n y aura que des solutions concrètes à apporter en équipe qui effaceront les craintes des uns et des autres .... En revanche le LIBAN n est pas la Grèce , ni la Turquie et encore moins l Argentine .... Exceptionnel, Son potentiel est enorme à l Interieur aussi bien qu à l Étranger .... Restons serein, La catastrophe financière tant attendue par certains ne verra pas le jour ... Dans le cas contraire il s agira d une tempête dans un verre d eau que Tous sans exception aucune , s empresseront à calmer , mais encore , ça ne sera que questions d intérêts ....

Sarkis Serge Tateossian

Dans la vie rien n'est acquis d'avance et tout peut arriver si l'on ne fait pas attention.

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