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Liban

Zulifa, une Éthiopienne, trouve la mort à Tripoli après une chute du 8e étage

Drame

Le ministre du Travail, Camille Abousleiman, insiste sur la nécessité de déterminer si l’employée de maison a été victime de maltraitance.

09/04/2019

Elle s’appelait Zulifa Hassima Tadissou. Elle était de nationalité éthiopienne. Elle travaillait comme employée de maison à Tripoli, auprès d’une famille qui habite la région de Dam Wal Farz, rue Achir el-Dayeh, à proximité de la mosquée al-Rahman. Hier, aux alentours de midi, la jeune femme s’est jetée ou est accidentellement tombée du 8e étage d’un immeuble résidentiel de standing moyen. Transportée par la Croix-Rouge libanaise à l’hôpital New Mazloum de Tripoli à un stade de coma avancé, elle est décédée cinq minutes après sa prise en charge par le service des urgences.


Ce décès permettra-t-il de faire évoluer les choses ?

Confirmé par des sources des Forces de sécurité intérieure, la CRL et l’hôpital New Mazloum, le drame a d’abord été relayé par l’association This is Lebanon basée au Canada, sous forme de vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Une vidéo filmée par une compatriote de la malheureuse, qui a assisté à la scène et dont les pleurs se font entendre, tandis qu’un agent d’Ogero lui disait en anglais de ne pas pleurer. Cette ONG est un lanceur d’alerte sur les abus et les mauvais traitements commis à l’égard de la main-d’œuvre domestique migrante au Liban.


(Lire aussi : Employée de maison « à vendre » sur Facebook : la patronne interrogée au ministère du Travail)


La malheureuse s’est-elle suicidée par désespoir, pour fuir des conditions infernales de vie et de travail, comme l’ont fait avant elle de nombreuses employées de maison étrangères enfermées à clé, interdites de sortie, maltraitées ? A-t-elle glissé en nettoyant les vitres de l’appartement de ses employeurs, opération parfois périlleuse ? A-t-elle été poussée lors d’une dispute avec ses employeurs ? Nous n’en savons rien pour l’instant. Pas plus que nous ne connaissons son âge ou son histoire. Tout ce que nous savons, c’est qu’une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances du drame, comme l’affirme à L’Orient-Le Jour une source informée des FSI. « L’enquête officielle vient à peine de commencer », précise cette source, avant d’ajouter, laconique : « Mais on dit qu’elle est tombée en travaillant. » Par contre, du côté des employeurs, dont L’OLJ a réussi à joindre un proche, on penche plutôt pour la thèse du « suicide ». « La scène s’est déroulée alors qu’étaient présentes à la maison ma mère et ma sœur », se contente de dire un avocat qui assure que la jeune femme « n’était pas enfermée ».


(Lire aussi : Les bureaux de placement appellent à signer des mémorandums d’entente avec les ambassades)


À l’hôpital New Mazloum, également contacté par L’OLJ, le Dr Fadwa el-Kanj, médecin urgentiste qui a reçu Zulifa Tadissou, révèle que « la jeune femme est arrivée à l’hôpital en vie, mais dans le coma ». « Son corps présentait de multiples fractures et de nombreux déplacements. Il était déformé. De même, ses poumons et son thorax présentaient d’importantes déformations », constate-t-elle. « Les soins médicaux ont rapidement été administrés à la ressortissante éthiopienne, ajoute le Dr Kanj. Nous l’avons intubée et lui avons administré de l’adrénaline. Mais sa tension a chuté et elle a été victime d’un arrêt cardiaque. Elle est décédée cinq minutes après avoir été accueillie aux urgences. » Si l’urgentiste affirme ne pas être en mesure de se prononcer sur les causes de la chute, qui seront déterminées par « le médecin légiste et les enquêteurs », elle espère « que la mort de la jeune femme permettra de faire évoluer les choses », dans le sens du respect des droits des employées de maison.


Suicide, perte d’équilibre ou autre

La mort de Zulifa fait une fois de plus la lumière sur le sort fatal réservé à nombre d’employées de maison migrantes au Liban. Alors qu’elles quittent leur pays pour assurer à leurs familles des conditions de vie meilleures, elles se heurtent à une absence de législation liée au travail domestique, et à l’application du système du garant qui les place sous la tutelle de leur employeur et à la merci de patrons abusifs. Si les estimations font état d’un décès par semaine d’employées de maison étrangères au Liban, aucun chiffre officiel n’était disponible hier sur la question. Lorsqu’elles ne meurent pas d’une chute, en nettoyant les vitres ou sous les coups de leurs employeurs, ces femmes mettent fin à leurs jours, en tentant de fuir des employeurs qui les maltraitent ou en se jetant carrément dans le vide, car la mort leur semble plus douce que l’esclavage. Et comble de l’injustice, ces décès sont souvent classés sans suite, après une enquête hâtive.

« C’est inacceptable ! Cela ne se passera pas de la sorte ! » martèle le ministre du Travail, Camille Abousleiman, interpellé par L’OLJ, qui insiste sur « la nécessité qu’une enquête sérieuse soit menée sur les circonstances du décès de la jeune Éthiopienne ». « J’y veillerai personnellement », affirme-t-il, faisant part de son intention de « porter plainte ». « Il est nécessaire de déterminer si l’employée de maison a été victime de maltraitance », ajoute M. Abousleiman. « Car nous avons un devoir envers ces personnes étrangères qui quittent les leurs pour venir travailler chez nous. Leur sécurité relève de notre responsabilité. »


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MAKE LEBANON GREAT AGAIN

Le ministre du Travail, Camille Abousleiman, insiste sur la nécessité de déterminer si l’employée de maison a été victime de maltraitance

NON MR LE MINISTRE VOTRE DEVOIR AVANT TOUT EST DE CHANGER CETTE LOI QUI REND ESCLAVE LES DOMESTIQUES ETRANGERS ET DESHONNEUR NOTRE PAYS

ELLE A PROBABLEMENT ETE MALTRAITEE MAIS MEME SI CE N'EST PAS LE CAS ET ELLE A " GLISSE " DU HAUT DE 8EM ETAGE
VOTRE DEVOIR OUI JE LE REPETE C'EST VOTRE DEVOIR D'AMENDER CETTE LOI QUI REND ESCLAVE DE LEURS EMPLOYEURS CES PAUVRES GENS QUI VIENNENT TRAVAILLER AU LIBAN POUR RENVOYER UN PEU D'ARGENT A LEUR FAMILLE

AUGMENTER LE MINIMUM DE SALAIRE A AU MOINS 400 DOLLARS ET NON PAS JE CROIS 150 DOLLARS PAR MOIS QUI EST UNE HONTE POUR LE LIBAN
JE CROIS SAVOIR AUSSI QU'A CHYPRE LE SALAIRE MINIMUM EST DE 400 EUROS PAR MOIS PLUS UNE TAXE AU GOUVERNEMENT DE 90 EUROS PAR MOIS PAYE PAR L'EMPLOYEUR PLUS UN JOUR DE CONGE PAR SEMAINE OBLIGATOIRE PLUS CONGE POUR CHAQUE FETE OFFICIEL PLUS 8 HEURES PAR JOUR MAXIMUM DE TRAVAIL
CHYPRE SERAIT DONC A VOS YEUX PLUS RICHE QUE LES LIBANAIS QUI EMPLOIENT DES DOMESTIQUES?

AGISSEZ MR LE MINISTRE ET AUJOURD'UI AVANT DEMAIN. LE SANG DE LA FUTURE VICTIME SERA SUR VOTRE CONCIENCE A VOUS . VOUS DEVEZ LE SAVOIR DES AUJOURDH'UI

Honneur et Patrie

Une histoire vraie. Joséphine* est venue visiter son amie Nabiha*. Autour d'un bon café, les deux s'échangent les histoires du village. Joséphine remarque que son amie n'a pas une Ethiopienne ou une Cingalaise comme tout le monde ? Nabiha lui répond le le plus simplement du monde : Moi-même, j'ai été une "bonne" durant toute ma jeunesse, je ne peux pas me permettre d'engager chez moi une esclave.

PS : L'histoire s'est passée au Kesrouan, je n'ai pas cité ni le village ni les vrais prénoms des dames.

Sarkis Serge Tateossian

Employer une domestique chez soi doit être réglementé et permis uniquement à des familles qui remplissent les conditions pas seulement de solvabilité pour régler les salaires mais en plus de moralité et d'humanisme.

Une famille qui se battent comme des animaux sauvagent entre membres de la même famille croyez vous qu'elle prendre soin et respectera une employée étrangère ?

Il est là le problème.

Qu'elle tristesse incommensurable pour cette femme éthiopienne et pour sa famille et proches.

Je suis révolté.

Honneur et Patrie

Les milliers d'employées de maison qui s'étaient suicidées avant Zulifa Tadissou, des Ethiopiennes, des Cingalaises, des Seychelloises, des Malgaches etc. et leurs suicides classés sans suite, toutes dansaient "la danse macabre" de Saint-Saëns au bord de leurs balcons.

Jim Holloway

Le ministre aurait plutôt dit qu'il ne relève pas seulement de la responsabilité des Libanais, mais à leur honneur, que d'assurer une vie normale à ces travailleurs qui se trouvent loins de ses familles.

Jack Gardner

L'aide a domicile n'est pas pour tout le monde

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CHUTE DITES-VOUS ? ELLE A CHUTE OU ON L,A CHUTEE ?

Bibette

Difficile d'estimer combien d'employeurs respectent les droits des employées de maison et les traitent convenablement dans notre pays. Ces employées devraient porter sur elles un appareil qui leur permette en tout temps, 24h/24 de communiquer par réseaux sociaux avec leurs proches, amis et les forces de l'ordre FSI, au même titre que tout citoyen ou être vivant sur le sol libanais. Elles devraient être suivies par le consulat de leur pays par contacte périodique surprise en vue de s’assurer que l’employée détient un moyen de communication sur elle, qu'elle est bien portante et ne subit pas de maltraitance. Certaines peuvent avoir des tendances suicidaires qui se déclenchent par un choc émotionnel causé par un évènement familial personnel dans son pays, perte d’un proche ou autre choc qui est sans lien avec le traitement de ses employeurs libanais. Une domestique Ethiopienne travaillait chez mes voisins de palier syriens qui ne la laissaient jamais sortir, ni communiquer avec ses proches. J’ai dû une fois appeler ses parents pour elle en Ethiopie et lui passer le téléphone par le balcon ! Un jour elle s’est tout simplement jetée du balcon à plus de 20 m de hauteur. J’ai informé l’ambassade du drame. La chute a été amortie par un arbre, la femme a bénéficié de soins médicaux et a survécu. Curieusement cette employée n’a pas voulu quitter ses employeurs, et a repris le travail chez eux !

Eleni Caridopoulou

Mais c'est connu que certaines familles libanaises sont pire que les nazis

Cadige William

Saluons les declarations de notre Ministre du Travail, declarations qui font honneur a son sens des valeurs humaines et du respect des droits des travailleurs etrangers longtemps spoliés et méprisés.
Respects, Mr le Ministre.

Irene Said

Camille Abousleiman, ministre du travail:
"...car nous avons un devoir envers ces personnes étrangères qui quittent les leurs pour venir travailler chez nous. Leur sécurité relève de notre responsabilité..."

Une déclaration à ajouter à toutes les précédentes depuis que nous sommes confrontés à ces drames...ou enfin du sérieux ?

Irène Saïd

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