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Moyen Orient et Monde

Un an après, Gaza veut perpétuer la grande marche du retour

Éclairage

L’événement est un bol d’air pour le Hamas qui permet de détourner l’attention populaire et de se focaliser sur l’ennemi israélien.

30/03/2019

Un an après, les revendications sont toujours les mêmes, mais la situation s’est encore détériorée. Les Gazaouis marquent aujourd’hui le premier anniversaire de la grande marche du retour et de la levée du siège. Le contexte est particulièrement tendu, aussi bien à l’intérieur de la bande de Gaza, où le Hamas a réprimé dans la violence un mouvement de contestation sociale il y a dix jours, que vis-à-vis d’Israël, qui a essuyé des tirs de roquettes et bombardé violemment en retour l’enclave palestinienne. La grande marche, entamée le 30 mars 2018 par des Gazaouis de tous milieux socio-économiques, avait pour objectif de parvenir à la levée de l’embargo israélien, en place depuis plus d’une décennie, ainsi qu’au retour sur les terres dont les manifestants, ou leurs ancêtres, ont été chassés ou qu’ils ont fuies à la création de l’État d’Israël en 1948. Les rendez-vous pacifiques du vendredi ont toutefois tourné à la tragédie alors que les Israéliens ont tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant au total plus de 260 personnes et faisant plus de 27 900 blessés. Le pic de ce moment de désespoir palestinien a été atteint le 14 mai, la veille de la commémoration de la nakba, et le jour de l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, où au moins soixante Gazaouis ont perdu la vie le long de la barrière de sécurité avec Israël, dont sept enfants, selon le rapport du Conseil des droits de l’homme.

L’année aura été marquée par une série d’humiliations pour les Palestiniens. En août 2018, Washington a arrêté ses contributions financières à l’Unrwa, la part la plus importante du budget de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient. Ceci a particulièrement affecté la bande de Gaza, dont soixante-quinze pour cent de la population sont des réfugiés et où le taux de chômage est de 54 %, selon la Banque mondiale, qui précise que ce taux atteint 70 % chez les jeunes. Dans le même temps, les États-Unis ont également annulé les 200 millions de dollars d’aide destinée à l’Autorité palestinienne qui a, pour sa part, cessé dès mai 2018 de payer ses fonctionnaires présents à Gaza pour faire pression sur le Hamas, accentuant la crise économique du territoire.


(Lire aussi : Gaza et Israël au-devant d'un anniversaire à haut risque)


« Je pense que c’est inutile »

Dans ces conditions, la grande manifestation d’aujourd’hui arrive à pic pour le Hamas, qui a de plus en plus de mal à gérer le mécontentement à Gaza. C’est un bol d’air qui permet de détourner l’attention populaire et de se focaliser sur l’ennemi israélien. Le groupe islamiste, qui n’était pas à l’origine de la grande marche, a récupéré le mouvement, y voyant une opportunité de lutter contre Israël et de gagner en popularité.

Ce qui a, quelque part, fait le jeu de l’État hébreu. « Avant même que les manifestations ne commencent, Israël a affirmé qu’il s’agissait de “manifestations du Hamas”, et des responsables israéliens se sont inquiétés de ce que des assaillants armés pourraient franchir la clôture et pénétrer dans les centres de population israéliens. Ce cadre préventif a préparé le terrain pour qu’Israël utilise une force disproportionnée en réponse », écrit Tarek Baconi, analyste spécialiste du dossier palestino-israélien au Crisis Group, dans le New York Review of Books, hier. Interrogé par L’Orient-Le Jour sur le rôle qu’a joué le mouvement islamiste dans les manifestations, l’analyste affirme qu’ « initialement, le Hamas a joué le rôle de toute autorité gouvernementale : il a donné son accord pour que les marches aient lieu et a participé, aux côtés d’autres factions, au comité de coordination des marches. Tandis qu’Israël appliquait une politique de tir ouvert contre des civils non armés, le Hamas a accru son niveau d’engagement dans les marches et a initié des tactiques militaires afin de reconstruire la dissuasion avec Israël et d’obtenir des concessions ».

« Les gens qui ne parviennent pas à faire valoir leurs droits de manière pacifique peuvent avoir recours à d’autres outils, y compris la résistance armée », affirme Bassem Naïm, chef du Conseil des relations internationales du Hamas, interrogé par L’Orient-Le Jour. Le Premier ministre israélien a de son côté multiplié les mises en garde cette semaine, alors qu’un énième accès de fièvre a eu lieu entre Gaza et Israël, et qu’à la veille d’élections législatives, dont le thème principal est la sécurité et dont l’issue est incertaine pour Benjamin Netanyahu, 63 % des Israéliens ne sont pas satisfaits de son attitude vis-à-vis du Hamas.


(Lire aussi : Gaza, territoire palestinien ravagé par les guerres et la pauvreté)


La date du 30 mars coïncide avec la Journée palestinienne de la terre, qui marque les événements de 1976, lorsque des Palestiniens en Israël avaient manifesté contre l’annonce par le gouvernement de la saisie de 21 km2 de terres palestiniennes. La police israélienne avait alors violemment réprimé les manifestations, tuant six jeunes Palestiniens et en blessant et arrêtant de nombreux autres.

L’ONU a appelé à éviter une effusion de sang aujourd’hui, alors que la manifestation devrait réunir « un million de manifestants » selon Ismaïl Haniyé, chef du Hamas. « Les Palestiniens n’abandonneront pas et continueront à manifester contre l’occupation israélienne jusqu’à ce que le siège soit levé et leur retour sur leurs terres occupées. », affirme Saïd Choab, activiste basé à Gaza.

Tout le monde ne partage toutefois pas cet enthousiasme. « Je ne vais pas aux manifestations parce que je pense que c’est inutile. Il n’y a aucun avantage à en tirer. Beaucoup de gars ont été blessés et ont été amputés des jambes, dont mon frère. C’est très dangereux là-bas », assure Mohammad al-Fayoumi, 28 ans, qui s’est rendu une fois à la marche du vendredi. Ce jour-là, ce vendeur de cigarettes s’est fait tirer dessus. Il n’y est plus retourné depuis et compte ne plus jamais s’y rendre. Nour Abou Soufi, 25 ans, sans emploi, touché par balle lors de la manifestation du 14 mai, a une grande cicatrice sur la cuisse gauche et porte une attelle à la jambe droite. Il participera quand même à la marche. « Maintenant, c’est dans notre sang. Au début, j’avais peur, mais maintenant, je suis plus courageux pour aller au front. Je n’ai pas peur, je veux la balle ici (montrant du doigt son front). Nous voulons que les frontières soient ouvertes. Nous voulons des opportunités de travail. J’ai été formé pour devenir ouvrier du bâtiment, mais j’ai 25 ans et je ne trouve pas de travail. »


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BOSS QUI BOSSE

Dans les succès d'une résistance , on se souviendra plus des martyrs que des collabos.

Ils étaient 100 au départ et sont devenus 1 million en cours de route , même la résistance française contre le nazisme allemand au départ ne concernait qu'une infime partie des français, c'est d'eux qu'on parle le plus.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HAMAS... DES MARCHANDS DU TEMPLE !

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