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« Je ne vois pas les étoiles, mais je compte les atteindre »

PARCOURS

Il a fait de sa malvoyance son combat, de son handicap une lutte permanente pour l’émancipation de ses pairs et l’amélioration de leurs conditions. À tout juste 27 ans, Khodr Farhat, étudiant libanais en sciences politiques à l’Université de Michigan, revient sur son parcours, digne d’un héros américain.

30/03/2019

Il n’était qu’un enfant quand ses yeux ont cessé d’exercer leurs fonctions principales. « Qu’à cela ne tienne. Je suis en vie et je vais tirer le meilleur de cette situation », se dit-il, soutenu par sa famille.

Au Liban, Khodr Farhat a été scolarisé dans un centre spécialisé pour personnes ayant des handicaps. Une source de frustration, car il se sentait limité. « Je voulais faire beaucoup plus que je ne pouvais. Je voulais combattre les stigmatisations », dit-il. Puis la vie l’a mené aux États-Unis.

Il y a douze ans, ses parents ont estimé qu’il était temps, pour leur fils, de quitter le Liban. La raison : ils voulaient que leur Khodr ait accès aux progrès médicaux et à un meilleur traitement social et humain. Ils ont vu juste. Dans son pays d’accueil, Khodr Farhat a su profiter des avantages éducationnels, économiques et sociaux qui sont proposés. Il a appris à s’ouvrir aux autres avec une telle foi qu’il considère aujourd’hui sa perte de vue comme un « cadeau ». « C’en est un parce qu’il m’a appris à compter sur moi-même et à être responsable », raconte-t-il aujourd’hui.

Cette force, il la tire de son parcours. « J’ai démarré mon parcours scolaire aux États-Unis au sein d’une école publique accessible à tout le monde et qui n’est donc pas labélisée. Ce fut, pour moi, une émancipation. J’ai pu commencer à envisager mon chemin, dans la vie, plus ouvertement et efficacement. Certes, il a été difficile de s’adapter à un nouveau pays, une nouvelle langue, des outils technologiques dont je n’avais pas connaissance. Mais j’ai alors compris plusieurs choses. Et sans doute l’essentiel. J’ai compris que j’étais quelqu’un de très ambitieux qui voulait servir les autres. Et qu’ici, les portes pouvaient s’ouvrir à toute personne ayant du talent, de la créativité. »

Pour réussir, Khodr Farhat s’inspire de personnalités fortes. Comme l’un des plus éminents magistrats du Michigan qui est également un malvoyant. Ou encore le chanteur Stevie Wonder. « Il est très connu mais je trouve qu’il ne se mobilise pas assez pour notre cause », note-t-il néanmoins. Se mobiliser, telle est sans doute le trait de caractère qui le définit. Après ses études scolaires, Khodr Farhat opte pour une licence puis un doctorat en sciences politiques. Les notes de ce travail acharné étant très bonnes, il est encouragé par ses professeurs, qui applaudissent son sérieux, et par les personnes ayant des handicaps, qui le remercient pour le soutien inconditionnel qu’il leur assure. Son université aussi salue son engagement. Le jeune homme a en effet passé des mois à visiter divers campus pour étudier les panneaux de signalisation et les améliorer. Dans la foulée, elle lui remet le certificat d’appréciation de l’Université du Michigan offert par le comité Neubacher et dédié à toute personne défendant le droit à la différence. Un bonheur complet ? « Pas vraiment. Je suis honoré d’avoir reçu ce prix. Mais j’ai envie également de tendre la main à mon pays d’origine. » Quid de la situation au Liban ? Juridiquement, la loi protège les personnes souffrant de handicaps. « J’ai eu l’occasion de parler récemment à des politiciens libanais lors de leur passage aux États-Unis. Ils m’ont promis que la situation va s’améliorer en ce qui concerne le respect des règles en vigueur. » Khodr Farhat est en contact permanent avec ses anciens amis de l’école spécialisée. Ces derniers lui racontent leur quotidien. « C’est dur mais certains veulent poursuivre des études supérieures. Je tente de leur expliquer comment j’utilise la technologie. Le monde est en train d’évoluer dans notre intérêt. » Khodr sourit. Un ange est passé à moins qu’il ne soit en train de rêver des étoiles. « Je ne les vois pas. Mais je compte les atteindre. »



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