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Culture

La peinture informelle de Missak Terzian

EXPOSITION

Sans trop faire d’infidélités à son inspiration antérieure, entre contours abstraits, jeux de couleurs vives et pastiches, l’artiste accroche, aux cimaises de la galerie Cheriff Tabet, 36 toiles acryliques et deux huiles.

28/03/2019

À soixante-dix ans, Missak Terzian, qui est à la tête de « Léogravures » pour la sélection et la séparation des couleurs dans tout ce qui s’imprime, n’a pu s’empêcher aussi de faire de sa formation professionnelle initiale, non pas une déformation professionnelle, mais une passion parallèle aussi grande, si ce n’est plus grande, que son métier.

Tout revient bien entendu à l’enfance. Dans un univers familial qui rassemblait forcément artistes et peintres, l’enfant avait déjà les yeux grands ouverts sur ce monde magique où s’animent et chantent les couleurs.

Et il était d’autant plus fasciné que ce monde éveillait en lui le sens de la créativité, des combinaisons d’images insoupçonnables et laissait entrevoir des horizons, si ce n’est lointains, du moins insaisissables…

Un jour, Shart, éminent maître du chevalet, en visite dans les ateliers de ses parents, fait une judicieuse remarque sur les nuances de gris des bâtiments qui se profilent par-delà les vitres de la fenêtre. Cela tombe dans les oreilles bien ouvertes d’un artiste en herbe qui, dès l’âge de sept ans, guettait déjà l’occasion de faire parler autrement les couleurs. La leçon est littéralement happée. Les yeux se dessillent et la machine humaine s’emballe à travers chevalet, pinceaux et tubes de couleurs…

Le peintre Guvder lui apprend à affiner le tracé et le London College of Printing lui enseigne les bases d’un spectre aux couleurs d’une imparable netteté.

Une première à la galerie Chahine à Beyrouth en 1984, et les expositions se succèdent en un chapelet de 133 maillons, entre solos et collectives. Aussi bien au Liban qu’à l’étranger.

Aujoud’hui, sous le titre de « Peinture informelle », il donne à voir le dernier cru de son travail. On comprend la tenue vestimentaire informelle d’une soirée, mais une peinture informelle serait quoi, au juste ?

Ce mélange de styles, d’influences, de clins d’œil aux peintres aimés ou admirés, cette bousculade de tonalités, cette zone imprécise entre abstraction, expressionnisme et vague figuration ? L’informel sur une toile serait sans doute tout cela peut-être à la fois... Alors, pour entrer dans le vif du sujet, il fait (r)appel à ses musiciens qui hantaient ses toiles anciennes, dans un nuage diffus de masses compactes et serrées comme une éclaircie avant la bourrasque.

Mais il ajoute aussi à son dire pictural ces grandes bandes horizontales ou verticales tel un Lego prêt à être ajusté.

S’il confie que ses plages d’influence vont aux travaux de Soulages, Koenig ou Richter, il est clair qu’il y a là une indéniable présence, de touche ou de représentation, à la Paul Guiragossian. Quant au graphisme vaguement japonisant, il y a trace des lignes de Mathieu et de Roumélian, avec cette écriture et ces volumes éclatés, qui telle une bobine dévidée, s’effilochent pour se répandre en un savant désordre filandreux. Mais cela, c’est du déjà-vu !

Reste toutefois cette danse incessante et remuante des couleurs qui jonglent avec les contrastes forts ou les nuances in petto, tout en ne craignant même pas, parfois, la surcharge criarde. Par-delà tous les thèmes évoqués, justifiés ou artificiels, légers ou vaguement graves, ces couleurs aux ramages si variés et si intenses sont l’essence et l’âme mêmes de ces toiles. Et il serait de bon ton de parler, chez Missak Terzian, pour un univers décoratif souvent chamarré, d’un talent de coloriste.

« Informal Paintings » (Peintures informelles) de Missak Terzian à la galerie Cheriff Tabet jusqu’au 11 avril.


Pour mémoire

Le rêve intemporel de Missak Terzian

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