La silhouette du Cana est devenue familière dans les eaux libanaises.
Les projets officiels dont on peut dire qu’ils ont fait une réelle différence sur le terrain ne sont pas légion, mais le projet Cana, géré par le Conseil national de la recherche scientifique, plus spécifiquement son Centre d’études marines, mais aussi son Centre de géophysique, est sans nul doute l’un d’eux. Ce bateau scientifique, qui en est à sa seconde vie après avoir servi pour la pêche en Italie, a permis au Liban de faire des avancées significatives dans la connaissance de son littoral, autant dans sa morphologie, dans sa biodiversité que dans sa pollution. Hier, une cérémonie a été organisée au Grand Sérail à l’occasion des dix ans de la mise en service de ce bateau, avec le soutien continu du gouvernement italien et des projets avec d’autres acteurs comme l’Union européenne.
Au sujet des avancées faites grâce à ce projet, tous les intervenants étaient unanimes : l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, représentant le Premier ministre Saad Hariri, parrain de l’événement, l’ambassadeur d’Italie Massimo Marotti, ou encore les représentants de la Délégation de l’Union européenne et de prestigieuses organisations italiennes. L’occasion de faire un bilan.
Interrogé par L’Orient-Le Jour sur ce que le Cana a changé dans la connaissance scientifique du monde marin, Mouïne Hamzé, secrétaire général du CNRS, raconte « ce qui a commencé par être une aventure ». « Certains responsables ne croyaient pas en notre capacité de gérer pareil projet, poursuit-il. Avec le temps, nous avons fait preuve de beaucoup de compétence. Nos chercheurs ont acquis de l’expérience. Au Liban, il n’y a pratiquement pas d’industrie marine, nous avons dû tout créer à partir de zéro. Le nombre de projets que nous avons pu attirer montre que le bateau est devenu un label d’excellence pour la recherche scientifique et pour la coopération avec l’Italie. Nous avons pu récolter des résultats significatifs sur la pollution, le stock de poissons, la géologie marine, la géophysique, ou encore les risques naturels qui peuvent provenir de la tectonique des fonds marins. »
Or de tels résultats n’ont malheureusement pas eu d’écho au niveau de la lutte contre la pollution. « La situation s’est aggravée, déplore M. Hamzé. Tout ce que nous avons réalisé pour localiser les “points chauds” de la pollution où des stations d’épuration doivent être installées en priorité n’a pas eu de résultat tangible. Notre projet avec le Conseil du développement et de la reconstruction visait à effectuer les études d’impact de l’installation de ces stations sur la biodiversité marine. Malheureusement, il y a un retard énorme, les eaux usées et les ordures sur la côte aggravent nettement la pollution. La situation de la côte est alarmante. »
Évoquant le « courage » de l’équipe qui s’est lancée dans l’aventure, il se dit convaincu que « le secret de notre réussite est d’avoir pu nous intégrer dans des réseaux méditerranéens, ce qui nous a apporté beaucoup de connaissance et d’expertise ».
(Pour mémoire : Sur le bateau scientifique Cana, un bond en avant pour les études marines)
À mille mètres de profondeur…
Gaby Khalaf était directeur du Centre des études marines à l’époque où le Cana a été mis en service, et il reste aujourd’hui conseiller scientifique dans le cadre du projet. « Dix ans plus tard, nous constatons que les résultats sont remarquables, et que nous avons pu ouvrir de nouveaux horizons qui n’étaient pas à notre portée avant Cana, raconte-t-il à L’OLJ. Ainsi, avec le nouveau matériel et l’expérience, nous avons pu sonder jusqu’à mille mètres de profondeur. Nous avons pu mener des investigations dans toutes les eaux territoriales libanaises, sur divers sujets comme les tortues, les cétacés… avec l’aide de collègues libanais et étrangers. »
Un bilan très positif donc, selon lui. « Nous avons beaucoup d’idées afin de travailler sur des sujets qui n’ont pas encore été explorés en profondeur, poursuit le scientifique. À titre d’exemple, si nous avons pu atteindre les mille mètres de profondeur, nous n’avons pas encore une étude complète de ces fonds marins. Nous comptons étudier la biodiversité des profondeurs, les courants marins, les sédiments. Nous voulons voir si la pollution que nous constatons à 30 ou 40 mètres se ressent aussi à mille mètres et plus. Nous explorons aussi ce qui est du ressort de l’archéologie sous-marine. »
Quelles sont les découvertes les plus frappantes durant ces dix ans ? « Nous avons pu définir les sources de pollution de la côte libanaise, répond-il. Ces données n’existaient pas auparavant. Nous avons été les premiers à utiliser des appareils spéciaux pour détecter les microplastiques (déchets microscopiques résultant de la décomposition du plastique dans l’eau), qui sont composés de plusieurs constituants chimiques et physiques. Il y a également nos données sur les stocks de poissons, qui sont inédites à ce jour. »
(Pour mémoire : Le bateau Cana prend le large pour une nouvelle traversée)
Siniora évoque une percée scientifique
Pour sa part, Fouad Siniora a rappelé qu’il avait lui-même inauguré le bateau dix ans plus tôt, fraîchement remis par les Italiens au CNRS, le 3 avril 2009. « Mon espoir d’alors s’est réalisé, et le bateau est devenu un exemple de capacitation du Liban dans le domaine de la recherche scientifique, notamment dans l’observation environnementale des côtes et des eaux territoriales », a-t-il dit. Il a qualifié le projet Cana de « percée scientifique exceptionnelle dans les études marines ».
L’ambassadeur d’Italie Massimo Marotti a parlé d’une « histoire inspirante, celle de la transformation d’un bateau de pêche en bateau scientifique par les efforts conjoints du CNRS et de l’Agence de développement italienne ». « Il a fallu un travail d’équipe, deux projets et trois millions d’euros, a-t-il poursuivi. Les succès de ce premier projet ont pavé la voie à un second. L’Italie a accordé 700 000 euros pour l’activité du CNRS. »
Jose Luis Santamaria, représentant la chef de la Délégation de l’UE au Liban Christina Lassen, a insisté sur l’importance de préserver la biodiversité commune de la Méditerranée. Il a souligné que l’UE soutient le CNRS depuis 2015 dans ses recherches marines, notamment à Beyrouth et à Tyr.
Pour Maurizio Raeli, directeur du Ciheam/IAM-Bari, « le Cana a été une expérience pionnière pour cet institut, qui a pavé la voie vers des questions liées à l’économie bleue ». Enfin, Massimo Inguscio, président italien du Conseil de la recherche, a indiqué que « le navire Cana est le symbole visible et tangible d’une coopération scientifique amicale et fructueuse entre les deux pays, et notamment entre le CNR et le CNRS ».
Pour mémoire
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Ils ont du répertorié tout ce que le liban consomme, et produit: consomme, grace à tous les emballages et conteneurs jetés à la mer, produit, grace aux ã la pollution industrielle. Très édifiante l' etude, à n' en point douter.
12 h 31, le 28 mars 2019