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Liban - Liban

Mission accomplie pour le navire Cana : des données sans précédent recueillies sur les fonds marins libanais

Un bilan positif des recherches sur ce bateau après cinq ans de mise en service, qui sonne comme un plaidoyer pour une meilleure gestion de la côte.

Le bateau Cana, à la base navale de l’armée.

Le cadre de la présentation qu'avait organisée le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), pour les ministres, les responsables administratifs et les journalistes, était original : sur le bateau Cana lui-même, dans la base navale de l'armée à Beyrouth. Quoi de mieux pour apprécier les centaines d'heures passées par les scientifiques à bord de cette petite navette, réussissant, en cinq ans, à collecter des informations précieuses pour le public comme pour les décideurs : le mouvement des courants marins, l'état des lieux des ressources poissonnières, un bilan plus détaillé de la pollution marine... et, surtout, une carte bathymétrique, en d'autres termes des fonds marins si révélateurs des failles géologiques, d'une partie de la côte.


Ce bilan du CNRS a été effectué à l'occasion de la fin officielle du projet financé par le gouvernement italien, et qui avait permis d'acquérir et d'équiper ce navire en avril 2009 et d'y mener ces recherches, ainsi que l'a rappelé le secrétaire général du CNRS Mouïne Hamzé. L'ambassadeur d'Italie, Giuseppe Morabito, a insisté sur l'importance de « cette base de données disponible pour la première fois au Liban ». Il a exprimé l'espoir qu'elle sera un « outil précieux pour les décideurs », leur permettant « de concevoir une gestion plus durable de la côte ».
Et des décideurs, il y en avait dans le public : les ministres de l'Environnement Mohammad Machnouk, de l'Énergie et de l'Eau Arthur Nazarian, de l'Industrie Hussein Hajj Hassan, des Travaux publics et des Transports Ghazi Zeaïter, un représentant du ministère de l'Agriculture, ainsi que le président du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) Nabil Jisr, et d'autres.

 

Créer des réserves de toute urgence !
La présentation sur la pollution, donnée par le directeur du Centre national des recherches marines du CNRS Gaby Khalaf, a particulièrement capté l'attention des présents, tous conscients de l'impact du déversement des eaux usées non traitées dans la mer en raison du retard dans la mise en œuvre des projets de stations d'épuration par le CDR (son président a d'ailleurs donné une indication sur place de l'état des travaux, qui avancent selon lui). Quoi qu'il en soit, Gaby Khalaf a confirmé que deux types de pollution ont été décelés dans les eaux libanaises, l'une chimique et dangereuse (concentration de métaux lourds) mais d'une répartition limitée, l'autre organique et moins nocive, pouvant être traitée facilement, mais faisant jusqu'à nouvel ordre des ravages.

 

(Pour mémoire, notre dossier : Entre plages publiques et plages privées au Liban, une longue histoire de luttes citoyennes et d’exploitation controversée)


« Du point de vue de l'aménagement de la côte, le résultat le plus intéressant auquel nous soyons parvenus au bout de cinq années de travail est que nous avons pu délimiter les sources de pollution qu'elles soient chimique ou organique, a-t-il précisé à L'Orient-Le Jour. Nous avons également pu tracer tous les courants marins qui entraînent les déchets et la pollution dans le bassin méditerranéen oriental. Nous avons fait une carte de la distribution de la biodiversité dans le fond marin, et pu étudier la biodiversité de la côte au niveau des phytoplanctons et des zooplanctons (organismes végétaux ou animaux qui sont à la base de la chaîne alimentaire marine). De plus, nous avons établi une stratégie pour l'aquaculture (fermes d'élevage de poissons) qui implique les pêcheurs avec les chercheurs (étant donné que le Liban importe les deux tiers des poissons qu'il consomme). Nous avons enfin effectué une étude sur le stock de poissons, d'un point de vue qualitatif et quantitatif. »


Ces études ont également permis, selon le chercheur, d'identifier des zones à grande biodiversité toujours préservée – durant sa présentation, il a donné l'exemple de Ras Chekka et de Bayada-Naqoura – qu'il faudrait, selon lui, déclarer réserves naturelles sans tarder.
À la question de savoir si l'impact de la pollution sur la biodiversité a été mesuré, il a répondu par l'affirmative, mais souligné que le traitement de la pollution était du ressort des autorités. « Les responsables présents semblaient très intéressés, dit-il. L'important pour nous est de leur faire savoir que nous avons les informations. Pour moi, un plan de gestion efficace de la côte est tout à fait faisable. Notre mer n'est pas aussi polluée qu'on le croit, sa principale source de pollution, ce sont les eaux usées, il suffira de les traiter avant leur décharge en mer. »

 

(Pour mémoire : Les plages libanaises souffrent terriblement des eaux usées)

 

Des fonds marins d'une grande complexité
L'autre volet de la présentation du CNRS, donné par le directeur du Centre du géophysique Alexandre Sursock, consistait à exposer les résultats de la cartographie des fonds marins (bathymétrique). Une opération qui a pris du retard en raison de difficultés logistiques, mais qui a permis de mettre au point des cartes plus précises de la mer face à Beyrouth et face à Jounieh. Alexandre Sursock a expliqué que cette zone est celle qui n'avait pas été étudiée par la croisière scientifique Shalimar, laquelle avait eu lieu en 2003, sur le navire français de l'Ifremer. « Shalimar avait déjà révélé la topographie extrêmement complexe de cette zone, au moins dans sa partie centrale allant de Damour à Chekka, et son intérêt pour expliquer la distribution des failles actives constatée à terre, dit-il dans un article. Le plateau continental y est très étroit et découpé par des canyons sous-marins prenant naissance à très faible distance de la côte et s'enfonçant très rapidement vers les mille mètres de profondeur. »


Qu'y a-t-il donc de nouveau apporté par les recherches sur Cana ? Le navire et son équipement ont pris le large en novembre 2013 pour examiner des zones auxquelles un navire aussi grand que celui de l'Ifremer aurait eu difficillement accès. Ils ont commencé par Beyrouth, « pour sa prévalence en tant que capitale mais surtout en raison de cette structure marine exceptionnelle à son voisinage, le canyon dit du Saint-Georges ». Les cartes obtenues « ont précisé ou révélé des structures tel que les hauts-fonds de Raouché, un chenal inconnu au nord-ouest, le cirque de Jnah et les traces d'anciens rivages parallèles au rivage actuel de Jnah », dit-il. Quant au canyon de Beyrouth, « il s'enfonce très vite, à cent mètres au large, en formant une structure quasi rectangulaire aux bords escarpés ».


Ces canyons sont-ils des indicateurs de failles ? « Il s'agit de structures très importantes, des vallées sous-marines très étroites, ce qui signifie qu'elles sont bordées par des failles, explique Alexandre Sursock à L'Orient-le Jour. Si ces bords sont escarpés, pas trop dégradés, cela signifie que ces structures sont actives. »
Les chercheurs ont inclus Jounieh dans cette étude, avec sa fameuse « faille du Casino ». « Mais nous espérons un jour avoir les moyens de poursuivre cette étude afin de couvrir toute la côte, dit-il. Il est très important de comprendre comment fonctionne cette relation entre les grands fonds et la topographie terrestre. »

 

Le cadre de la présentation qu'avait organisée le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), pour les ministres, les responsables administratifs et les journalistes, était original : sur le bateau Cana lui-même, dans la base navale de l'armée à Beyrouth. Quoi de mieux pour apprécier les centaines d'heures passées par les scientifiques à bord de cette petite navette, réussissant, en cinq ans, à collecter des informations précieuses pour le public comme pour les décideurs : le mouvement des courants marins, l'état des lieux des ressources poissonnières, un bilan plus détaillé de la pollution marine... et, surtout, une carte bathymétrique, en d'autres termes des fonds marins si révélateurs des failles géologiques, d'une partie de la côte.
Ce bilan du CNRS a été effectué à l'occasion de la fin...
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