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Décision US sur le Golan : embarras pour les Arabes, bénéfices pour l'Iran

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"Les (régimes arabes) alliés des Etats-Unis sont les plus embarrassés parce qu'ils ont eu beau se mettre en quatre pour tenter de se rapprocher de Donald Trump et lui donner l'impression qu'ils étaient dans son camp, ils ne peuvent plus rien faire" face à la décision du président américain, a dit Karim Bitar, chercheur à l'IRIS.

OLJ/AFP
26/03/2019

L'unité apparente des pays arabes contre la reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le Golan par Donald Trump, cache mal leur embarras devant une décision de leur allié américain dont seul le rival iranien pourra tirer bénéfice, selon les experts.

Les réactions indignées se sont succédé dans les capitales arabes après la signature à la Maison Blanche lundi du décret reconnaissant la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan par Donald Trump, en présence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Mais au delà des protestations de forme, la décision sur le Golan, un sujet encore perçu comme sensible dans les opinions arabes, se traduit davantage par de l'embarras devant un fait accompli.

"Les (régimes arabes) alliés des Etats-Unis sont les plus embarrassés parce qu'ils ont eu beau se mettre en quatre pour tenter de se rapprocher de Donald Trump et lui donner l'impression qu'ils étaient dans son camp, ils ne peuvent plus rien faire" face à la décision du président américain, a dit à l'AFP Karim Bitar, chercheur à l'IRIS.

Au contraire, fort de son intervention réussie dans le conflit syrien, l'Iran, ennemi juré d'Israël et rival régional du royaume saoudien, marque un nouveau point devant l'affaiblissement des puissances arabes.
"C'est plutôt l'Iran et ses alliés qui se sentent confortés dans l'idée qu'on ne peut rien attendre de cette administration américaine", explique M. Bitar.



(Lire aussi : Décision US sur le Golan : Nasrallah appelle les pays arabes à "retirer leur initiative de paix")


"Cadeau divin"
Pour Fawaz Gerges, professeur de relations internationales à la London School of Economics, la décision américaine est "un cadeau divin" pour l'Iran qui "va essayer capitaliser (sur cette décision) pour palier à l'absence de leadership arabe.

Selon Neil Partrick, universitaire et spécialiste des pays du Golfe la décision de Trump "n'ajoute rien à l'alignement saoudien et des pays du Golfe avec Israël contre l'Iran, si ce n'est de le rendre publiquement plus inconfortable".

Depuis Téhéran, le président Hassan Rohani a réagi mardi en accusant Donald Trump de "colonialisme". "A un certain moment de l'histoire, du temps du colonialisme, certaines puissances coloniales ont fait de telles choses et attribuer des parties d'un pays à un autre (...) mais cela est sans précédent à notre siècle", a déclaré M. Rohani, cité par le site internet du gouvernement.

Israël a conquis une grande partie du Golan syrien (1.200 km2) lors de la guerre israélo-arabe de 1967, avant de l'annexer en 1981. Cette annexion n'a jamais été reconnue par la communauté internationale. L'Arabie saoudite pour qui Le Golan demeure "une terre arabe syrienne occupée" et l'Irak ont aussi condamné mardi, emboîtant le pas au Koweït, à la Jordanie, et au Liban lundi.

Dès l'annonce la semaine dernière par Donald Trump de son intention de signer le décret, l'Egypte avait rappelé la résolution 497 de l'ONU, rejetant l'annexion du Golan par Israël.
La Ligue arabe, par la voix de son secrétaire général Ahmed Aboul Gheit, a jugé lundi la décision de M. Trump "nulle et non avenue dans le fond et la forme". La question du Golan devrait être évoquée lors du sommet de la la Ligue arabe dimanche à Tunis.

Toutefois, à l'image de la crise provoquée en 2017-2018 par la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d'Israël, "les condamnations arabes officielles n'ont pas beaucoup de poids. Le système des Etats arabes est dysfonctionnel et même en panne", confirme à l'AFP M. Gerges.



(Lire aussi : Damas, Moscou et la Ligue arabe dénoncent l'annonce américaine sur le Golan)


"Extrême fragilité"
Selon Saïd Sadek, professeur de sociologie politique à l'Ahram Canadian University, les pays arabes et la Syrie "ont été réduits à une extrême fragilité et aucun d'entre eux n'entrera en guerre pour la Syrie".

C'est le cas de l'Arabie saoudite dont la diplomatie a entamé un discret rapprochement avec Washington sur la question israélo-palestinienne dans le but de contrer l'influence de l'Iran. Selon M. Partrick, le prince héritier d'Arabie Mohammad ben Salmane a "encouragé l'administration Trump à penser que les problèmes de fond de droit international comme Jérusalem et les territoires syriens pouvaient être piétinés".

Or après les décisions sur Jérusalem et le Golan, l'initiative de paix israélo-palestinienne de Jared Kushner, conseiller et gendre de Donald Trump, semble condamnée.
"Même si tout le monde savait que ce plan Kushner, le plan du siècle, était un écran de fumée ou une vaste fumisterie, cette reconnaissance du Golan, qui arrive après celle de Jérusalem, vient planter le dernier clou dans le cercueil de cette idée d'un énième plan de paix", résume M. Bitar. "Le processus de paix israélo-arabe est mort", renchérit M. Gerges.

De son côté, le président Abbas a décidé de boycotter l'administration Trump qui a discrédité, selon lui, les Etats-Unis dans leur rôle historique de médiateur.


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AIGLEPERçANT

Le problème de ces arabes n'est pas l'embarras que provoquerait ce clown par une décision inique, c'est que le clown a permis qu'ils soient démasqués vis à vis de leur population.

Les " rebelles" syriens chouchoutés par les americano-sioniste doivent enrager pour avoir été démasqués, sinon c'était une chose qu'ils ont dû promettre à ce groupe d'usurpateurs en cas de défaite du héros bashar.

Quand je vous dis que ce clown américain est ce qu'il y a de mieux comme ennemis pour ses ennemis.

Dieu le fasse réélire en 2020.

Le Faucon Pèlerin

Les deux tiers du Golan syrien soit 1200 km2 sont occupés depuis 1967 et annexés par Israél depuis 1981.
C'est en mars 2019 que ceux que cela concerne se réveillent. Pourquoi ?
Ce que vient de dire Ronald Trump est un fait accompli depuis 38 ans. Pourquoi ce tintamarre aujourd'hui ?

Sarkis Serge Tateossian

"Les (régimes arabes) alliés des Etats-Unis sont les plus embarrassés parce qu'ils ont eu beau se mettre en quatre pour tenter de se rapprocher de Donald Trump et lui donner l'impression qu'ils étaient dans son camp, ils ne peuvent plus rien faire" face à la décision du président américain, a dit Karim Bitar, chercheur à l'IRIS.

Il est là le problème, les américains n'ont jamais montré aux arabes qu'ils les considéraient et qu'ils étaient capable de les "aimer à leur juste valeur" comme ils le font avec Israël....

Hélas le conflit de la région n'est pas prête de s'éteindre avec ces deux poids deux mesures.

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