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Liban

La décision britannique anti-Hezbollah, une « arme » instrumentalisée en politique intérieure ?

Terrorisme
09/03/2019

Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah ne s’est pas attardé hier dans son discours télévisé sur la décision de la Grande-Bretagne de placer la branche politique du parti sur sa liste des organisations terroristes, préférant placer cette initiative dans le contexte général des pressions internationales exercées contre sa formation et qui sont, selon lui, une « guerre économique et financière » contre le parti.

Vendredi dernier, et avant même que la décision du gouvernement britannique n’entre en vigueur après son approbation par le Parlement, le Hezbollah avait estimé que cette mesure démontrait la « soumission totale » de Londres à l’administration américaine. Un constat qui serait partiellement vrai, mais qui ne répercute pas les motifs réels derrière la décision de Londres, lesquels seraient plus complexes qu’un simple alignement sur Washington.

Outre la volonté britannique de montrer patte blanche à son partenaire américain, « c’est surtout sur le plan de la politique intérieure et du bras de fer entre travaillistes et conservateurs qu’il faut rechercher les véritables raisons derrière cette décision », estime Michael Kerr, spécialiste des conflits et professeur au King College de Londres.

Dans un entretien express à L’Orient-Le Jour, M. Kerr reconnaît que la décision de placer désormais l’aile politique du parti chiite sous la rubrique du terrorisme est quelque part la résultante des pressions exercées par les États-Unis sur ses alliés européens, dont la Grande-Bretagne, pour les pousser à avaliser sa politique agressive à l’égard de l’Iran inaugurée par le président Donald Trump. Une politique qui consiste à prendre le contre-pied de celle initiée par son prédécesseur Barack Obama et dont le retrait de Washington de l’accord nucléaire iranien est un exemple patent.

Par conséquent, affirme Michael Kerr, la mesure prise par Londres à l’encontre du Hezbollah est « un alignement clair sur les États-Unis destiné à soutenir ces derniers dans leur politique face à l’Iran ». À travers ce geste, Londres « espère ainsi reconstruire ses relations avec Washington, avec les accords commerciaux en point de mire. Le prix à payer est l’alignement avec la politique étrangère des États-Unis », ajoute l’expert.

Selon lui, on ne peut, par ailleurs, ignorer les pressions continues exercées par Israël pour rallier des partenaires disposés à le soutenir dans sa bataille contre le Hezbollah. Mais ces pressions n’ont pas été un « facteur déterminant » derrière la récente décision du gouvernement britannique, « d’autant que la Grande-Bretagne avait constamment ignoré ce type de lobby durant la dernière décennie ».


(Lire aussi : Nasrallah : La lutte contre la corruption est aussi « sacrée » que la résistance à Israël)


Theresa May vs Jeremy Corbyn

La motivation principale derrière la décision de Westminster de considérer désormais le Hezbollah, dans ses deux branches, comme une organisation terroriste est à rechercher au niveau de la politique intérieure. Plus précisément dans le conflit qui oppose d’une part les membres du Parti travailliste entre eux, et d’autre part dans le bras de fer qui a lieu depuis un certain temps entre la Première ministre Theresa May et le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn autour de la crise sur le Brexit, explique le spécialiste. Jeremy Corbyn avait refusé à plusieurs reprises de dialoguer avec le gouvernement sur ce dossier. « Ce qui lui a valu des critiques de la part des conservateurs qui ont ironisé sur le fait qu’il parle facilement au Hezbollah et au Hamas, mais pas aux membres du gouvernement. »

Grand défenseur de la cause palestinienne et du Hamas, Jeremy Corbyn ne cache pas sa sympathie pour les membres du Hezbollah qu’il aurait qualifiés un jour d’ « amis », selon des informations rapportées par le Times d’Israël.

De plus en plus, l’aile gauche du Parti travailliste, principal parti d’opposition britannique, est accusée non seulement d’antisémitisme, mais de manifester sa sympathie à l’égard du Hamas et du Hezbollah. Les accusations d’antisémitisme ont fini par empoisonner le Labour, miné par de profondes divisions entre ceux qui dénoncent la complaisance de Jeremy Corbyn et l’aile gauche qui défend son chef. Neuf députés travaillistes ont claqué la porte du parti ces dernières semaines et se sont regroupés pour en créer un autre, certains se disant « malades » devant l’antisémitisme dans la formation politique.

« Le leadership du Parti travailliste a complètement échoué à contrer ses divisions internes. Jeremy Corbyn se trouve actuellement dans une situation difficile », commente Michael Kerr.

Le 26 février dernier, et avant que le Parlement britannique n’avalise la décision prise à l’encontre du Hezbollah, M. Corbyn avait indiqué que le ministère de l’Intérieur n’avait avancé aucune preuve tangible pour justifier ce changement subit de la position du gouvernement britannique par rapport à l’aile politique du Hezbollah.

Dans un communiqué, son parti avait exigé que le ministre de l’Intérieur, Sajid Javid, « prouve que sa décision a été prise d’une manière objective et impartiale ». Lors du vote, les députés travaillistes se sont majoritairement abstenus de voter en faveur de la décision.

« Au final, dans cette affaire, le Hezbollah aura servi d’arme en politique intérieure dans l’attaque contre Corbyn », affirme l’expert, qui souligne que le débat houleux autour de la question de l’antisémitisme qui dure depuis un an a fini par faire du tort au Parti travailliste. Ce dernier a fini par projeter « l’image d’un parti antisémite bien plus qu’il ne l’est dans la réalité. Il a énormément reculé dans les sondages, ayant perdu une quinzaine de points suite à ce débat », ajoute Michael Kerr, qui relève au passage que pour le citoyen britannique lambda, la confusion est de mise entre antisionisme et antisémitisme.

Selon lui, cette décision n’affectera pas outre mesure le Liban, d’autant que l’implication du gouvernement britannique dans ce pays se résume principalement à une aide à ses forces armées, consistant à sécuriser les frontières face à la menace terroriste et à un soutien au gouvernement face à la crise des réfugiés.

Mercredi dernier, le ministre d’État britannique chargé des Relations avec le Moyen-Orient, Alistair Burt, en visite à Beyrouth, avait assuré à l’issue de son entretien avec le chef de l’État Michel Aoun que « les relations bilatérales ne seront pas affectées par la décision britannique au sujet du Hezbollah ».


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AU LIBAN TOUT EST INSTRUMENTALISE EN POLITIQUE INTERIEURE PAR TOUS SANS EXCEPTION. C,EST LA GANGRENE QUI RONGE LE PAYS.
ON NE SE PARLE PAS, ON S,ACCUSE LES UNS LES AUTRES, ON SE LA LANCE VIA LES MEDIAS... ET... ET... ON SE VOIT DANS UNE MEME EQUIPE GOUVERNEMENTALE SUPPOSEE SAUVER LE PAYS DE L,ABYSSE OU IL EST POUSSE PAR TOUS CES PROTAGONISTES MAIS ET SURTOUT PAR LA FRACTION PRETENDUE DIVINE... C,EST L,ABERRATION MEME !

AIGLEPERçANT

Je pose juste une question comme ça de façon innocente , vous ne pensez pas que cette décision d'une G.B en situation de brexit plus ou moins avorté, comme d'un bébé qu'on a sur les bras et qu'on a pas vraiment DÉSIRÉ, n'est pas une décision prise par les rosbeef juste pour venir en aide aux " 8 Mars" , sur ordre d'un de leur sponsor poltron qui n'arrive pas à y aller tout seul ?

AIGLEPERçANT

Eh bien dites donc ! Combien rien que ce mot " antisemite" peut ouvrir et fermer des portes en Europe ?

Vous connaissez l'histoire de la clé magique ? Hahahaha. ... elle ne se trompe jamais de serrure , elle s'adapte à tous les trous de serrure . Lol.

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