Liban

Relations libano-syriennes : des changements en douce sans polémique gouvernementale

Décryptage
19/02/2019

Le dossier des déplacés syriens n’a pas attendu la première réunion de travail du gouvernement pour s’imposer à la une de l’actualité. Le nouveau ministre chargé de ce dossier, Saleh Gharib, s’est rendu hier en visite officielle à Damas, répondant à une invitation qui lui a été adressée par le ministre syrien des Administrations locales et de l’Environnement. Depuis la formation du nouveau gouvernement et les affirmations répétées du chef de l’État sur son intention d’accorder la priorité au dossier des déplacés syriens dans la phase actuelle, les Libanais s’attendaient à une initiative de ce genre, mais ils ne croyaient pas qu’elle se produirait aussi rapidement.

Désormais, il ne s’agit donc plus de spéculations, mais d’une réalité ; les relations entre le Liban et la Syrie sont passées de la coordination sécuritaire et du niveau militaire et technique au niveau politique. Il y a même un élan nouveau dans l’approche de ce dossier qui se traduit à plusieurs niveaux, sans susciter de vagues. Dans ce sillage, il faut aussi constater que lors des trois jours de débats parlementaires avant le vote de confiance, le dossier des relations libano-syriennes et celui des déplacés syriens n’ont pas fait l’objet d’une polémique, alors qu’en général, les différentes parties politiques se disputent sur des sujets moins importants. Comme si les différents blocs, y compris ceux qui se considèrent dans l’opposition, avaient pris soin de ne pas aborder ce sujet épineux. Ce qui pousse une source proche du bloc du Liban fort (CPL et président) à affirmer qu’il y a un minimum d’entente sur ce sujet et que toutes les parties sont conscientes de l’importance, pour le Liban, de ne pas l’utiliser dans les tiraillements internes.


(Lire aussi : À peine la confiance obtenue, le gouvernement Hariri subit son premier camouflet)


La visite du ministre Saleh Gharib est d’ailleurs intervenue juste après une déclaration d’un ton nouveau formulée par le ministre de la Défense Élias Bou Saab, dans le cadre de sa participation au sommet sur la sécurité qui s’est tenu à Munich pendant le week-end. Bou Saab s’est ainsi prononcé contre l’établissement d’une « zone sûre » turque dans le nord de la Syrie. Il faut préciser que le ministre Bou Saab représentait le Liban à ce congrès et la position qu’il a exprimée est plus proche de celle du régime syrien que de celle de la Turquie, dans la mesure où elle se prononce en filigrane en faveur de la souveraineté syrienne sur l’ensemble du territoire de ce pays. Si sa position avait fait l’objet de critiques internes, le ministre de la Défense aurait toujours pu arguer de la solidarité arabe face aux autres pays de la région. Mais il n’a pas eu besoin de le faire, car sa déclaration n’a soulevé aucune critique ni suscité la moindre réaction des parties qui affichent leur hostilité au régime syrien.


(Lire aussi : Zarif aux responsables libanais : L'Iran peut contribuer à un retour "rapide" des réfugiés syriens)


Enfin, la visite du ministre des Déplacés syriens à Damas coïncide avec de nouvelles mesures adoptées par la Sûreté générale à l’égard de ces derniers en procédant à la fermeture des échoppes qu’ils ont ouvertes au Liban si leurs papiers ne sont pas en règle. Il faut préciser que la Sûreté générale avait donné un délai de trois mois à tous ceux qui ont des commerces au Liban pour régulariser leur situation, sinon elle serait contrainte de prendre des mesures coercitives.

Ces trois développements presque simultanés montrent que, selon les directives présidentielles, le dossier des déplacés syriens est effectivement prioritaire pour le nouveau gouvernement et qu’il s’emploie à établir le plus vite possible un plan de retour sans plus attendre un feu vert occidental ou autre. Le Premier ministre qui a marqué sa différence en déclarant, contrairement à ce qui figure dans la déclaration ministérielle, que le retour doit être volontaire, semble décidé à ne pas faire de vagues, préférant afficher sa position dans les médias, sans aller jusqu’à l’imposer au Conseil des ministres. D’ailleurs, il a évoqué le retour volontaire dans le cadre de son discours à la cérémonie de commémoration de l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Mais il ne l’a pas répété lors des rencontres avec les ministres. Ce qui montre, selon la source précitée proche du bloc du Liban fort, une bonne volonté réelle et un désir de ne pas provoquer de polémique. Le Premier ministre campe donc sur ses positions de principe et brandit l’initiative russe pour le retour des déplacés syriens, qui n’a toujours pas trouvé de financement. Mais il ne s’oppose pas à l’action d’autres ministres de son gouvernement. Toujours selon la source précitée, ce dossier ainsi que la visite du ministre Gharib en Syrie ne devraient donc pas créer une crise au sein du gouvernement lors de sa réunion de jeudi, car il y a une entente tacite sur un partage des rôles entre, d’une part, le camp du président (le ministre Gharib fait finalement partie des onze du Liban fort) et celui du Premier ministre, d’autre part. Même le député du bloc du Futur Samir el-Jisr a reconnu, hier, que ce dossier ne devrait pas provoquer de crise au sein du gouvernement. En contrepartie, le Premier ministre et son camp auraient une grande latitude pour traiter les projets prévus lors de la conférence de Paris, la CEDRE. Dans ce gouvernement, il semble donc que les différentes parties se sont mises d’accord pour donner chacune ce qu’elle peut, pour faire avancer les dossiers, sans faire l’objet de critiques de la part des autres. Au moins pendant les trois premiers mois...


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AIGLEPERçANT

Voilà ce qu'on appelle un gouvernement actif et efficace , un Liban nouveau quoi !

Les réfugiés ne sauraient attendre plus pour retourner chez eux , pas plus que les Libanis ne le sauraient.
On confie cette mission à des personnes compétentes pour nous mener à bon port .

Ajouter des conditions et des indemnisations etc... ne seraient que des manoeuvres dilatoires pour empêcher le Liban de décoller comme la nouvelle équipe l'entend.

Je constate que ça commence à sentir bon pour ce Liban nouveau et fort qu'il nous faut.

Je tiens à dire aussi que tous les articles de Scarlett depuis qu'on l'a lit sur l'olj, nous ont mené à comprendre la véritable DIRECTION que prenait le pays depuis la victoire de 2006 , il se trouve que beaucoup ne L'A COMPRENAIT PAS .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOUS IGNOREZ TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD QU,IL N,Y AURAIT POINT DE RETOUR SANS CONSENTEMENT DES REFUGIES EUX-MEMES ET PERSONNE N,EST PRET A ALLER SE JETER DANS LA GUEUELE DU LOUP. AVEC CES SPORADIQUES RETOURS ORGANISES DE TOUTE PIECE ON NE SE RIENT DE PERSONNE. LE PROBLEME RESTE LE MEME : POINT DE RETOURS FORCES !

Yves Prevost

Encore une fois, il ne saurait y avoir de "normalisation", c-à-d de relations normales avec la Syrie tant que ne sera pas réglé le contentieux. A savoir: au minimum des excuses (des indemnisations seraient trop demander à un pays en ruines) pour les massacres et destructions commises par l'armée d'occupation, et surtout, le règlement du problème des prisonniers libanais dans les geôles syriennes, qu'ils soient exécutés ou encore vivants.

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