C’était l’été 1988. Le Liban ployait encore sous l’occupation syrienne et les Libanais, avec leur insouciance habituelle, n’avaient pas élu un président de la République. Un mouvement citoyen vit alors le jour qui appelait à l’élection de Raymond Eddé comme président. Ce mouvement avait pris pour slogan « Le Amid est la solution ». Le Amid, soit Raymond Eddé, était le chef du parti du Bloc National. Il avait quitté le Liban après deux tentatives d’assassinat, une perpétrée par les Syriens et une autre par le parti Kataëb parce qu’il avait refusé de participer à la guerre civile.
Amine el-Bacha, un peintre reconnu appartenant à une grande famille d’artistes et notamment de musicologues, rejoignit le mouvement avec enthousiasme. Il en dessina le logo. Un tableau où trônait au milieu un grand oiseau bleu avec le bec orange picorant une fleur en forme de cœur sur laquelle était écrit « Le Amid est la solution », le tout surmonté d’un soleil et entouré d’un halo de lumière jaune orange.
Bien que l’oiseau ait été son leitmotiv depuis un certain temps, le public libanais découvrait l’oiseau de la liberté et de la démocratie d’Amine el-Bacha.
L’histoire de la famille Yassine avec Amine remonte à ces temps-là, soit à 31 ans. Nos visites réciproques étaient presque hebdomadaires. Soit nous allions chez lui dans sa maison de Ras el- Nabeh, soit il venait chez nous dans notre appartement à Verdun. Il adorait surtout venir dans notre maison à Baabdate, dans la montagne libanaise, pour dessiner des paysages.
Les murs de notre maison à Beyrouth sont ornés de nombreux de ses tableaux. Il aimait venir les contempler et chaque fois il nous disait avec malice : « Revendez-moi ce tableau. Je le paye au double du prix auquel vous l’aviez acheté. »
Souvent quand il déjeunait chez nous, les filles de Nada Ahami et Salim Yassine lui apportaient du papier et des crayons de couleur et lui disaient « Amine dessine », estimant qu’avec quelques traits, elles avaient entre leurs mains un trésor. Mais Amine n’était pas dupe, il dessinait mais ne signait pas comme son maître Pablo Picasso. Parfois toutefois, surtout aux anniversaires de Sarah et d’Aya, il leur offrait des dessins dédiés et signés.
Il fit plusieurs portraits à l’aquarelle des filles. Un de ceux de Sarah la représentait avec ses cheveux blonds, mêlés de notes de musique, lui descendant jusqu’aux chevilles. Quant à Aya, alors qu’elle n’avait que deux ans, il la dessina en vamp avec un collier de perles. Une autre fois, il lui dit « je veux encore te dessiner ». Elle apporta alors ses poupées, les mit autour d’elle et pris la pose. Ils étaient amis.
Amine avait l’habitude de dire : « Je respire à Paris et je transpire à Beyrouth. » Authentique Beyrouthin, né à Ras el-Nabeh et ayant grandi à Aïn el-Mreisseh, pratiquement dans la mer, il adorait la mouloukhiyeh. Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts du Liban, il poursuivit sa formation à Paris à l’École des Beaux-Arts. Ses maîtres entre autres étaient Henri Matisse et surtout Pablo Picasso. Son épouse d’ailleurs était espagnole, notre chère amie Angelina.
Dans une de ses nombreuses interviews, un journaliste lui demanda s’il n’avait pas eu « des périodes » dans son œuvre, comme Picasso. Il répondit avec sa façon toute particulière de prononcer le nom de son épouse : « Chaque période de Picasso correspondait à une femme. Moi je n’ai eu comme muse qu’Angelina. »
Amine, notre ami, où que tu sois, transmets notre salut à ton maître Pablo Picasso, à Amaya, ta fille adorée que tu as perdue, et merci pour tous les instants de joie, de bonheur et d’amour que tu nous as donnés.
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J' aurais aimé publier une illustration, combien géniale, peinte par Amin El Bacha, pour encadrer un texte en arabe et qu' il a offerte à feu Joseph Zaarour qui appréciait tant les oeuvres du grand peintre et sa bonté, sa générosité!! Que son âme repose en paix! À Angelina et toute la famille mes condoléances et mes pensées les plus émues
21 h 13, le 07 février 2019