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Liban - Justice

Affaire Ziad Itani : J’étais le joker de Suzanne el-Hajj, dit Ghabache

Le prévenu n’a pas dit clairement si l’ancienne directrice du bureau de lutte contre la cybercriminalité lui a demandé de fabriquer des preuves.

Le siège du Tribunal militaire à Beyrouth. Photo ANI

Un scénario pour le moins digne d’un film d’action. C’est ainsi que l’on pourrait commenter les aveux hier du pirate informatique Élie Ghabache, qui a comparu devant le Tribunal militaire afin de s’expliquer dans le cadre de l’affaire du dramaturge Ziad Itani. L’ancienne directrice du bureau de lutte contre la cybercriminalité, la colonelle Suzanne el-Hajj, était également au banc des accusés hier, vêtue de son uniforme militaire, mais elle n’a pas été interrogée, faute de temps.

Élie Ghabache a comparu devant le général Hussein Abdallah et parlé en détail de son travail auprès de la colonelle Hajj et de la manière dont le dossier Itani a pris forme. Des échanges de messages écrits et d’enregistrements vocaux entre les deux prévenus ont été diffusés sur un écran placé dans le tribunal et ont servi à alimenter les questions du général Abdallah.

« J’ai compris de Mme Hajj qu’il fallait incriminer Ziad Itani coûte que coûte », a déclaré M. Ghabache. Il avait auparavant éludé à plusieurs reprises la question du général Abdallah qui consistait à savoir si Mme Hajj avait clairement demandé au pirate informatique de créer de fausses informations au sujet de Ziad Itani ou si elle l’avait tout simplement chargé de savoir si ce dernier avait quelque chose à se reprocher.

Élie Ghabache et Suzanne el-Hajj sont accusés par le parquet d’avoir dénoncé M. Itani auprès de la direction générale de la Sécurité de l’État au moyen de documents falsifiés selon lesquels le dramaturge aurait commis des actes criminels, alors qu’ils le savaient innocent. Le comédien avait été arrêté le 23 novembre 2017 pour collaboration avec Israël. M. Itani avait avoué les faits puis s’était rétracté, soutenant que ses aveux avaient été extorqués par la force. Il a été relâché quatre mois plus tard, le 13 mars 2018.

Mme Hajj a été arrêtée le 2 mars 2018, suivie par M. Ghabache, pour « fabrication de fausses preuves » contre Ziad Itani ainsi qu’en raison de « piratages et cyberattaques visant des sites de ministères, de services de sécurité et de banques libanaises, et d’autres sites au Liban et à l’étranger ». La colonelle Hajj était représentée hier par ses avocats Rachid Derbas, Marc Hobeika et son époux, Ziad Hobeiche. M. Ghabache était représenté par Me Antoine Douaihy.


(Pour mémoire : Affaire Suzanne el-Hajj : Itani affirme avoir été battu lors de son interrogatoire)


« J’ai su qu’elle allait me contacter »

Selon les aveux de M. Ghabache, sa collaboration avec Suzanne el-Hajj a commencé en 2015, après qu’il a été arrêté pour avoir piraté de son propre chef le site de la banque SGBL, dans le but de venger la mort de Georges Rif, poignardé à mort à Achrafieh par Tarek Yatim. Après avoir écopé de deux mois de prison, M. Ghabache a été contacté par Mme Hajj qui lui a proposé de travailler pour le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques. Il aurait alors été officiellement engagé comme agent d’entretien et touchait entre 800 000 et 900 000 LL par mois selon ses dires, alors qu’il effectuait en réalité un travail de piratage.

« La colonelle Hajj me demandait de pirater des sites web ou de m’enquérir sur des comptes sur les réseaux sociaux (…). Quand on emploie un pirate informatique, ce n’est pas pour faire un travail normal », a-t-il dit. Parmi les missions dont elle l’aurait chargé figure le piratage d’un site d’information qui avait critiqué le travail du bureau de lutte contre la cybercriminalité ou la surveillance de comptes appartenant à des membres présumés de Daech.

« J’ai travaillé avec Mme Hajj pendant 6 mois, puis j’ai eu une offre de travail bien payée dans une société privée et le contact entre nous s’est arrêté (…). Lorsque la colonelle Hajj a été démise de ses fonctions, j’ai su qu’elle allait me contacter, à cause de son esprit revanchard (…). J’étais son joker, en tant que pirate informatique », a confié Élie Ghabache.

Suzanne el-Hajj avait perdu son poste fin 2017, à cause d’un « like » apposé sur Twitter sur une publication critiquant les femmes saoudiennes et qui avait fait l’objet d’une capture d’écran diffusée par le journaliste Ziad Itani. Mme Hajj aurait confondu le comédien avec son homonyme journaliste, qui avait publié la capture d’écran sur son site Ayoub News, avant de la faire parvenir aux services de renseignements des FSI.

Après avoir été remerciée, la colonelle Hajj aurait chargé le pirate informatique d’attaquer les sites web de certains ministères et municipalités « afin de faire croire que la cybercriminalité a flambé après son départ, mais ça n’a pas eu l’effet escompté ». M. Ghabache affirme avoir effectué ce travail gratuitement, « pour faire une faveur » à Mme Hajj. « En 2015, lorsqu’elle m’a embauché, je n’avais pas le sou », a-t-il dit. Il se chargera de faire passer sur certains de ces sites et à la demande de Mme Hajj des messages négatifs concernant le ministre sortant de l’Intérieur, Nouhad Machnouk.


(Pour mémoire : HRW révèle les détails des allégations de tortures subies par Ziad Itani)


« Elle voulait que Ziad Itani soit humilié »

Toujours selon M. Ghabache, la colonelle Hajj l’aurait ensuite chargé de collecter des informations sur Radwan Mourtada, journaliste au quotidien al-Akhbar, et sur le comédien Ziad Itani, lui demandant de voir s’il y avait des informations qui pourraient être utilisées contre eux. M. Ghabache dit avoir contacté la Sûreté de l’État pour laquelle il travaillait également en tant qu’informateur pour savoir s’il y avait des soupçons particuliers concernant ces deux personnes. Il apprendra que le journaliste Ziad Itani était soupçonné d’intelligence avec Israël mais qu’il n’y avait pas assez de preuves à ce sujet. C’est alors qu’il décide de se concentrer sur M. Itani, mais en s’acharnant sur son homonyme. M. Ghabache commence alors à écrire à M. Itani sur les réseaux sociaux à partir de faux comptes, sans toutefois clarifier si l’idée de monter des accusations de collaboration avec Israël était la sienne ou celle de Mme Hajj.

« Elle voulait que Ziad Itani soit humilié. Elle se disait qu’il serait poursuivi s’il avait des choses à se reprocher. Sinon, il serait au moins traîné devant les enquêteurs », a-t-il dit, insinuant que ni lui ni Mme Hajj ne pensaient que l’affaire Ziad Itani prendrait les proportions qu’elle a prises. « Je ne sais pas comment Ziad Itani a fini par avouer avoir réellement collaboré avec Israël », a dit le prévenu.

La colonelle Hajj a assisté à l’intégralité de la séance, sans toutefois être invitée à prendre la parole. Elle devrait être entendue lors de la prochaine séance, prévue pour le 7 février, afin de donner sa version des faits.



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commentaires (2)

Il y a quelques jours je lisais un commentaire sur la page d'un ami : Ce n'est pas la vie qui sépare les gens et qui les monte les uns contre les autres, mais plutôt LA JALOUSIE. On est en plein dedans.

Sarkis Serge Tateossian

12 h 06, le 26 janvier 2019

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Commentaires (2)

  • Il y a quelques jours je lisais un commentaire sur la page d'un ami : Ce n'est pas la vie qui sépare les gens et qui les monte les uns contre les autres, mais plutôt LA JALOUSIE. On est en plein dedans.

    Sarkis Serge Tateossian

    12 h 06, le 26 janvier 2019

  • Aux USA on en aurait fait un film qui serait devenu No 1 au box-office. Là, cette histoire risque de tourner au navet où tout le monde clame son innocence. Suite à la 2ème partie.

    Tina Chamoun

    08 h 12, le 26 janvier 2019

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