Nous apprenons de la bouche de notre ministre sortant des Affaires étrangères que le Liban a des leçons à donner, en termes d’économie, aux grandes capitales du monde (nommément Londres et Washington). « Nous devrions leur apprendre à gérer leur pays sans budget », a-t-il ajouté. Allons-y donc, puisque nous y sommes : comment gérer un pays sans budget ? C’est simple, on ne le gère pas, on le laisse aller. On continue à remâcher à l’intention du populo, s’en trouverait-il encore qui aient le sens de l’humour, des formules de cour de récréation : « Nous ne nous sommes pas disputés avec untel, nous n’avons pas de problème avec tel autre, nous nous félicitions de notre réconciliation avec un troisième, la formation du gouvernement ne tient qu’au bon vouloir d’un quatrième. » De bon vouloir, à l’évidence nul n’en a dans cette impasse qui semble parfaitement convenir à une classe politique sans vision et dont chaque membre ronronne avec satisfaction sur le siège qui lui est alloué, l’occuper étant l’unique mission dont il se considère investi. Fatigués, désabusés, inquiets pourtant, les gens, vous, moi, sont piégés dans ce drame : n’avoir personne sur qui compter, ni pour la bienveillance ni pour la compétence. En revanche, devinez quoi ? Ce sont eux qui comptent sur nous : « Le peuple libanais a un excellent sens de l’initiative », a souligné le ministre. Voilà qui le conforte dans son déni et lui permet d’affirmer en se poussant du col que « la situation économique n’est pas si mauvaise ».
Et maintenant, on fait quoi ? Pour la seconde année consécutive après le film de Ziad Doueiri, c’est le film de Nadine Labaki qui est nominé aux oscars, mais aussi aux césars. Nos couturiers font défiler en ce moment même leurs collections à Paris sous les ovations du monde. C’est un architecte libanais, Hashim Sarkis, qui dirigera ce printemps la Biennale d’architecture de Venise. Cela sans compter la foultitude de succès plus discrets enregistrés par tant de jeunes architectes, designers, stylistes, musiciens, juristes, financiers, médecins, ingénieurs, auteurs, artistes, scientifiques, étudiants et autres, tous libanais disséminés sur la surface du globe. Tous font la fierté de ce pays tête d’épingle, à peine repérable sur une mappemonde. Mais à l’intérieur ? Nous de l’intérieur, privés de perspectives, ne serait-ce que celle, élémentaire, d’un nouveau gouvernement ?
Il faudrait être une autruche pour ne pas voir l’effondrement social et économique en cette « terre d’initiatives », ne serait-ce qu’à travers la situation des personnes âgées qui ont travaillé et servi toute leur vie pour des pensions dérisoires à pleurer. Ceux dont l’autonomie est réduite doivent presque s’excuser de vivre en l’absence d’institutions publiques décentes et abordables. Le Liban fonctionne comme un club privé où seuls les riches et les bien-portants ont droit de séjour, et à la porte duquel les chefs des grandes formations politiques jouent les videurs. Les « initiatives », privées s’entend, à l’adresse des plus fragiles, cela s’appelle la charité, Mesdames et Messieurs du pouvoir. Soyez tous honnis pour avoir dépouillé les Libanais de leur dignité. Et pour citer une dernière fois le ministre sortant des Affaires étrangères, oui, « le Liban est une petite économie », pas bien compliquée à redresser, n’était le sabotage et le vol systématique dont elle fait les frais.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Davos, c'est 68 mille dollars pour assister à des conférences publiques. Pour pouvoir se réunir derrières des portes fermées avec des homologues ou des capitaines de l'économie mondiale c'est USD 115'000.- ! (sans parler du billet pour la Suisse et les transports vers Davos. J'espère qu'il était invité
19 h 14, le 24 janvier 2019