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Économie

Le Qatar veut investir un demi-milliard de dollars dans la dette libanaise

Finance

L’annonce officielle des autorités qataries permet au Liban de boucler le sommet économique arabe sur une note positive.

22/01/2019

Moins de 24 heures après la fin du 4e sommet économique arabe qui s’est tenu ce week-end à Beyrouth et au cours duquel l’émir qatari cheikh Tamim ben Hamad al-Thani a fait une entrée aussi brève que remarquée, Doha a annoncé hier son intention d’acheter des titres de dettes en devises émis par le gouvernement libanais (eurobonds) pour une valeur de 500 millions de dollars. La décision, rapportée par le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammad ben Abderrahmane al-Thani, a été relayée par l’agence de presse officielle QNA. Elle a été prise suite à une rencontre hier entre l’émir et le président libanais Michel Aoun, selon le ministre qatari.

Si le riche émirat gazier n’a pour l’instant pas fourni plus de détails sur l’opération, le conseiller économique du Courant patriotique libre (le parti du président Aoun), Charbel Cordahi, a pour sa part indiqué à L’Orient-Le Jour que « les achats d’eurobonds par le Qatar se feront certainement au fur et à mesure sur le marché secondaire ». Il estime que cela « prendra du temps, car l’offre ne sera pas très importante maintenant que les cours ont augmenté ». Il a également assuré qu’aucune nouvelle émission de titres de dettes en devises n’était prévue. Contacté par L’Orient-Le Jour, le ministère des Finances n’a pas réagi.


(Lire aussi : Sommet économique arabe : deux annonces et un cafouillage)


Intentions
L’annonce qatarie est une bonne nouvelle pour le Liban à plusieurs niveaux. Elle permet tout d’abord aux autorités du pays de tourner la page d’un sommet économique arabe en demi-teinte sur une note positive. Outre le fait que peu de chefs d’État de la Ligue arabe aient fait le déplacement, l’ambiance de ce rassemblement avait été perturbée par la rumeur, finalement démentie, que le Qatar avait décidé de couvrir les frais d’organisation du sommet (10 millions de dollars), mais surtout d’effectuer un dépôt à terme d’un milliard de dollars à la Banque du Liban.

Interrogé par L’Orient-Le Jour, le ministre sortant des Affaires étrangères et des Émigrés, Gebran Bassil, avait affirmé lors de la conférence de presse de clôture du sommet qu’il s’agissait « d’une rumeur que l’on a fait circuler avant même l’arrivée de l’émir » afin de plomber le bilan de la manifestation. « Le fait que Doha annonce (hier) son intention d’acheter pour un demi-milliard de dollars d’obligations en devises émises par le Liban peu de temps après que cette rumeur eut été démentie peut laisser supposer que ses représentants étaient venus à Beyrouth avec certaines intentions », estime le président du conseil économique et social des Kataëb, Jean Tawilé.

La décision qatarie va également donner un peu d’air au Liban dont la situation financière est scrutée avec une certaine fébrilité par les investisseurs. Le pays, dont le ratio dette/PIB est un des plus élevés du monde, cumule une dette de 83,6 milliards de dollars à fin novembre (+5 % en un an), entre autres motifs d’inquiétude. Pour ne rien arranger, les cours des eurobonds libanais, déjà à la peine en 2018, ont subi de plein fouet l’onde de choc provoquée par la publication d’un article du quotidien al-Akhbar le 10 janvier qui, citant le ministre sortant des Finances Ali Hassan Khalil, avait évoqué une imminente restructuration de la dette du pays. Le ministre, ainsi que plusieurs responsables dont le président de la République, étaient alors montés au créneau pour réfuter ce scénario.



Hausse des eurobonds
« L’annonce du Qatar a provoqué une hausse des cours des eurobonds, suite à l’augmentation de la demande », note Charbel Cordahi. « Les taux de rendement ont donc baissé, ce qui est très positif pour l’État. Cela signifie que son coût d’endettement baisse. Cela aura aussi un impact positif à moyen terme. Le fait que le Qatar, qui est noté AA, souscrive à ces eurobonds prouve que la situation monétaire est stable et qu’il n’y a pas de crise de liquidités », ajoute-t-il. Jean Tawilé souligne de son côté que la décision qatarie a notamment eu un impact sur les titres à court terme.

« Le rendement des eurobonds arrivant à échéance en novembre est de 9,75 %, contre environ 13 % après l’annonce de Khalil. Ceux sur dix ans (2028) sont restés au même niveau, soit 10,75 %, parce que le profil de la dette libanaise n’a pas été modifié et que le pays doit toujours lancer d’importantes réformes, notamment pour assainir ses finances publiques », note-t-il.

Il reste que l’amélioration de la confiance des investisseurs s’est retranscrite dans l’évolution des prix des Credit Default Swap (CDS), qui permettent de se couvrir contre le défaut de paiement de l’État. Ceux sur cinq ans étaient à 850 points de base hier, un niveau encore supérieur à celui qu’ils affichaient avant la sortie de Khalil sur la restructuration de la dette (750). Il n’y a pas eu en outre de transactions sur les CDS à court terme parce qu’il n’y a pas de crainte que le Liban ne soit pas capable d’honorer ses échéances pour 2019.

Enfin, l’injection de 500 millions de dollars d’argent frais dans les titres de dettes libanaises va « soulager un peu » le secteur bancaire et la Banque du Liban qui sont les principaux détenteurs de la dette libanaise, relève encore Jean Tawilé. « Cela va mécaniquement améliorer la balance des paiements (qui a enregistré un déficit cumulé de 4,08 milliards de dollars à fin novembre) et libérer des liquidités sur le marché local », conclut-il.


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Sarkis Serge Tateossian

On continue à jouer avec le feu...
Tout notre système social, economique, politique est en jeu et au bord du précipice à cause de nos bêtises et divisions...

Nous sommes officiellement 18 communautés qui composent notre beau et cher Liban. Nous sommes condamnés à vivre ensemble pour toujous, un destin commun nous unit.

Y'a-t-il une communauté supérieure aux autres ?
Doit-on penser pouvoir exercer une hégémonie sur les autres sans créer un chaos et un désordre généralisé ?

Une telle attitude ne générera pas parmi les autres communautés de nouvelles alliances contre un tel ordre imposé ?

Quel Liban Nous voulons ? Celui de l'entente et le bien-être de tous ou les incompréhensions éternelles ?

Tendons nous tous la main pour créer une dynamique nationale de fraternité d'entente et de confiance mutuelle.

Cessons de se donner des leçons continuellement..

L'intérêt du Liban seul, nous sortira de nos difficultés toutes.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

D,UN COTE NOUS NOUS EXALTONS POUR UN INVESTISSEMENT D,UN DEMI MILLIARD DE DOLLARS ET DE L,AUTRE, PAR NOS BETISES, NOUS PERDONS LES PRESQUE DOUZE MILLIARDS DE DONS ET D,INVESTISSEMENTS DE LA CEDRE...
PLUS D,ABRUTISSEMENT ET DE BETISE ?

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