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Répression des manifestations en France : la colère monte contre la police

Contestation

En cause en particulier, les lanceurs de balles de défense (LBD) qui projettent des balles de 40 mm de diamètre jusqu'à 50 mètres de distance et ont causé de graves blessures à la tête et aux yeux.

OLJ/Gregory DANEL et Emmanuel DUPARCQ/AFP
18/01/2019

"Gilets jaunes" éborgnés, mâchoires fracassées, coma... L'accumulation de blessures graves depuis deux mois lors de la répression des manifestations nourrit la colère et le ressentiment contre le gouvernement français et la police, contrainte d'appeler ses membres à davantage de prudence.

En cause en particulier, les lanceurs de balles de défense (LBD) qui projettent des balles de 40 mm de diamètre jusqu'à 50 mètres de distance et ont causé de graves blessures à la tête et aux yeux - une quinzaine de personnes ont perdu un œil depuis le début du mouvement social contre la politique fiscale d'Emmanuel Macron.



Pour cette raison, le défenseur des droits Jacques Toubon - autorité administrative indépendante chargée de défendre les droits des citoyens - en a réclamé jeudi la suspension.

Dans le centre de Bordeaux (sud-ouest), deux manifestants "gilets jaunes" ont vu leur vie basculer presque au même endroit à cinq semaines d'écart. Mi-décembre, Jean-Marc Michaud, un horticulteur quadragénaire, a eu le côté droit du visage défoncé par une de ces balles de caoutchouc semi-rigides projetées à plus de 300 km/h qui lui a emporté l’œil droit.



(Lire aussi : Vif émoi après le succès d’une collecte pour le « boxeur des gendarmes »)



Samedi, Olivier Béziade, un pompier volontaire de Bordeaux, père de trois enfants, a été atteint à la tempe : il est hospitalisé depuis, inconscient. Selon une source policière, au moins cinq personnes ont été gravement blessées pour la seule journée du 12 janvier, "vraisemblablement" victimes de LBD.

Le gouvernement déplore près de 2.000 blessés en deux mois côté manifestants et 1.000 chez les forces de l'ordre, sans plus de précisions. Mais en face, des sources s'alarment de "mutilations en série", inédites à ce rythme depuis des décennies en France.

Un collectif militant, "Désarmons-les", et un journaliste indépendant, David Dufresne, ont recensé près d'une centaine de blessés graves, principalement par des tirs de LBD, dont une quinzaine ont perdu un œil.

"La France est à peu près le seul pays à utiliser les LBD en maintien de l'ordre, hormis deux Länder en Allemagne et la Guardia civil en Espagne, avec les effets terribles que l'on sait, inacceptables en démocratie", affirme Olivier Fillieule, spécialiste du maintien de l'ordre et chercheur à l'Université de Lausanne (Suisse). "Le LBD est une arme de guerre si on tire à bout portant et d'une imprécision fatale si on l'utilise à distance, dangereuse et inutile", insiste-t-il. "Normalement son usage est très strictement encadré. Or utilisé par des forces de maintien de l'ordre spécialisées ou par des policiers sans aucune compétence en la matière, c'est un usage débridé et non encadré que l'on constate".



(Lire aussi : France : le boxeur de gendarmes placé en détention provisoire)



"L'arme qui fait peur"
Selon les manuels d'instruction, les forces de l'ordre ne doivent y recourir qu'"en cas d'absolue nécessité" et "de manière strictement proportionnée", ne pas tirer au dessus des épaules, ni à moins de dix mètres de la cible. Mais ces règles sont loin d'être toujours respectées et les vidéos qui inondent les réseaux sociaux nourrissent la colère.

Le gouvernement reste cependant derrière ses forces de l'ordre. "Je n'ai jamais vu un policier ou un gendarme attaquer un manifestant", affirmait cette semaine le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Un déni qui "ne fait qu'attiser la colère", regrette David Dufresne.

Le patron de la police nationale, Éric Morvan, a toutefois rappelé cette semaine dans une note à ses troupes que l'utilisation du LBD devait être proportionnée et que "le tireur ne doit viser exclusivement que le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs".

Depuis le début du mouvement, la "police des polices" (IGPN), a reçu plus de 200 signalements de violences policières. Ces dernières années, seule une poignée de policiers ont écopé de prison - avec sursis - pour des tirs de LBD jugés abusifs.

"On se prend des bouteilles en verre, des parpaings, de l'acide, des boulons. Le LBD, c'est +l'arme+ qui fait peur. Si on nous les retire, plus aucun collègue ne voudra aller sur les manifs", estime un responsable policier. Mais "lorsqu'il y a une pagaille pas possible, tu ne peux pas l'utiliser sans risque de dégâts collatéraux", admet un autre, rompu au maintien de l'ordre.



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Talaat Dominique

Heureusement , qu'il y a pas de mort parmi les gilets jaunes !
car autrement le 1er décembre aurait été un jour "calme"
nous nous vengerons

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