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Liban

Que peut-on espérer de la rencontre de Bkerké ?

Communautés

Les pôles maronites sont partagés entre enthousiasme et scepticisme.

Claude ASSAF | OLJ
15/01/2019

Le malaise dont a souffert le patriarche maronite Mgr Béchara Raï dimanche n’a pas altéré sa détermination à maintenir la date de la réunion prévue demain à 10h à Bkerké avec les ministres et députés maronites. C’est que le vide gouvernemental, la situation économique déplorable, l’attitude de blocage manifestée par le tandem chiite (Hezbollah-Amal) à l’égard du chef de l’État Michel Aoun, le danger du changement de l’identité libanaise, bref, la santé du pays, semblent représenter pour Mgr Raï une priorité plus importante que sa propre santé.

La rencontre qui intervient quelques jours avant le départ (le 21 janvier) du patriarche aux États-Unis a pour objectif, selon les termes propres du communiqué publié par le patriarcat maronite, de « discuter du rôle que les maronites peuvent jouer face à la situation générale au Liban et dans la région, et aux répercussions de cette situation sur les plans politique, économique et social, mais également (d’) examiner les initiatives à prendre pour la sauvegarde de l’État libanais ».

À la question de savoir si les solutions recherchées ont des chances d’être trouvées, une source proche de Bkerké affirme qu’en tout état de cause, le patriarche ne pouvait rester les bras croisés face à la crise d’identité que vit le Liban. Pour cette source, le patriarcat maronite a une responsabilité fondamentale et historique au plan national, et c’est dans cette optique qu’il a pris l’initiative d’amener les maronites à s’exprimer entre eux et face à tous les Libanais. La source estime que de toute manière, la situation ne saurait être pire après la tenue de la réunion, vu l’impasse dans laquelle s’est engouffré le pays.


(Lire aussi : Gouvernement : le concept de « président fort » mis à rude épreuve)


Tous présents
Il semble que les parties conviées seront toutes représentées, même si elles se partagent entre enthousiasme et scepticisme.

Du côté des Forces libanaises, on se félicite de la démarche patriarcale. Si Samir Geagea et son épouse Sethrida, députée de Becharré, ne peuvent participer à l’événement pour cause d’un voyage qui a été prévu avant que la date du 16 janvier ne soit fixée, tous les députés FL seront par contre présents, affirme un cadre du parti à L’Orient-Le Jour. « Nous partageons les craintes exprimées par Mgr Raï autour du retard dans la formation du cabinet et de la crise socio-économique, mais aussi quant aux pratiques tendant à changer la Constitution », souligne-t-il. « À travers cette rencontre, nous voulons affirmer notre attachement aux constantes nationales, notamment aux libertés, au partenariat, à la souveraineté et aux intérêts des gens, d’autant que ces questions préoccupent non seulement les chrétiens, mais aussi les Libanais dans leur ensemble », ajoute le cadre partisan.

Quant au CPL, « la présence de Gebran Bassil en tant que député, chef de groupe parlementaire et chef de parti politique a été confirmée », déclare à L’OLJ un responsable du parti, qui se réjouit de « l’appel du patriarche aux maronites pour leur demander de donner lecture de la situation dans le pays ». Nous sommes concernés par toute réunion qui a une portée nationale », affirme le responsable, considérant que « si la réunion de Bkerké a un cachet confessionnel maronite, elle porte néanmoins sur des questions à caractère national ».

Pour ce qui est des Marada, des sources proches du parti affirment qu’ils seront certes représentés. Les relations avec le patriarcat maronite sont solides, et le chef des Marada, Sleiman Frangié, ne penserait jamais décliner un appel venant du patriarche pour qui il voue du respect et de la considération. Les représentants du parti assisteront donc à la rencontre avec un esprit positif et ouvert, bien que, déplorent-ils, l’invitation comporte des thèmes « à caractère général », dont les contours « ne sont pas bien déterminés ».

Un avis que partage un cadre du parti Kataëb, qui critique le fait qu’aucun ordre du jour n’est inscrit à cette séance. « Discutera-t-on par exemple des armes du Hezbollah ? » se demande-t-il. Il affirme ne pas être très convaincu par cette rencontre qui, à ses yeux, constitue plutôt un danger, vu le cloisonnement communautaire qu’elle implique. Député du même parti, Élias Hankache est plus nuancé. Il s’affiche favorable à la rencontre, souhaitant toutefois qu’à l’avenir, celle-ci s’étende à l’échelle nationale. Le député se demande néanmoins « si la réunion de demain sera réellement productive, vu le grand nombre prévu de participants. Peut-être aurait-il mieux valu que seuls les représentants des partis soient convoqués », ajoute-t-il dans ce cadre, sans manquer de rappeler que son parti « propose un dialogue profond entre les chefs des groupes parlementaires au sein de l’hémicycle ».


(Lire aussi : Les politiques régionales et les ambitions internes à l’origine de l’instabilité politique, affirme Aoun)

Trois légitimités
Tout en partageant les appréhensions politiques exprimées par Mgr Béchara Raï, le Rassemblement de Saydet el-Jabal présidé par Farès Souhaid a exprimé hier son « opposition à l’égard de toute concertation de forme confessionnelle ou religieuse ». « Nous appelons à définir les priorités nationales des maronites, qui ne diffèrent pas des priorités des autres Libanais », peut-on lire dans un communiqué publié par le rassemblement à l’issue de sa réunion hebdomadaire. « Il s’agit de trois légitimités, en l’occurrence la légitimité libanaise représentée par la Constitution et l’accord de Taëf, la légitimité arabe issue des décisions de la Ligue arabe, et la légitimité internationale basée sur l’application des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies (1559, 1701, 1757, 1680). » « Si les maronites et autres se conforment à ces légitimités, ils sauveront le pays, mais si la rencontre consultative maronite va se tenir en vue de soutenir les ambitions de tel ou tel, les maronites vont tomber, et avec eux le Liban », ajoute le communiqué.


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