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Les Émirats s’apprêtent à rouvrir leur ambassade à Damas

Éclairage

Les Arabes doivent être activement présents dans le processus de résolution politique du conflit syrien, affirme à « L’OLJ » un diplomate basé à Beyrouth.

20/12/2018
Acteur régional de poids, les Émirats arabes unis s’apprêtent à rouvrir prochainement leur ambassade à Damas, dans la première décision du genre d’un pays arabe du Golfe. Une source informée dans les milieux diplomatiques arabes affirme à L’Orient-Le Jour que « l’ambassade émiratie dans la capitale syrienne est en train d’être rénovée. Elle pourrait rouvrir d’ici à mars prochain ». En 2012, l’ambassade avait été attaquée et les Émirats, qui avaient accusé le régime syrien d’être derrière l’attaque, avaient fermé leur représentation.

Plusieurs médias proches du régime syrien ont annoncé depuis le mois dernier des négociations entre Damas et Abou Dhabi pour rouvrir l’ambassade émiratie en Syrie. Le nouvel ambassadeur russe en Syrie, qui vient d’être nommé par le président Vladimir Poutine, Alexander Efimov (ancien chef de la mission diplomatique russe à Abou Dhabi), avait affirmé cette semaine lors d’une interview au site russe RTonline, que les Émirats s’apprêtaient à rouvrir leur ambassade dans la capitale syrienne.

Selon la source diplomatique, « les Russes auraient demandé aux pays arabes, ainsi qu’à la France, de faire un geste envers le régime syrien. En retour, les deux parties pourront jouer un rôle dans les différents processus politiques issus des nombreux sommets et réunions consacrés à la Syrie, à l’instar d’Astana, Sotchi, Ankara et Genève ». Cette ouverture est également souhaitée par la Russie pour entamer la reconstruction de la Syrie, meurtrie par sept ans de guerre.

En effet, la bataille militaire semble être terminée, laissant la place à une bataille économique et diplomatique. Mais il est toutefois clair que le régime syrien et ses alliés russes et iraniens ne pourront pas gagner le volet économique. Ils ont besoin des Européens et des Arabes pour financer la reconstruction du pays.

Paris serait donc intéressé de revenir en Syrie, notamment pour faire participer les entreprises françaises au chantier de la reconstruction. Toutefois, « la France a dit qu’elle ne peut pas revenir en Syrie avant les Arabes. C’est pourquoi elle a demandé aux Émiratis d’aller en Syrie pour lui ouvrir la route », explique la source.


(Pour mémoire : Syrie : Riyad et Abou Dhabi tentent à nouveau d’entrer dans la danse)



Mamlouk en Arabie et en Égypte
Le revirement émirati a commencé à se dessiner quand Anwar Gargash, ministre d’État émirati des Affaires étrangères, a estimé que c’était une erreur de chasser la Syrie de la Ligue arabe. « Cela signifiait que nous n’avions aucun pouvoir politique, aucun canal ouvert. Nous ne pouvions pas présenter une vision arabe sur la manière dont la question syrienne devrait être résolue », avait-il déclaré au journal émirati The National, en juin dernier.Plusieurs canaux ont ainsi été ouverts entre la Syrie d’une part et plusieurs pays arabes d’autre part. « Ali Mamlouk, chef de la Sécurité nationale syrienne et l’un des hommes de confiance du président syrien Bachar el-Assad, s’est rendu il y a quatre mois en Égypte et en Arabie saoudite », affirme la source précitée à L’OLJ. Par ailleurs, selon le site d’information Arabi 21 lié au Qatar, hostile aux Émirats, Ali Mamlouk aurait également rencontré Mohammad al-Chamsi, chef du Renseignement émirati. « Lors de cette rencontre, les deux parties ont examiné les voies susceptibles de rétablir les relations diplomatiques », a révélé le site, citant des sources s’exprimant sous le sceau de l’anonymat.

La visite du président soudanais Omar el-Bachir à Damas la semaine dernière, la première d’un chef d’État arabe depuis la guerre, s’inscrit dans cette dynamique de rapprochement diplomatique entre Damas et plusieurs capitales arabes. Le leader soudanais aurait transmis un message des dirigeants émiratis et saoudiens à Bachar el-Assad. Lors de cette rencontre, le président syrien, allié de l’Iran, a souligné que son pays entendait conserver son « identité arabe » en dépit des tensions suscitées par le conflit syrien avec certains États comme l’Arabie saoudite. Rappelons que la Syrie a été suspendue de la Ligue arabe en novembre 2011, quelques mois après le début de la révolte dans ce pays. À l’exception d’Oman, les monarchies du Golfe ont par ailleurs fermé leurs missions diplomatiques à Damas.

Les développements récents montrent que les pays du Golfe tentent maintenant de se rapprocher avec le régime syrien. Le mois dernier, M. Assad a déclaré à un journal koweïtien que la Syrie avait conclu des « ententes majeures » avec des États arabes après des années d’hostilité.

« Un émissaire émirati devrait prochainement se rendre officiellement à Damas », selon la source informée dans les milieux diplomatiques arabes, interrogée par L’Orient-Le Jour.


Pourquoi maintenant ?
Ainsi, l’Arabie saoudite, les EAU, l’Égypte, Bahreïn et le Koweït estiment que le boycottage du régime syrien a été contre-productif et qu’il est désormais nécessaire de s’impliquer en Syrie pour contrebalancer le pouvoir croissant exercé par l’Iran et la Turquie sur la Syrie, un pays arabe. Dans cette optique, le rôle arabe dans la recherche d’une solution politique a été gravement limité par l’expulsion de la Syrie de la Ligue arabe. En conséquence, l’Iran, la Turquie et d’autres pays, comme la Russie, jouent un rôle de plus en plus important en Syrie.

« Les Émirats pensent que la crise syrienne est avant tout une crise arabe, un problème arabe et une catastrophe arabe. Ce n’est pas un problème russe, iranien ou américain. Quand on observe toutes ces réunions qui se font avec des participants turcs, iraniens, russes, ou autres, on ne voit jamais de participants arabes. Les Émirats veulent engager les Arabes dans la résolution de la crise syrienne. Les Émirats vont commencer et d’autres pays vont suivre », déclare ainsi à L’Orient-Le Jour un diplomate basé au Liban sous le couvert de l’anonymat.

Pourquoi maintenant ? Avec le lancement du chantier constitutionnel et de reconstruction, les Émiratis estiment que leur présence en Syrie sera plus efficace pour peser sur la suite des événements, notamment le processus politique. Ce rapprochement vise d’abord à contenir l’influence iranienne, une approche sur la même longueur d’onde que Washington, mais aussi celle de la Turquie et du Qatar, qui soutiennent les Frères musulmans, bête noire d’Abou Dhabi.

« On est d’accord que la crise syrienne doit être réglée d’une manière politique : il y aura une nouvelle Constitution et puis des élections. Qui va voter ? Il ne faut pas faire revenir ces gens pour voter ? Les Émirats voudront donc s’impliquer dans la reconstruction de la Syrie, afin de permettre aux millions de Syriens déplacés de revenir chez eux. C’est aussi le rôle des Arabes d’aider la population syrienne », estime ce diplomate. « Il n’est plus permis de laisser les Arabes de côté pour régler des problèmes qui les concernent », assène-t-il encore.



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