Les séries dramatiques syriennes : L’espoir au cœur d’une peine qui défie la guerre et la « menue monnaie » capitaliste

14/12/2018

 « Alors quoi ? Nous devons nous complaire dans notre peine ? Nous devons vivre, nous ne devons pas nous fâcher…. Tout ce qui vient de Dieu est bon ». C’est en ces termes que Wardé (dont le rôle a été joué par Carisse Bachar) réconforte sa voisine, Oum Abdo, avant d’éclater en sanglots. « Oum Abdo, je suffoque, je suffoque ». Wardé pleure les souffrances de la guerre syrienne dans la série dramatique « Ghadan Naltaki » (Demain nous nous retrouverons », une œuvre écrite par Ayad Aboul Chamate et Rami Hanna, mise en scène par ce dernier. Elle pleure son exode ; elle rit et pleure ; elle souffre et se rappelle la guerre ; elle aime sincèrement ; elle rougit et danse. Wardé est l’incarnation de cette peine gracieuse et de la souffrance auxquelles les Syriens sont confrontés à cause de la guerre. Ses yeux au regard sincère sont ceux d’une rêveuse, « amoureuse de l’amour ».

C’est ainsi que la série (2015) témoigne de la guerre, de ses tragédies et de ses répercussions. Dans chaque demeure à la porte de laquelle elle a frappé, la guerre syrienne a laissé derrière elle son lot de pertes, de mort, de souffrances, d’exode et de douleurs…

La production de drames télévisés a elle aussi eu sa part de la tragédie découlant de la guerre en Syrie. Elle en a été affectée partout où ses artisans se sont réfugiés, et s’est enlisée dans une sorte de torpeur qui perdure, en dépit de tentatives menées ici et là pour l’en tirer. Cette situation n’avait rien de surprenant et ne devrait pas nous pousser à dénoncer ou à proclamer la mort de cette industrie. Cette production a eu tout naturellement son lot de « la peine syrienne » et de l’épuisement de sept années de guerre. Elle mérite bien qu’on attende son retour, tout comme nous attendions ses séries, sans l’accabler par des jugements et sans « faire la leçon » à ses artistes, en espérant qu’elle se débarrassera de sa peine et du capital qui en profite.

En dépit de toutes les tragédies, rien n’attire les hommes d’affaires en Syrie et ailleurs que le capital et les moyens de l’investir. En définitive, la guerre –avec son lot de dislocation, d’exode et de destruction – s’avère être un espace dans lequel les hommes d’affaires peuvent compléter les œuvres de leurs prédécesseurs ou profiter du trébuchement de la production dramatique syrienne. Dans ce contexte, Ayad Aboul Chamate, acteur syrien et auteur des deux séries « Ghadan Naltaki » et « Tango » affirme que les décideurs dans le domaine de la production syrienne télévisée sont des gens qui n’ont rien à voir avec la profession et qui ignorent ses besoins réels. Cela n’a rien d’étonnant somme toute sur la scène où se déroule une bataille matérielle dont l’objectif est de contrôler un nouveau marché.

Les producteurs des drames syriens sont pour le moment des hommes d’affaires et des politiciens qui contrôlent les séries – donc d’office leur contenu – en tant que bien qui se vend et qui s’achète et qui est soumis aux caprices du marché et non de l’art. Ceci est assez courant dans chaque secteur de production, même artistique. En effet, au cours des dernières décennies du siècle passé, le secteur privé avait commencé à faire son entrée dans le domaine de la production dramatique télévisée. Les boîtes de production appartenaient à des amis ou à des proches du gouvernement syrien.

Ce qui est aujourd’hui différent, c’est qu’après les événements de 2011 et le départ d’un grand nombre d’acteurs, de réalisateurs, d’auteurs et même de producteurs vers des villes proches ou européennes, le nombre de petites ou de moyennes sociétés de production a augmenté, sous prétexte de vouloir tirer l’industrie des séries dramatiques télévisées de l’impasse et de la soutenir afin qu’elle retrouve son rayonnement d’antan. En contrepartie, de grandes sociétés de production ont dû mettre la clé sous la porte.

« Je suis à la base un homme d’affaires… La production de séries télévisées fait partie de mes domaines de compétence. Nous devons être présents sur le marché pour que la production de séries dramatiques syriennes retrouve son rayonnement ». C’est en ces termes que l’homme d’affaires, Rida el-Halabi se présente et explique son retour à cette production, à travers sa boîte, « Cut Art Production » qui a produit la série « Hawa Asfar » (Vent jaune). Produire des drames télévisés « fait partie de mes hobbies », ajoute M. Halabi au terme d’une conférence de presse au cours de laquelle il avait lancé « Hawa Asfar » qu’il n’avait cependant pas réussi à distribuer et à diffuser durant le mois de Ramadan dernier, en dépit de la présence d’acteurs libanais (Youssef el-Khal et Fady Ibrahim) aux côtés de Soulaf Fawakharji, Waël Charaf et Fady Sbeih.

Le lancement de nouvelles boîtes de production est devenu commun, mais sans qu’aucune ne réussisse à s’affirmer. C’est ainsi qu’est apparue la société « Imar el-Cham », fondée en 2016 sous la direction de Bassem Zeytoun, membre fondateur de deux compagnies d’ingénierie et d’immobilier et membre du conseil d’administration de la Banque internationale islamique de Syrie. Selon lui, cette boîte a été fondée pour restituer aux séries dramatiques syriennes leur « éclat ». La compagnie a ouvert sa propre chaîne, « Lana » (Les nôtres), sur laquelle elle a diffusé sa dernière série, « Al-Waq Waq » (du nom d’îles fictives) ainsi que d’autres. La chaîne appartient à un homme d’affaires syrien, Samer Faouz, qui a ses connaissances dans le monde politique et qui s’est introduit en force dans celui du commerce, à travers d’importantes acquisitions en Syrie et ailleurs.

La compagnie de production « Sama el-Fann international » a été fondée en 2012 par l’homme d’affaires et député Mohammad Hamcho, au cœur de plusieurs affaires politiques, sans qu’il ne soit proche du monde de la production de séries télévisées, que ce soit en tant que profession ou art. Mohammad Kabnad, directeur de la compagnie « Kabnad pour la production et la distribution artistique » (fondée en 2007) est à son tour un homme d’affaires et député au Parlement syrien. Une autre société, « Maestro pour la production artistique » a été fondée l’an dernier sous la direction de l’ingénieur Azzam Aliane (également au cœur d’affaires politiques), en plus de plusieurs autres, établies récemment, et dont la plupart n’ont pas plus d’une seule série à leur actif.

La majorité des boîtes de production de séries dramatiques syriennes, dont le nombre a sensiblement augmenté récemment, appartiennent donc à des hommes d’affaires et des politiciens, qui affirment publiquement vouloir « rétablir le rayonnement de cette industrie », alors qu’en fait ils n’escomptent que davantage de gains financiers et une consolidation de leur pouvoir politique personnel ou de celui du régime qu’ils suivent. « Les séries dramatiques sont en train d’être travaillées avec de la menue monnaie ». C’est ainsi qu’Aboul Chamate présente l’état actuel de cette industrie. En dehors de la Syrie, certaines boîtes œuvrent à travers leurs bureaux, soit à Beyrouth, soit aux Émirats arabes unis, à produire des séries destinées à être commercialisées à l’étranger.

Les séries dramatiques syriennes ont été épuisées durant le mois de Ramadan, tout comme la guerre les a épuisées, les plongeant davantage dans une spirale d’intérêts matériels (l’offre et la demande), et dans une sorte de course quantitative et non pas qualitative. Résultat : l’étau s’est resserré autour d’elles. Il est très dur d’avoir à accepter la condition imposée par un producteur qui veut qu’une série de trente épisodes soit filmée en 60 ou 70 jours, selon Aboul Chamate. Pour lui, cette condition « est préjudiciable à la production et à l’opération artistique dans son ensemble. Ce qui était valable avant 2010 pour les besoins de la concurrence, ne l’est plus aujourd’hui que difficilement, surtout que les choix qui s’offrent aux téléspectateurs se sont multipliés et que la majorité d’entre eux regardent aujourd’hui Netflix ».

Préparer rapidement des séries pour pouvoir se joindre à « la course du Ramadan » dévalorise l’œuvre artistique syrienne. La plupart de ces séries se retrouvent ainsi en dehors de cette course, quelques semaines avant le début du mois de jeûne, comme cela a été le cas pour « Hawa Asfar » et d’autres séries. Certaines ont été ajournées depuis l’an dernier, à l’instar de la série « Coma » ou encore de « Psycho », avec dans le rôle principal, Amal Arfa, également coproductrice de la série. Pris sous un angle strictement matériel, un mécanisme rapide de préparation de l’œuvre dramatique prévoit l’achat d’une histoire qui est produite avec le concours d’acteurs célèbres ou de figures « connues ». Sauf que le produit est le plus souvent mauvais au plan artistique.

Les chaînes de télévisées ont à leur tour exploité la crise dans laquelle les téléséries dramatiques sont tombées. Celles-ci se sont mises à poser des conditions pour accepter certaines séries ou refusaient de diffuser telle ou telle autre lorsqu’il s’agissait d’une œuvre syrienne à part entière. Si l’une d’elles acceptait la diffusion de séries syriennes, « elle disait préférer que les œuvres ne soient pas trop réalistes ou qu’elles n’abordent pas la guerre », comme l’explique Aboul Chamate. Ce dernier fait état ainsi de « tentatives d’ôter au contenu des œuvres dramatiques toute consistance » et d’une « entente apparemment implicite entre le marché et les chaînes de télévision, pour rejeter les œuvres sérieuses et requérir ce qui est de nature à divertir les téléspectateurs ». « C’est ce qui nous a été imposé, à nous qui travaillons dans ce métier. Soit nous réagissons favorablement aux demandes du marché, soit nous changeons de profession », ajoute-t-il.

La Syrie n’a pas un marché qui lui est propre pour les téléséries, ce qui fait qu’elle a besoin des chaînes de télévision étrangères. Sauf que la politique s’est tout naturellement greffée sur le problème de la diffusion de séries syriennes dans le monde arabe, surtout après la guerre. Les chaînes de télévision des pays du Golfe ont renoncé à les présenter. Une position qui est en fait une réponse politique au régime en Syrie. Ce n’est qu’aux Émirats arabes unis où les capitaux coulent à flots que la production et la diffusion ont été maintenues. Les stations de Dubaï et d’Abou Dhabi ont continué de présenter certaines œuvres syriennes. Elles en ont aussi produit quelques-unes, comme « Al-Mahlab » mais les séries produites dans les Émirats ne sont pas considérées comme étant syriennes. A titre d’exemple, la série, « Bintizar al-Yasmine » (en attendant le jasmin – 2015) produite par une équipe de travail exclusivement syrienne, a été nommée à un prix international en sa qualité de série émiratie (produite par la boîte Ebla).

Les possibilités de diffusion des téléséries dramatiques se sont réduites, compte-tenu des blocages au niveau de la production, de la distribution et de la présentation, mais le Liban était présent dans la majorité des séries conçues en dehors de la Syrie, que ce soit au niveau du tournage ou de la production. Des acteurs syriens ont participé à des productions libanaises, sans que, à titre d’exemple, l’auteur de « Tango » ne les considère comme des œuvres syriennes.

Au Liban, certains artistes syriens ont essayé d’exprimer leurs sentiments et leurs souffrances dues à la guerre et à l’exode à travers des pièces de théâtre et des œuvres musicales indépendantes par moments. Ce n’est pas le nombre de ces tentatives ou leurs détails qui importe, mais leur existence en elle-même.

Les acteurs syriens ont participé à de nombreuses séries libanaises, comme, entre autres, « Julia », « Tariq » (la route), et les deux parties d’« Al-Haybé », en plus d’autres, dont les héros étaient Abed Fahd, Taym Hassan, en plus d’autres. « Les circonstances dans lesquelles la production se déroule sont meilleures, que ce soit au niveau du nombre de jours consacrés au tournage ou des finances. Ces séries ont une meilleure chance de distribution et un taux d’audience plus élevé ». C’est en ces termes que l’auteur et producteur libanais de la série « Tango » (la société Eagle Films) désigne les productions communes, avant d’ajouter : « Elles manquent souvent de la profondeur que nous aurions pu obtenir si nous étions en train de produire des séries dramatiques syriennes dans de meilleures conditions… Avec les séries communes, nous nous contentons d’emballage ».

La situation des séries dramatiques libanaises n’est pas meilleure, sauf au niveau du capital consacré à la production. Malheureusement, tel est le pari gagnant aujourd’hui : ce qui importe les boîtes libanaises de production, c’est d’acheter les taux d’audience par le biais d’un texte et d’un jeu qui sont le plus souvent mauvais, et de tabler sur le suspense. Les séries dramatiques ne s’éloignent pas trop de la politique ou du problème des classes sociales ou des considérations capitalistes, comme c’est le cas en Syrie. Aussi, elles représentent une classe déterminée au Liban, dont la cause la plus importante serait le rapprochement religieux islamo-chrétien, mais sans le creuser. Les comédies ne sont pas meilleures. « L’intérêt est commun », estime Aboul Chamate. Les séries dramatiques communes (qui sont à ses yeux plus libanaises que syriennes) constituent une échappatoire pour l’artiste syrien qui veut préserver sa place dans ce domaine, « en attendant que les séries syriennes se reconstituent ». Ces œuvres communes ont contribué à améliorer les séries libanaises, que ce soit au niveau de l’émergence d’acteurs ayant des capacités artistiques élevées ou des histoires dont la trame est meilleure qu’avant. Elles resteront cependant « une solution temporaire ».

Aux yeux de son auteur, « Tango » (mis en scène par Rami Hanna), est « une série télévisée dont l’objectif fixé était de la placer en tête du classement des séries les plus regardées. Il ne s’agit pas d’une biographie et je ne peux pas la désigner comme étant un projet dramatique. Dans cette série, nous avons essayé d’être fidèles à la matière et de la monter d’une manière artistique acceptable ». Les producteurs s’éloignent des histoires de guerre, des souffrances des Syriens et de leur vie au quotidien. Ils empêchent les auteurs des séries dramatiques d’exprimer ce sur quoi ils ont tendance à écrire automatiquement du fait de la guerre et de leur quotidien empreint de chagrin et de souffrances. Tous ces sujets sont synonymes de « maux de tête » pour les producteurs, selon Aboul Chamate.

De nombreuses œuvres laissant transparaître « la peine syrienne » au travers de leurs épisodes sont restées dans l’ombre, mais certaines ont pu se montrer au grand jour. « Ghadan Naltaki » est certes la plus belle, au double plan artistique et du contenu. Il est normal que des efforts sincères de production débouchent sur une belle œuvre. L’auteur de « Ghadan Naltaki » décrit sa série comme étant « une volonté très personnelle d’exprimer notre réalité, en tant qu’individus. Nous avons entrepris un projet qui est à l’image de notre quotidien et dont nous vivons tous les détails, les conséquences, les sentiments et la douleur. Il s’agit d’un projet très personnel, destiné à nous autres Syriens. Je l’ai conçu comme un film cinématographique ». Telle est la différence entre les séries dramatiques syriennes et des séries communes libanaises dont le but est qu’elles soient suivies par le plus grand nombre de spectateurs, sans qu’elles n’abordent des causes ou des sujets d’actualité.

Parallèlement à tous ces problèmes, la plupart de ceux qui travaillent dans le domaine des séries télévisées montrent du doigt les auteurs contre qui ils formulent d’importants reproches. Au cours de débats organisés en Syrie par des acteurs comme Doreid Laham et Moustapha al-Khani (en 2017) avec le ministre de l’Information, et lors d’interviews avec des artistes syriens, la faiblesse des trames a été reprochée à la plupart des auteurs actuels.

La guerre n’impose pas de critères déterminés. Lorsqu’elle se déclare, tous les critères connus disparaissent. Les dégâts qu’elle engendre ouvrent grand la porte à plusieurs formes d’exploitation, conscientes ou innocentes. Tout comme les hommes d’affaires saisissent au vol des opportunités pour affirmer leur contrôle, plusieurs auteurs émergent et se taillent une place dans un monde au sein duquel les œuvres trébuchent et les auteurs chevronnés ne sont plus présents. Tout cela se produit alors même que le choc engendré par la guerre et ses conséquences n’a toujours pas été absorbé pour qu’on puisse pouvoir s’en remettre. De l’avis d’Aboul Chamate, la majorité des jeunes auteurs de séries dramatiques, présentent leurs œuvres sans connaissance préalable des éléments nécessaires à leur composition. Ils se contentent de lancer une idée pour une histoire. « A partir du moment où l’auteur apprend comment répartir ses pages, il s’attelle à l’écriture de la première scène. C’est ce qui a conduit les séries dramatiques syriennes au point où elles se trouvent aujourd’hui. Quant aux auteurs rodés aux techniques du métier, ils sont excusables », dit-il.

Les autres n’assumeront pas la plus grande part de responsabilité. L’action des auteurs en particulier n’a jamais été facile, même avant la guerre, de l’aveu même d’acteurs et d’auteurs dont certains continuent de soutenir jusqu’à aujourd’hui le gouvernement syrien. Ils estiment que l’auteur connaît les lignes rouges et essaie de ne pas les franchir. C’est ainsi qu’Aboul Chamate commente la situation des auteurs de séries en répétant que ces derniers « sont excusables ». « Ils évoluent au sein de limites étroitement contrôlées et doivent trouver l’équilibre entre une série d’équations au niveau de leur travail, à savoir satisfaire la chaîne de télévision du Golfe qui les engagent, leur conscience en tant qu’auteurs et leur désir artistique de présenter une œuvre de qualité, au moment où les producteurs leur demandent d’éviter les choix étriqués ou problématiques ».

Les pressions exercées que ce soit par le biais de la censure où des politiques sur les œuvres syriennes, n’ont jamais lâché prise durant et même avant la guerre. La plupart des séries sont soumises aux caprices de la censure ou des boîtes de production. Chaque série osée (voire la plupart d’entre elles) a sa propre histoire en filigrane et des intérêts politiques et matériels, mais avec une prédominance de la première.

Aujourd’hui, la situation n’a guère changé, à part que les œuvres sont davantage soumises à deux genres de pressions : celles du marché, qui occulte les souffrances des Syriens, d’autant qu’il les considère comme un bien qui ne fait pas l’objet d’une demande, et celles des nouveaux producteurs, ceux qui ont pu réunir un capital et acquérir le pouvoir nécessaire pour s’introduire dans un monde à travers lequel ils voient une nouvelle opportunité pour réaliser des gains et faire passer des messages, ici-et là, sauf qu’ils ne s’agit pas de messages dramatiques réalistes.

La guerre continue de laisser dans son sillage une traînée de chagrin dans les pays qui ont accueilli les réfugiés syriens et dans toutes les circonstances de l’exode. Mais ce chagrin ne va pas étouffer la volonté ardente manifestée pour sortir de la torpeur. La guerre, avec toute son amertume, reste la naissance de quelque chose de beau, d’une passion et d’une quête pour panser les blessures. Ces séries dramatiques ne vont pas s’arrêter, que ce soit pour moi, pour des téléspectateurs avides d’admirer une beauté triste, ou encore pour l’auteur de « Ghadan Naltaki ». Ce dernier assimile la torpeur des séries dramatiques, à une autoévaluation de cette industrie et de ses artisans. Il estime que son redressement est « juste une question de temps » et que la crise des séries dramatiques va prendre fin « parce que les talents sont nombreux et que des personnes ont encore la passion qu’il faut ». La solution pour les séries dramatiques interviendra lorsque les gens commenceront à s’interroger au sujet de cette solution, pour reprendre les termes de l’auteur. Cela devra s’accompagner de l’émergence d’un marché syrien qui mettra fin à la dépendance à la satisfaction de telle chaîne de télévision ou à la pitié de telle autre.

Nous attendrons – et c’est ce qui nous donne une raison de vivre parfois – que le temps passe et que les séries dramatiques syriennes soient de retour pour simuler la peine qu’elles ont expérimentée et la passion que la guerre recèle, dans des scripts qui vont immanquablement voir le jour. Notre attente inclut un espoir normal et deux rêves, l’un petit et l’autre grand : que les séries dramatiques syriennes sortent des couloirs étriqués et de leur souffrance pour retrouver leur parcours et qu’elles s’approprient le capital du système capitaliste pour œuvrer contre lui, c’est-à-dire pour donner libre cours à ce que leur passion et la tristesse de la guerre leur dictent, sans aucune soumission.


* Journaliste

Les articles, enquêtes, entrevues et autres, rapportés dans ce supplément n’expriment pas nécessairement l’avis du Programme des Nations Unies pour le développement, ni celui de L'Orient-Le Jour, et ne reflètent pas le point de vue du Pnud ou de L'Orient-Le Jour. Les auteurs des articles assument seuls la responsabilité de la teneur de leur contribution.




Syrian Serial Drama: There’s Hope in Sadness That Challenges War and the «Pennies» of Capitalism


«So you think we should just accept it and live in sorrow? I say we have to live, never be sad… All that God sends our way is good.» This is how Warde (played by Karis Bashar) tries to comfort her neighbor Um Abdo, before bursting into tears: «Um Abdo… she’s suffocating.» Warde is bemoaning the affliction of the Syrian war in the serial drama Ghadan naltaqi (Tomorrow We Meet), written by Iyad Abou Al Chamat and Rami Hanna and directed by Hanna. She is also bemoaning her displacement. She laughs, cries, suffers, remembers the war, experiences genuine love, is bashful and dances. Warde is that graceful sadness and the pain that Syrians encounter as a result of the war. She is the dreamy eyes of someone who genuinely «loves to love». Thus, the series (2015) depicted the war, its tragedies and its repercussions. The Syrian war has spared no home, leaving behind loss, death, suffering, displacement, pain…


Serial television drama has borne the brunt of part of the Syrian suffering as a result of the war. It has suffered wherever its makers have sought refuge. Syrian drama has been in a trough. That Syrian drama is in a period of stagnation is not surprising and we are not called upon as viewers to condemn this or declare its death. Serial drama has had its fair share of «Syrian sadness» and the weariness brought on by seven years of war. It has earned the right to make us wait for its return as we had previously waited for its series, without burdening it with our judgments and offering our unsolicited opinions to its artists. What we should do is hope that it rids itself of its sorrow and exploitative capital.

Despite all the suffering, most businessmen in Syria and abroad are driven only by capital and ways of investing it. At the end of the day, war – with its fragmentation, displacement and destruction – is a space where businessmen can pick up where predecessors left off or capitalize on the misfortune of Syrian drama. «Decisionmakers in Syrian drama are mostly people who know little about the profession and its true needs,» says Iyad Abou Al Chamat, Syrian actor and writer of Ghadan naltaqi and Tango. This is not surprising in a financial battlefield aimed at controlling a new market.

Those who are currently producing Syrian drama are businessmen and politicians who control the series industry – and hence its content – as a commodity to be sold and bought and subject to the whims of the market rather than that of art. This is true for all production sectors, even the arts. In the final decades of the 20th century, the private sector began to enter the domain of serial drama and the companies were owned by friends of the Syrian government or its inner circle.

The difference today is that following the 2011 events and the departure, whether voluntary or forced, of a large number of actors, directors, writers and even producers to nearby cities or European cities, the number of small and medium production companies has grown. This has happened under the banner of getting Syrian drama out of its predicament and bringing it back to its heyday. On the other hand, other large companies closed down.

«I’m basically a businessman... and the drama industry is one of the areas of my activity. We should be present on the market to restore the greatness of Syrian drama,» says the businessman Rida al Halabi about his return to Syrian drama production again through Cut Art Production, which produced the series Hawa Asfar (Yellow Air). Serial drama production is «one of my hobbies», said al Halabi after a press conference to announce the release of Hawa Asfar, which he failed to distribute and run last Ramadan despite casting many Lebanese actors (Yusuf al-Khal, Fady Ibrahim, etc) along with Sulaf Fawakherji, Wael Sharaf and Fadi Sbeih.

Establishing companies has become a commonplace practice without any of them achieving a steady course in this field. Imar al Sham is a company founded in 2016 by Basem Zaitoun, a founding member of two engineering and real estate companies and a board member of Syria International Islamic Bank. Zaitoun says that he founded the company to bring Syrian drama back to its heyday. The company launched its own channel, Lana (For Us), which aired the company’s latest series Al Waqwaq (Wakwak) and other series. The channel is owned by Syrian businessman Samer Fawz, who has political clout and who has made a strong entry into the business world with huge acquisitions in Syria and abroad.

Sama Art International, a production company, was founded in 2012 by businessman and member of the People’s Council Mohammad Hamsho, who appears in many political stories, without having anything to do with Syrian drama as a profession or an art form. Mohamed Kaband, director of Kaband for Art Production and Distribution (founded in 2007), is also a businessman and a member of the Syrian parliament. Maestro for Art Production was founded last year by the engineer Azzam Alian (no stranger to political stories either). There are many other companies established recently, with most of them with no more than one series under their belt.

So, most of Syria’s drama production companies, which have grown in number, are owned by businessmen and politicians who publicly claim to wish to bring Syrian drama back to its heyday. In reality, they seek to make financial profit and consolidate personal political influence or the influence of the regime they support. «Drama is made with pennies,» says Abu al Shamat about drama’s current situation. Outside of Syria, some companies operate either through offices in Beirut or the UAE to produce series for a marketing share outside.

Ramadan has drained Syrian drama just as the war has, and plunged it further into a spiral of financial interests (offer and demand) and in a race of quantity over quality, further tightening the noose. According to Abou Al Chamat, it is very difficult to require a producer to shoot a 30-episode series in 60 or 70 days. «This goes against the production and artistic process as a whole,» he says. «What worked pre-2010 is difficult to compete with today, as audiences have more options now and most of them watch Netflix.»

Churning out shows to make it in the «Ramadan race» undermines the value of Syrian artistic production. As a result, most works find themselves «out of the race» few weeks before Ramadan, as was the case with Hawa Asfar and other series. The release of some of them was postponed from last year, such as Coma or Psycho, starring Amal Arafa and co-produced by her. The drama production machine is financially oriented, buying a story and producing it with famous actors or «faces» and often releasing an artistically second-rate work.

This setback faced by serial drama was also exploited by television stations. These stations have set conditions on airing certain series and can refuse to run a series if it is fully a Syrian work. If a station does agree to run a Syrian series, «they prefer that it not to tackle reality or to deal with the circumstances of war,» according to Iyad Abou Al Chamat. «There’s an attempt to trivialize drama content,» he adds, «It's a tacit agreement between the market and the stations to refuse serious works and demand entertainment for people. This is what was imposed on us as workers in this profession: either respond to market demands or find another profession.»

Syria doesn’t have its own drama market, which gives rise to the need for foreign stations. Therefore, politics has a role in the problem of showing Syrian drama in the Arab world, especially after the war. Stations in the Gulf have given up Syrian drama as a political stance and response to the regime in Syria. Airing series and production have continued only in the UAE, where there is capital flow, and Dubai and Abu Dhabi stations have run Syrian works and sometimes produced them, such as the series Al-Muhallab. Yet, series produced there are not considered Syrian. For example, the series Bintithar al Yasameen (Waiting for Jasmine) (2015), made by an exclusively Syrian team, was nominated for an international award as an Emirati series (produced by Ebla International).

There are less opportunities for showing serial drama and they are now besieged in terms of production, distribution and airing. Of the drama series that were released outside of Syria, Lebanon was present in most of them, either in terms of filming or production, with Syrian actors participating in series of Lebanese production, without being considered by the author of Tango as Syrian drama.

In Lebanon, Syrian artists tried to express their feelings, suffering, and the pain of war and displacement through largely independent musical and theatrical works. The quantity and artistic details of such attempts is not what matters, but rather their very existence.

Syrian actors take part in several Lebanese series. There are Julia, Tareeq (A Road) and Al hayba in two parts, in addition to previous series starring Abed Fahd and Taim Hassan, among others. «The production situation is better, in terms of the number of days of filming or financial possibilities, and has better distribution opportunities and higher ratings,» says the writer of Lebanese production Tango (Eagle Films). «It often lacks the depth that we could get if we produced a Syrian drama in a better situation... In a joint drama [production], we stick to setting.»

Lebanese drama is no better than Syrian drama except in terms of production capital. Unfortunately, this has the upper hand in today’s market. What matters to Lebanese production companies is buying viewership with often poor scripts and acting in series driven by suspense. Drama is embroiled in politics, classes and capitalism considerations, as is the case in Syria, representing a certain class in Lebanon. The biggest issue it tackles is religious rapprochement between Christians and Muslims, albeit without going into detail. Comedy series are no better.

According to Abou Al Chamat, «there’s joint interest». Joint drama series (which in his view is better referred to as Lebanese) are an outlet for Syrian artists who want to maintain their place in drama, «until Syrian drama is back in order». Yet this participation contributed to improving Lebanese drama, in terms of gaining actors with high artistic skills and in terms of stories with better plots than what was available before. But joint works are only a «temporary solution».

According to the writer, Tango (directed by Rami Hanna) is «a television series that aimed to achieve high viewership». «Tango is an impersonal story and I wouldn’t call it a drama project,» he continues, «It is a series where we tried to be faithful to the content and make it to an acceptable artistic level.» Producers turn down stories of war and suffering of the Syrians and their daily lives, thus keeping serial drama makers from expressing what they are inclined to write about as a result of the war and their daily lives and the concomitant sadness and suffering. These themes are a ‘headache’ for all producers, according to Abou Al Chamat.

Many works bearing «Syrian sorrow» within their episodes did not see the light, but some of them aired, the most beautiful of which in terms of art and content is Ghadan Naltaqi. Naturally a beautiful work would come out from an earnest endeavor. «It was a very personal desire to express our reality as a people,» says the series writer, «We took on a project that we were experiencing, in its details, repercussions, feelings and pain. It was a very personal project for us and for Syrians… so I treated it as cinematic film.» This is the difference between Syrian drama and joint Lebanese drama that aims for large viewership without tackling a realistic issue or story.

The other side of the problem is that most drama professionals place a lot of blame on writers. At seminars in Syria held by actors such as Duraid Lahham and Mustafa el Khani (2017) with the Minister of Information, in addition to interviews with Syrian artists, most current writers are blamed for offering weak stories.

War does not impose certain standards, but rather all standards disappear and the field is open for exploitation, whether consciously or naively. Just like businessmen who seize the opportunity to exert control, a large number of writers rise to claim their place to a backdrop of insipid texts and the absence of old writers. This is happening during a war trauma whose results have yet to be dealt with before expecting recovery. According to Abou Al Chamat, most young drama writers present their works without having knowledge of how they should be written and stop at having an idea for a story. «When a writer learns how to divide the page, he immediately starts writing the first scene,» says Abou Al Chamat, «This is what has led Syrian drama to the place where we are today. Whereas the writers who know the techniques of the profession should be excused.»

The other writers will not bear the bulk of the responsibility. The work of writers in particular was not easy even before the war years, and this is recognized by actors and writers, some of whom still support the Syrian government. They believe that writers know the red lines and try not to overstep them. «Writers are excused. They walk a tight rope in terms of censorship and have to balance a set of formulas to please Gulf stations, their conscience as writers and their artistic desire to create good quality works,» says Abou Al Chamat. «While producers ask that they not choose narrow or problematic options; what producers care about is distribution.»

Censorship and political pressure have not loosened their grip on Syrian works during the war, nor had they done so before the war. Most series are subject to the whims of censorship authorities or those of production companies, and each bold series (or most series) has a story in the background and political and financial interests, with greater dominance of the former. Today, the situation is no different, except in the fact that it is subject to market pressures that push them away from the suffering of the Syrians, and therefore consider them a commodity with no demand. There is also the pressures of the new producers, those who have amassed capital and power to enter a world where they see a new opportunity for profit and convey various messages – not realistic drama messages.

The war is still leaving behind sorrow in the countries of displacement and in all the circumstances that the Syrians are experiencing. But this sadness will not sap drama of the passion to get back to its feet. The war and its tragedy are the birth of something beautiful, and the desire and pursuit of healing.

Drama will not end for me or for fans who look forward to watching the «beautiful sadness» in the future nor for the writer of Ghadan Naltaqi. He sees that the adversity of drama as a period of introspection for the industry and its makers, that its recovery is «only a matter of time», and that the crisis it is facing will come to an end «because there is much talent, there are people with passion, there’s a strong foundation». The solution to this drama crisis will come when people begin to wonder about the solution, according to the writer, and this is accompanied by the creation of a Syrian market that is not dependent on pleasing a station or the pity of another.

We will wait, and that is what we live for sometimes. We will wait for time to go by and then Syrian drama will reflect its sadness and passion that the war hides in texts that are sure to come. In our waiting, there’s the usual hope and dreams small and big: for drama to lift from the narrow corridors and its suffering what would comfort its path, and to take from the capitalist system and its capital to work against it, i.e. unleash its passion and war sorrow in defiance.


* Journalist


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