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Beyrouth

Égouts de Ramlet el-Baïda : réunion houleuse à la commission parlementaire des TP

Bien qu’aucun responsable du désastre de l’inondation n’ait été nommément cité, le député Nazih Najm a insisté sur l’enquête judiciaire, démentant toute velléité d’« étouffer l’affaire ».

La réunion de la commission, hier, Place de l'Etoile. Photo Lebanese Parliament/Flickr

La réunion hier de la commission parlementaire des Travaux publics consacrée à l’affaire de l’inondation des égouts de Ramlet el-Baïda, survenue le 16 novembre dernier, a rassemblé une grande partie des responsables concernés par ce scandale, dû à l’origine à l’obstruction d’un égout principal à l’aide de béton brut pour empêcher le rejet d’eau sale près d’un complexe touristique controversé sur la plage, l’Eden Bay.

Hier, la réunion de plus de trois heures a rassemblé le ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk, les représentants des ministères des Travaux publics, de l’Environnement et de l’Énergie, les députés de la capitale, le président du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) Nabil el-Jisr, le mohafez et le président du conseil municipal de Beyrouth, le président de la Fédération des municipalités de la banlieue sud, le président du conseil municipal de Ghobeyri et un représentant de l’Office des eaux de Beyrouth. Rappelons que la municipalité de Ghobeyri, au sud de Beyrouth, avait été mise en cause par le mohafez Ziad Chbib pour avoir redirigé les égouts vers Beyrouth, alors que celle-ci a argué du fait que les stations d’épuration sur son territoire étant inopérantes, elle n’a pu tolérer le déversement des égouts de la capitale sur son territoire. En même temps, afin d’évacuer en urgence le surplus d’égouts, la municipalité a dirigé ceux-ci vers un autre collecteur au nord de la plage (alors que l’Eden Bay se trouve au sud) qui n’a pu supporter le flux au cours des intempéries de mi-novembre. Depuis le début de cette sinistre affaire, les responsables se rejettent la balle, et c’est exactement ce qui s’est passé une nouvelle fois hier au cours de la réunion qui a été houleuse, selon plusieurs députés interrogés.

Les conclusions de la commission parlementaire lues par son président Nazih Najm réaffirment la nécessité que l’enquête judiciaire se poursuive « jusqu’au bout pour donner des résultats tranchés ». La commission a recommandé que les mesures adéquates soient prises pour éviter qu’une telle inondation ne se reproduise, estimant qu’il est nécessaire de mettre en place un plan de gestion des eaux usées à Beyrouth mais aussi dans tout le Liban, notamment en faisant fonctionner les stations existantes et en construire de nouvelles. La commission a également demandé que soient recensés les empiétements sur les réseaux d’égouts, et appuyé une revendication de la municipalité de Beyrouth sur le renforcement de la police municipale. M. Najm a insisté sur le rejet de toute demande de permis de construction d’un brise-lame au niveau de Ramlet el-Baïda, et assuré que le dossier des eaux usées devrait être géré par l’Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban comme cela est énoncé dans les textes.


(Lire aussi : Des responsables de l’Eden Bay et de l’Office des eaux de Beyrouth interrogés)


Premiers résultats de l’enquête... « d’ici deux à trois semaines »
À la fin de la lecture de ce communiqué qui ne cite nommément aucun responsable, les questions sur la détermination des responsabilités dans le désastre du 16 novembre dernier ont littéralement « plu » sur le président de la commission. Sa réponse était quasiment inchangée : l’affaire est aux mains de la justice et il faut attendre ses conclusions. Il a fait valoir que le procureur général près la Cour de cassation Samir Hammoud était présent à cette séance, soulignant qu’il est impossible de citer des responsables alors que la justice poursuit son enquête. Interrogé sur le délai, il a estimé que les premiers résultats seraient disponibles d’ici à « deux ou trois semaines », assurant qu’ils seraient immédiatement dévoilés. À plusieurs reprises, M. Najm a affirmé que le suivi serait assuré, que ce soit concernant Beyrouth ou d’autres régions. Acculé sur la question des responsabilités, le député a fait valoir que « le véritable problème est dans la dispersion des responsabilités ». Interrogé sur de possibles pressions politiques en vue d’étouffer l’affaire comme d’autres avant elle, il a martelé : « Cela ne sera pas le cas, j’ai le feu vert des trois présidents. »

Concernant les mesures à prendre, la commission a demandé au CDR de donner des plans « et de les exécuter », selon le député, qui souligne qu’à court terme, « il s’agira de déboucher plusieurs réseaux et de faire fonctionner les deux stations de collecte et d’assainissement des eaux usées » pour Beyrouth. Il a catégoriquement démenti que les eaux usées seront rejetées en mer comme l’avaient suggéré certaines informations, estimant que « ce qui a été dit à propos d’un rejet sur 1 200 mètres au large n’est pas suffisant, il faut au moins 2 700 mètres ».


(Lire aussi : Ramlet el-Baïda : les députés de Beyrouth annoncent une plainte en justice « contre inconnu »)


« Réclamer des comptes politiques »
Interrogé par L’OLJ sur son impression après avoir participé à cette réunion, le député Nadim Gemayel a estimé que « c’est comme s’il y avait une volonté de mettre la balle dans le camp de la justice, non du Parlement, en évitant de déterminer des responsabilités précises ». « Or, pour moi, la reddition de comptes politiques et administratifs est plus cruciale que la démarche légale dans ce cas », souligne-t-il.

Un autre député, qui a préféré garder l’anonymat, a estimé qu’il était prévisible qu’un problème aussi complexe ne soit pas réglé en une seule séance, regrettant que toutes les autorités aient été conviées en même temps et que la cacophonie ait régné pendant la réunion. Pour lui, la discussion d’hier a été un indicateur de l’étendue des conflits d’intérêt et du gaspillage au sein de l’administration, du nombre important d’empiétements sur le littoral et de la gravité de la pollution de la mer. Bien qu’il reconnaisse qu’aucune nouvelle session n’est apparemment programmée, il a affirmé à L’OLJ que les députés devront jouer leur rôle pour s’assurer que des comptes seront au final réclamés. « L’importance de cette réunion, c’est que chacun a été confronté à ses responsabilités », a-t-il dit.

Le député Mohammad Khawaja, qui était sorti en pleine réunion, a regretté dans une conférence de presse « que la discussion soit demeurée sur le terrain technique, alors qu’il faut nommer les responsables de ce nombre impressionnant d’irrégularités dans le pays ».

Le militant Raja Noujaim, qui suit l’affaire de Ramlet el-Baïda depuis des années, estime qu’« une telle réunion a toujours des effets positifs, d’autant plus que les députés imposent un certain sérieux dans le suivi de cette question ». Il ajoute que « l’affaire n’est plus désormais entre les seules mains de la municipalité, du fait que les travaux ont lieu dans les biens-fonds publics maritimes ». « Le CDR et le ministère des Travaux sont confrontés à leurs responsabilités de faire fonctionner la station de collecte et la station d’épuration des eaux usées de Ghadir, en s’assurant du raccord entre les deux unités », a-t-il dit, soulignant la nécessité « d’une extension en mer » jusqu’à nouvel ordre.


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commentaires (8)

C'est la mafia!!!!!

Eleni Caridopoulou

17 h 58, le 13 mars 2019

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • C'est la mafia!!!!!

    Eleni Caridopoulou

    17 h 58, le 13 mars 2019

  • DES EGOUTS NON DISSOUS ET SANS BOUTS...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 24, le 27 novembre 2018

  • Tout ça pou ça ? Ils ont même dû festoyer ensemble après la réunion " HOULEUSE".

    Citoyen

    12 h 20, le 27 novembre 2018

  • En bref, réunion m......e!

    Tina Chamoun

    11 h 29, le 27 novembre 2018

  • ON SE RENVERRA LA BALLE JUSQU,A CE QUE LA JUSTICE (SIC) LA CLASSE DANS L,OUBLI ! CAUSE : LES CAPRICES DE LA NATURE !!!

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 42, le 27 novembre 2018

  • "...l'affaire est aux mains de la justice...etc." C'est que chez nous, au Liban, la justice a beaucoup...beaucoup de mains...alors d'ici que toutes soient utilisées dans cette affaire...parions que nous aurons déjà un nouveau scandale...entre les mains ! Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 20, le 27 novembre 2018

  • Voilà la tour de Babel qui s’instale dans la taverne d’Ali Baba, et à qui mieux mieux de ces messieurs à rejeter les responsabilités, à diluer leur rôle dans cette affaire scandaleuse et on noie le poisson dans une prétendue procédure judiciaire....qui finira peut-être par trouver un pauvre dindon de la farce, un employé qui aurait trafiqué toutes ces bouches d’égout sans la connaissance de ses supérieurs qui sont, cela va de soi, au dessus de tout soupçon! La sentence tombera: on lui tire les oreilles et pas de dessert pour deux jours! Il faut bien faire un exemple pour que ça ne se répète plus! C’est comme ça qu’on règle les problèmes dans notre république bananière.

    Saliba Nouhad

    03 h 40, le 27 novembre 2018

  • Mais pourquoi donne-t’on la parole à tous ces gens? Il suffit d’un juge pour décider les torts, et d’un flic pour arraisonner les responsables. Basta!

    Gros Gnon

    01 h 03, le 27 novembre 2018