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Liban

Ramlet el-Baïda : l’inondation qui fait resurgir les conflits enfouis

Beyrouth

Après l’épisode des eaux d’égouts qui ont noyé les rues du quartier vendredi, les différents responsables se renvoient la balle... Et la justice se saisit de l’affaire.

19/11/2018

La controverse autour du projet du complexe touristique de l’Eden Bay, construit à même la plage de Ramlet el-Baïda malgré toute l’opposition qu’il a suscitée, vient de rebondir dans un nouvel épisode spectaculaire, avec l’inondation, par des eaux d’égouts, des rues de Ramlet el-Baïda vendredi dernier. Il s’est avéré, au fil des déclarations des responsables eux-mêmes, qu’une bouche d’égout principale au niveau du sud de la plage, où se trouve l’Eden Bay, a été scellée avec du béton brut (pour empêcher son déversement près de l’hôtel, apparemment), et que les eaux d’égouts avaient été détournées à la va-vite vers une autre bouche au nord de la plage, sous un café connu, et qui, de toute évidence, n’a pas la capacité d’évacuer une telle quantité d’eau. D’où l’inondation spectaculaire dont la zone de Ramlet el-Baïda a été le théâtre.

Voilà pour l’aspect technique mais qu’en est-il des responsabilités ? C’est là que l’affaire se complique. Le chapelet de déclarations a commencé, juste après l’inondation-scandale, avec celles du président du conseil municipal de Beyrouth, Jamal Itani, qui a dénoncé la fermeture de la bouche d’égout, promettant une enquête qui déterminerait les responsabilités et assurant que la canalisation serait rouverte. Dans son intervention à la télévision, il n’a cependant nommé personne, mais a fait référence, dans une conférence de presse ultérieure, au fait « que quelqu’un, à la municipalité, devait être au courant des travaux de fermeture de la bouche d’égout ».

Samedi soir, nouveau coup de théâtre, quand le mohafez de Beyrouth, Ziad Chbib, accuse pêle-mêle, lors d’une conférence de presse, la municipalité de Ghobeiri (banlieue sud), le projet d’Eden Bay, mais aussi le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) et trois restaurants de la région d’être responsables du fiasco. La municipalité de Ghobeiri a, selon lui, empiété sur les réseaux d’égouts de Beyrouth et a refusé que les eaux usées ne soient acheminées vers une station d’épuration baptisée PS2, située dans son périmètre, qui existe depuis 2001 mais n’a jamais été opérationnelle. Il souligne la responsabilité du CDR dans la non-fonctionnalité de la station et met directement la municipalité de Ghobeiri et l’Eden Bay en cause pour avoir fermé, à deux niveaux différents, les canalisations qui permettent d’évacuer les égouts de cette partie de Beyrouth. Sans s’attarder sur sa propre responsabilité, il se contente de présenter ses « excuses » aux habitants de Beyrouth et d’assurer que cela ne se reproduirait pas.

À la suite de cette conférence de presse, le ministre sortant de la Justice, Salim Jreissati, a demandé au procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, de se saisir de l’affaire. Le juge Hammoud a effectivement chargé la police d’ouvrir une enquête immédiate sur la fermeture des égouts en plusieurs points de la capitale.

Comme on pouvait s’y attendre, le conseil municipal de Ghobeiri a répondu au mohafez dans un communiqué, où il l’accuse « d’avoir essayé de détourner les regards de ceux qui lui sont proches et qui empiètent sur le domaine public, préférant accuser une municipalité légitime qui souffre de la négligence » des autorités. En substance, le texte pointe clairement du doigt la municipalité de Beyrouth pour avoir détourné les eaux d’égouts de la plage, « afin de protéger les projets touristiques privés », vers le littoral de Jnah qui s’est transformé en « marécage ». Concernant la station PS2, la municipalité indique « qu’elle n’est pas opérationnelle, ce que le mohafez sait très bien ».

Et du côté de l’Eden Bay ? L’avocat du projet, Bahige Abou Moujahed, a déclaré à la LBCI que la fermeture de l’égout a été exécutée « sous la supervision des forces de l’ordre et avec la connaissance des médias et des organisations de la société civile », appelant à une enquête et à la sanction des responsables de ce fiasco.


(Lire aussi : Égouts scellés et inondations : le mohafez de Beyrouth dévoile l'identité des responsables


Ce n’est pas la première inondation…
Une fois de plus, les responsables se rejettent donc la responsabilité de l’affaire. Le militant Raja Noujaim, qui suit le dossier de Ramlet el-Baïda depuis des années, met l’accent sur la responsabilité du mohafez de Beyrouth qui est l’autorité exécutive de la capitale, appelant « à sa démission, faute de quoi il devrait être démis ». Pour lui, « le mohafez a tenté, lors de sa conférence de presse, de diluer la responsabilité et faire porter le chapeau à plusieurs parties, appelant le parquet financier à se saisir de l’affaire, afin d’en limiter les conséquences à des amendes ». « Mais il n’a pas réussi son coup, poursuit-il, puisque le parquet de cassation s’en est saisi. »

Selon Raja Noujaim, « après deux mois de cauchemar subis à Ghobeiri du fait du détournement de cette bouche d’égout vers son littoral, suite à l’inauguration de l’Eden Bay en juin, la municipalité a obtenu que les eaux usées de Beyrouth reviennent au périmètre de la capitale », ajoutant que « lorsque les inondations ont commencé, cela avait déjà été réalisé, ce qui met Ghobeiri hors de cause dans cette affaire précise ».

Le militant note certains faits marquants : d’une part, l’inondation du 16 novembre n’est pas la première. Une autre avait eu lieu le 28 octobre en raison de fortes pluies, mais elle avait été moins médiatisée que celle qui lui a succédé (quantité de vidéos en attestent). « Il est donc clair que la déviation vers le sud de Ramlet el-Baïda ne réglait pas le problème, explique-t-il. Nous avons su également que la municipalité a essayé, en octobre, d’ouvrir une brèche dans le béton qui scelle l’égout au niveau de l’Eden Bay, sans y parvenir. » Autre fait à retenir : une simple comparaison de photos permet aux militants de se rendre compte que le flux initial d’eaux usées vers la section de plage où se trouve l’Eden Bay est bien moindre qu’avant la fermeture de la bouche d’égout en juin. « Si la situation reste en l’état, d’autres inondations sont à prévoir », affirme Raja Noujaim.

Le militant assure avoir déjà porté plainte auprès des autorités judiciaires concernant cet égout à plusieurs reprises et qu’il s’apprête à le faire une nouvelle fois.


(Lire aussi : Les Libanais pris en étau entre les embouteillages et les eaux d’égouts)


Aucun rôle actif ?
Alors comment établir les responsabilités dans cet imbroglio ? Interrogé par L’OLJ sur cette incroyable confusion, Jamal Itani, président du conseil municipal de Beyrouth, se défend de tout rôle actif dans l’affaire et appelle à « attendre les résultats de l’enquête en cours ». « Le Premier ministre Saad Hariri et moi-même tenons à ce que la vérité sur ce scandale soit faite », dit-il, précisant qu’« à Beyrouth, le conseil municipal décide des projets à effectuer, mais l’exécutif est aux mains du mohafez ». À qui faisait-il référence, donc, quand il a déclaré que quelqu’un à la municipalité devait être au courant de l’obstruction de la bouche d’égout ? « Je ne sais pas qui c’est, mais je pense qu’il est impossible que personne n’ait été au courant de l’affaire », répond-il.

Ne savait-il pas non plus qu’une première tentative d’ouvrir l’égout après l’inondation d’octobre s’était soldée par un échec ? « J’ai eu vent de cette information ces deux derniers jours mais nous ne sommes pas concernés par cela, souligne-t-il. Attendons les résultats concrets de l’enquête. »


Lire aussi

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Gros Gnon

Des orages sont prévus le 22 novembre.
Ça serait bien d'organiser les parades à Ramlet el Baida.
Deux avantages:
Premièrement la marine pourra défiler sur la corniche.
Deuxièmement tous nos (ir)responsables politiques seront présents et pourront donc voir le résultat de leurs (in)compétences de visu.
Et en bonus le centre-ville ne sera pas bloqué.

Stes David

Une remarque sur la terminologie : d'après wikipedia un égout est une canalisation pour les eaux de ruissellement et les eaux pluviales ou pour les eaux de lavage, les eaux de drainage ou encore les eaux usées (eaux ménagères et eaux-vannes ; eaux grises). Il faudrait regarder si on sait séparer les eaux pluviales des eaux usées. Sans être expert dans cette matière , je comprends qu'en certains pays de l'Europe une évolution a eu lieu vers des systèmes d'égouts séparés où on sépare donc les eaux. Cette évolution est "récente" dans le sens que les canalisations ont du être renouvelé par exemple pour inserer des tubes séparés pour les eaux ménagères de façon que ces eaux ne se mélangent pas avec les eaux pluviales.

L’azuréen

Triste constat , le gouvernement libanais fonctionne autant que Les stations d’épuration...
Il faut enfin des gens compétents dans ce pays , des gens qui pensent à leur pays son environnement et sa prospérité. On est loin du compte !

LIBRE DE PARLER

COMMENCONS PAR VOIR QUI A PERMIS AU EDEN BAY
D'EXISTER

PUIS ARRETTER SON PROPRIETAIRE MEME POUR UNE JOURNEE POUR MONTRER QUE LA JUSTICE IRA JUSQU AU BOUT CETTE FOIS

DEMETTRE DE LEUR FONCTIONS ET FAIRE DEMISSIONNER TOUS LES PERSONNES AYANT SU LE FAIT QUE L'EGOUT ETAIT BOUCHE ET N'ONT RIEN FAIT

ETUDIER L ADJUDICATION ET LES RESPONSABILITES DE CEUX QUI ONT ACHETE LE PS2 QUI NE FONCIONNE PAS DEPUIS 2001 ET QUI N'ONT RIEN FAIT POUR CELA. METTRE AUSSI EN PRISON MEME POUR UNE JOURNEE LES RESPONSABLES

ENFIN UNE FOIS POUR TOUTE METTRE DES GENS QUALIFIES DANS LES MINISTERES ET PAS DES GENS DE PARTIS POLITIQUES SUIVANT LEUR RELIGION MAIS QUI ONT AMENE LE PAYS A CE STADE DE POURRITURE AUSSI BIEN DANS L'ELECTRICITE QUE LES POUBELLES , L'EAU ET J'EN PASSE
A BON ENTENDEUR SALUT

Tony BASSILA

Une fois de plus les scandales administratifs et financiers et autres magouilles persistent au Liban et au plus haut niveau de l'état ou des administrations qui en dépendent. Il est grand temps de faire table rase et nettoyer tout ça avant que toutes ces affaires (électricité, pharmaceutiques, pollution et inondations etc...) ne nous échappent complètement.

Tabet Karim

La merde quoi !

Tina Chamoun

D'égouts et (de) dégoût on ne discute point. Il pue ce déballage plus que les eaux usée. Wlek tfeh!

ASSAF Milka

Ce qui m'étonne, c'est que la polémique n'aborde absolument pas la question des égouts que l'on déverse dans la mer. Alors, la vraie question serait qu'est-ce qui serait préférable inondation des rues ou pollution de la mer dans un endroit ou l'on veut faire venir des touristes. Des touristes ? Vraiment ? Il fut un temps où l'on pouvait nager dans la mer au Liban, plus maintenant ! Quand y aura-t-il vraiment un État pour gérer les intérêts de la population libanaise et non seulement ceux des gros pollueurs. Au propre comme au figuré, le Liban patauge dans la merde !

Sarkis Serge Tateossian

Amertume et tristesse.

Georges MELKI

Ubuesque, c'est le moins qu'on puisse dire...Quant à Raja Noujaim, quelle fantastique "mouche du coche" il fait! Mais qui l'a donc chargé de s'impliquer partout et n'importe où? Et en qualité de quoi il porte plainte?
Allez donc savoir!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MINISTERE, MUNICIPALITE ET DIRECTION EDEN ROCK TOUS RESPONSABLES !

Citoyen

Dans tous les pays du monde, quand un responsable pète, tout le pays est au courant, parce qu’il y a des responsables et il y a une dignité. Chez nous, dans 10 000Km carré, une affaire de corruption aussi grave et aussi importante, on est vite noyé et l'affaire est vite étouffée. Circulez encore et allez voir(ou vous faire voir) plus loin.

Lebinlon

c'est pas la peine d'entendre les fans de l'actuel président nous raconter ses "réalisations" à longueur d'antenne quand on patauge, litteralement, dans le purin.
J'invite le président, puisque le plus haut responsable, à regarder un peu plus vers le peuple et un peu moins vers la tribune de l'ONU. Il n'y a aucune "réalisation" qui vaille quand on laisse son peuple dans une telle misère

Bustros Mitri

Difficile de cacher un crime, fut-il urbain...

Irene Said

P.S. No 2

Les stations de traitement des eaux usées, comme dans les autres pays civilisés...concept inconnu chez nos super-responsables concernés ?

Irène Saïd

Irene Said

P.S.
Jamal Itani: "...attendons les résultats "concrets" de l'enqête..."

qui seront, comme dans toutes les autres enquêtes précédentes concernant cette honteuse affaire...enfouis sous les sables du littoral de Ramlet el-Bayda ?
Irène Saïd

Irene Said

Notre pays est devenu un vaste chantier non-surveillé et ouvert à tous les vents, où s'agitent:

- 1) 3 présidents et leurs ministres, totalement incapables de diriger correctement ce pays

- 2) des "responsables" dans tous les domaines, corrompus et ignorant la notion de sens civique et de patriotisme

- 3) et...profitant de ce chaos, des vendus à l'Iran, la Syrie et l'Arabie Séoudite, qui leur dictent leurs volontés...et ça marche pour eux !

- 4) malheureusement...aucun vendu uniquement à sa patrie, le Liban !

22 novembre...fête de l'indépendance du Liban nous dit-on ???

Irène Saïd

Gemayel Anne-Marie

ILS FAUDRAIT SE DEBARASSER DE CES ORDURES DE RESPONSABLES EN LES JETANT DANS LES EGOUTS !!!

Bery tus

L’olj Vous n’êtes pas complet dans l’énumération des faits ... c’est quoi le cadastre 421??????

Yves Prevost

A quand la démolition de cet Eden Bay illégal?

George Khoury

ils apparaissent tous comme des anges soucieux du patrimoine, de notre bien etre, de la nature, des lois, etc...

mais ils sont tous corrompu jusqu'a la moelle...mais le Libanais merite cela et encore plus....il vote pour ces corrompu...je n'etais pas fache de voir ce qui se passe...

NAUFAL SORAYA

Eden Bay ou Nightmare Bay?

Claude AZRAK

Il est clair comme bonjour qui en est résponsable...il est temps de faire le ménage à tous les niveaux !!!

Saliba Nouhad

Cacophonie d'accusations entre une clique d’irresponsables amateurs, corrompus et de connivence pour le partage du gâteau de la manne des irrégularités des projets privés au détriment du domaine public...
Ils s’accusent mutuellement de négligence, d’imprévoyance comme si personne n’etait au courant de rien, que le projet du Éden Bay était des plus réguliers et qu’il faut trouver un coupable...
Telles que les choses ont lieu dans notre république bananière, vous verrez qu’une enquête aura bien lieu, mais loin de la rampe, et qu'a la fin, on blâmera un petit employé municipal en exonérant tout ce beau monde aux connections solides en haut lieu et qui n’ont pas intérêt à étaler leurs magouilles mutuelles juteuses...
Allez, tout va très bien, Mme la Marquise...
Jusqu’aux prochaines inondations...

Gros Gnon

Les eaux de pluies ne devraient déjà pas se mélanger aux égouts...
Les deux circuits auraient dû être complètement indépendants à la base, sinon les stations d’épuration (lorsqu’elles seront connectées...) seront incapable de traiter les eaux usées à chaque fois qu’il pleuvra.
Grossière erreur de conception?

C Kastoun

La corruption — présente depuis toujours au Liban — atteint des niveaux jamais vus et avec des résultas particulièrement choquants ces dernières années.

Jusqu'à quand le citoyen va-t-il continuer à accepter cela? Que faut-il faire pour que les gens descendent dans la rue demander une opération "mani pulite"?

L'air est empoisonné, l'eau est empoisonnée, la nourriture est empoisonnée, et l'argent est volé des poches de tout le monde pour finir dans les caisses de quelques-uns.

C'est à désespérer...

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