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La Dernière

Élie Saab, tout entier dédié à la beauté des femmes

La mode

« Père » de la haute couture libanaise contemporaine, il l’est littéralement, tant en qualité de pionnier que de parrain de nombreuses jeunes pousses, aspirants couturiers formés dans ses ateliers et envolés par la suite de leurs propres ailes. Élie Saab est aussi le héros d’une success story enracinée dans l’histoire de son pays.

14/11/2018

« Il arrive toujours, dans un parcours, que l’on s’arrête un instant pour se tourner vers sa source. J’ai vu le jour sur les bords de la Méditerranée, dans une ville qui ressemblait à un songe, entre mer et montagne. Toute mon enfance, j’ai cru Beyrouth parée pour une fête qui ne finirait jamais. Autour de moi, les femmes de tous les milieux s’habillaient avec élégance et recherche. C’était pour elles une manière d’être au monde, de représenter leur famille et leur pays, de participer à la beauté ambiante. Durant cette première période féerique de Beyrouth, une sorte d’instinct me portait déjà à croire que tant que les femmes de mon pays seraient élégantes et belles, mon univers continuerait à être parfait. Une vision m’habite encore depuis cette époque : celle de ma mère dans une robe de soie noire imprimée de tulipes, discrète, cintrée à la taille, évasée en corolle. Combien devaient être grands l’éblouissement et la fierté du petit garçon que j’étais, à la vue de ma mère portant cette robe, pour faire naître en moi une telle vocation pour la mode ! C’est peu dire que ce souvenir m’a marqué : il m’a façonné, s’est imprimé au plus profond de mon être et de ma vision de couturier. À chaque fois que je me suis lancé dans une nouvelle collection, le souvenir de la robe à tulipes de ma mère m’est revenu comme une sorte d’idéal. » Ainsi s’exprimait Élie Saab, à l’occasion de sa collection haute couture 2015 dédiée à Beyrouth, pour raconter la naissance de sa vocation de couturier. Et qu’il est vertigineux le chemin qu’il a parcouru depuis ce départ forcé de son Damour natal, un jour fatidique de 1976. Élie Saab n’a que 11 ans. La ville est encerclée, les massacres ont commencé, la terrifiante rumeur se propage. La famille s’engouffre à dix dans une voiture et file vers Beyrouth. Aîné de cinq enfants, le futur couturier s’accroche à cette certitude : « Tant que les femmes de mon pays seront élégantes et belles, mon univers continuera à être parfait. » Le jeune Élie Saab dessine des modèles et s’exerce sur de vieux rideaux qu’il taille et coupe depuis l’âge de 9 ans. Ses sœurs sont, pour leur plus grande joie, ses premiers cobayes. Sa passion l’obsède, mais à l’âge d’entreprendre sa formation, il constate qu’il en sait davantage que ses maîtres et décide, à seulement 18 ans, d’ouvrir son propre atelier et sa marque éponyme.


L’évidence de la robe
Si la chance lui sourit, c’est qu’elle est séduite par son immense talent. Même en pleine guerre, le bouche-à-oreille dépasse les frontières libanaises et lui attire la riche clientèle de la région. En ces années 1990, la mode conceptuelle postsida des grandes maisons européennes, teintée de postnucléaire japonais, ne répond ni au goût ni à la culture des princesses arabes. Seul Élie Saab sait exalter leur beauté. D’ailleurs, nombre de jeunes couturiers formés dans ses ateliers en sortiront avec ce leitmotiv : « Rends-les belles. » Sa signature, c’est avant tout une mode fastueuse et festive, toute d’opulentes broderies et de silhouettes altières, éminemment féminine comme avait pu l’être le New Look de Christian Dior au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en 1947. Chez Élie Saab, la robe est évidente et joue son rôle d’ornement avec efficacité. Le vêtement n’a pas vocation, sous son aiguille, à remplacer les livres ni à jouer les manifestes.


Le grand tournant de sa carrière
Discipliné, organisé, grand travailleur, Élie Saab à peine sorti de l’adolescence dirige sa petite équipe vers un objectif : participer aux grands événements internationaux de la mode. À la fin des années 1990, il fait ses premiers pas en Italie et son succès est tel qu’en 2000 il est invité par la Chambre syndicale de la haute couture à défiler à Paris. Le grand tournant de sa carrière a lieu en 2002, lorsque Halle Berry, dans une sublime robe pourpre Élie Saab, bustier transparent, grand motif de broderie floral illusion et jupon en faille de soie, reçoit l’oscar de la meilleure actrice. L’événement est de taille, sachant que Halle Berry est la première actrice de couleur à recevoir la récompense la plus prestigieuse décernée par Hollywood.


Aider au développement du Liban
Sa réputation désormais assise à l’international, Élie Saab, loin de dormir sur ses lauriers, se retourne vers le Liban et décide de faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider au développement de son pays. Mis à part les nombreux jeunes talents qu’il forme dans ses ateliers, il parraine l’école de mode de la LAU jumelée avec le Royal College de Londres et anime de nombreuses formations dans les milieux les plus défavorisés. Jeudi dernier, il faisait défiler, dans le cadre d’un dîner caritatif sous les lambris de la Résidence des Pins, 23 mannequins présentant une anthologie de ses dernières collections. La même semaine, il offrait aux enchères de l’association Roads for Life, dédiée aux premiers secours des grands accidentés, notamment de la route, une moto décorée par ses soins. Sa collection prêt-à-porter printemps/été 2019, intitulée « Macrotopia », est dédiée à la magie de la nature dans ses plus infimes détails, explosions florales et délicats élytres d’insectes. La haute couture Élie Saab de l’hiver 2018-19, baptisée « De formes et de lumière », est, quant à elle, un hommage appuyé à Gaudi et s’inspire directement de la Pedrera, révélant un Élie Saab architecte, passion que le couturier ne cesse de cultiver, notamment dans la conception de ses showrooms et résidences.


Pour mémoire

Le printemps luxuriant d’Élie Saab

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