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L’immense désert d’Arabie livre ses trésors au Louvre Abou Dhabi

Exposition

L’exposition « Routes d’Arabie, trésors archéologiques de l’Arabie saoudite », renouvelle sensiblement l’image qu’on a du royaume, un pays riche d’une histoire plurimillénaire, où diverses civilisations ont laissé leurs traces.

13/11/2018

L’histoire de l’Arabie saoudite ne commence pas au VIIe siècle avec l’islam, mais remonte à l’Antiquité. En témoigne son sous-sol qui regorge d’outils datant du paléolithique. Galets taillés dans du quartz exhumés à Chuwayhitiyah, grattoirs d’andésite de Bir Hima, bifaces et silex de Suffaqah et de Wadi Fatima dans la région de La Mecque attestent du passage des hominidés en Arabie, depuis les Homo erectus venus d’Afrique il y a plus d’un million d’années jusqu’à celui des premiers Homo sapiens, qui ont remonté la vallée du Nil, ou traversé la mer Rouge, pour établir des sociétés de chasseurs-cueilleurs, dans une Arabie autrefois riche en faune et en flore. Ils laissent ensuite la place à des groupes de pasteurs nomades, éleveurs de chèvres et de bovins domestiqués qui occuperont l’ensemble de la péninsule. Leurs traces ont été révélées à al-Maqar, dans le Wadi al-Dawasir où sur des blocs en grès sont gravés un équidé stylisé dont il ne subsiste que l’avant-corps (vers 8100 avant notre ère), un chien de type saluki, une tête d’agneau, un mouton, une tête d’autruche et peut-être celle d’un faucon.

Autant d’objets qui sont présentés dans le cadre de l’exposition « Routes d’Arabie, trésors archéologiques de l’Arabie saoudite », qui se tient au Louvre Abou Dhabi jusqu’au 16 février.

Dans une autre pièce du musée, c’est une extraordinaire stèle anthropomorphe datant du néolithique provenant de Karyat al-Kaafa, qui est exposée. Elle représente un guerrier arborant un baudrier autour du buste et armé d’une dague à la ceinture. Plusieurs dizaines de stèles semblables ont été découvertes sur un territoire s’étendant du sud de la péninsule jusqu’en Jordanie. Érigées dans des sanctuaires, elles témoignent des croyances et pratiques rituelles des communautés de pasteurs nomades qui voyageaient de pâturages en pâturages.

Quant à la statue de l’homme nu, les mains jointes au niveau du buste, paré d’une triple ceinture, elle rappelle les sculptures mésopotamiennes du IIIe millénaire. Elle a été mise au jour sur l’île de Tarut, au large de Katif, dans la province orientale d’Arabie saoudite, qui en véritable plate-forme commerciale relie l’ensemble des rives du Golfe à la Mésopotamie et à la vallée de l’Indus (actuel Pakistan) vers 2500 avant notre ère. L’île de Tarut a également livré des jarres de stockage en terre cuite (3000-2500), des gobelets en pierre tendre (3000-2000), des gobelets cylindriques en calcaire (4000-2000), des fragments de vase en pierre tendre ornée d’un lion, ou d’une tête d’homme (2500-2000).

Trois colosses sur la route de l’encens

Conçues comme une succession d’étapes dans quelques-unes des grandes oasis de la péninsule qui ont abrité autrefois de puissants États, avant de devenir les lieux saints de l’islam, les « Routes d’Arabie, trésors archéologiques de l’Arabie saoudite » déroulent leur épopée depuis la Préhistoire jusqu’à la fondation du royaume par le roi Abdel Aziz ben Saoud en 1932. À cette occasion, une sélection de pièces rares ont été prêtées par les Émirats arabes unis. Réalisée en coopération avec la SCTH (Saudi Commission for Tourism and National Heritage) et le musée du Louvre à Paris, l’exposition a été inaugurée le 8 novembre par cheikh Mohammad ben Zayed al-Nahyane, prince héritier d’Abou Dhabi et commandant suprême des forces armées des Émirats arabes unis, et le prince Sultan ben Salmane ben Abdel Aziz al-Saoud président de la SCTH, en présence de Mohammad Khalifa al-Moubarak, directeur du département de la culture et du tourisme d’Abou Dhabi, de Jamal S. Omar, vice-président du département des antiquités et des musées de STCH, du directeur et des conservateurs en chef du Louvre local, Manuel Rabaté, Souraya Noujeim et Noémie Daucé, ainsi que d’un grand nombre de médias.

Plus de 300 objets et pièces archéologiques racontent les premiers établissements préhistoriques, les routes maritimes et terrestres qui ont permis l’éclosion d’une classe marchande, dont le commerce s’est établi de la péninsule à l’Asie, la Mésopotamie et la Méditerranée. Il est ponctué de cartes, de films et de photographies panoramiques exaltant toute la puissance d’un paysage désertique, capté par l’explorateur et écrivain britannique Sir Wilfred Patrick Thesiger (1910-2003). Après la Seconde Guerre mondiale, conscient que le monde des nomades allait disparaître, Thesiger avait décidé de les fixer pour l’éternité. Pendant cinq ans, il parcourt alors le désert du sud de l’Arabie en compagnie des bédouins. Il rapporte son expérience dans le livre Le Désert des Déserts.

Les vestiges les plus impressionnants proviennent principalement des cités marchandes, situées au nord-ouest, Tayma, Mada’in Saleh, al-Oula et Thaj en bordure du Golfe, et au pied des montagnes du Yémen, Barakich, al-Bayda, Najran, Karyat al-Faw, pour ne mentionner que les principales.

Au fil de la visite, l’œil accroche les remarquables stèles (VIIe av. J.-C.) portant des inscriptions en araméen. Elles proviennent de l’oasis de Tayma, oasis verrouillée de remparts dès le IIIe millénaire avant J.-C. L’une d’elles représente Nabonide, avec sa tiare et son sceptre, le dernier roi de Babylone, qui y séjourna dix ans.


(Pour mémoire : Le Louvre Abu Dhabi a accueilli plus d'un million de visiteurs en un an)


Deux blocs de pierre calcaire, l’un portant un décor de serpent et l’autre orné d’un dromadaire (2300-1800), ont été prêtés par le musée al-Aïn d’Abou Dhabi. Ils ont été exhumés sur le site d’Oum an-Nar dans la région d’al-Aïn où une équipe d’archéologues danois a mis au jour des tombes collectives monumentales, un entrepôt de marchandises et un ensemble d’habitations datant du IIIe millénaire.

Trois colosses de 2,50 mètres représentent vraisemblablement des souverains du royaume de Lihyan, dynastie qui régna aux IVe-IIIe siècles avant J.-C. Ces statues en pied et en grès rouge poli sont sorties des décombres d’un tremblement de terre qui a mis à sac l’ancienne cité de Dedan, près d’al-Oulâ.

Stèles, sculptures, poteries, céramiques, vaisselle d’argent, bijoux précieux, dont un masque et un gant funéraire flambant or, rappellent des écrits grecs et latins relatant l’opulence d’une cité marchande, Gerrha (identifiée comme Thaj), dont les habitants « vivaient dans des maisons incrustées de perles, recouvertes d’or et d’ivoire ». Thaj est le plus grand site pré-islamique et la seule véritable ville antique connue dans l’est de la péninsule Arabique, dont les tombes ont livré un somptueux mobilier funéraire.

Au temps de l’islam

Si une très large partie est consacrée à l’Antiquité, l’exposition met aussi en évidence la période islamique. Elle donne à voir de la céramique peinte (800-900), une impressionnante série de stèles funéraires en pierre de basalte, exhumées du cimetière d’al-Ma’la, situé au nord de La Mecque, permettant de s’imprégner de la diversité des styles décoratifs et calligraphiques en vogue entre le Xe et le XVIe siècles. Non loin, un pilon et un mortier en bronze et un bol en alliage cuivreux de la dynastie abbasside ; un Coran recopié sur papier avec de l’encre et de l’or (1598) ; des chandeliers, des brûle-parfums, des brûle-encens en bois ou en métal ; deux portes gravées d’inscriptions de la province orientale d’al-Ashaï, datant de 1761 ; le drapeau du royaume représentant un sabre, symbole de victoire et de justice, et la profession de foi de l’islam (chahada) ; le sabre or et argent du roi Abdel Aziz ben Abdel Rahman al-Saoud.

Pour clôturer la visite, la clef de la Kaaba, prêtée par le département des arts islamiques du musée du Louvre Paris, et la monumentale porte de la Kaaba, offerte à La Mecque par le sultan ottoman Mourad IV au XVIIe siècle. En argent martelé d’or, à motif polylobé sur décor végétal, elle avait protégé durant trois siècles la pierre noire avant d’être remplacée vers 1940. Elle est désormais conservée au musée de Riyad. Une magnifique exposition qui mérite le déplacement…

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Eleni Caridopoulou

Ils ont dit même qu'ils ont trouvé des vestiges juives a la Mecque dont les Seoudiens ont tout couvert

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