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A Mossoul, un attentat fait ressurgir les vieux démons

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"Tout ce que les responsables veulent ce sont des postes importants, ils nous ont dit : 'l'EI est fini', mais on a quand même eu une voiture piégée qui a visé des gens innocents", s'énerve un Irakien.

OLJ/AFP/Waleed AL-KHALED
09/11/2018

"Avec la libération de Mossoul, on se disait que la sécurité était rétablie et, là, on revient au pire". Mossaab redoute comme d'autres Irakiens à Mossoul un retour de la terreur après un attentat meurtrier, le premier depuis le départ des jihadistes.

L'explosion jeudi soir d'une voiture piégée devant le célèbre restaurant Abou Leïla dans l'ouest de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, a tué trois personnes et blessé 12, selon des sources médicales. Pour les hommes politiques locaux comme pour les habitants, qui ont passé trois ans sous la férule du groupe jihadiste Etat islamique (EI), cet attentat est la preuve que la sécurité est encore fragile et que les cellules clandestines de l'EI n'ont pas dit leur dernier mot.

Mossaab, l'un des employés du restaurant, a été blessé dans l'attaque, comme en témoigne le pansement qui lui barre encore le front. Evoquant les victimes, cet Irakien de 25 ans assure à l'AFP que certaines pourvoyaient seules aux besoins de leur famille. "Qui va les aider maintenant?", s'interroge-t-il.


"Pas réussi à protéger Mossoul"
Garée près de l'établissement, la voiture de Mossaab, qui refuse de donner son nom de famille, n'est plus qu'une carcasse carbonisée, comme tous les autres véhicules alentour. "Cela faisait quatre ans que j'économisais pour l'acheter et elle s'est envolée en un clin d’œil", se désole-t-il.

Pour Khoudeir Ali, 38 ans, venu en voisin sur les lieux de l'attaque où s'activaient vendredi des équipes de nettoyage, les responsables, ce sont les hommes politiques qui "n'ont pas réussi à protéger la ville".

Le 10 juillet 2017, les autorités irakiennes ont annoncé en grandes pompes la libération de Mossoul du joug de l'EI qui a occupé la ville pendant trois ans. En décembre de la même année, elles ont proclamé avoir vaincu l'EI en le chassant de tous les centres urbains d'Irak. Le groupe ultraradical conserve toutefois des cellules clandestines, notamment dans les zones montagneuses ou désertiques et le long de la frontière poreuse avec la Syrie, comme à l'ouest de Mossoul. Il a revendiqué plusieurs attentats meurtriers en Irak. Aucun groupe n'a jusqu'ici clamé la responsabilité de celui de jeudi mais le commandement militaire irakien l'a qualifié de "terroriste", faisant indirectement référence à l'EI.



(Lire aussi : L'EI a laissé derrière lui plus de 200 charniers en Irak, selon l'ONU)



"Corruption"
"Tout ce que les responsables veulent ce sont des postes importants, ils nous ont dit : 'l'EI est fini', mais on a quand même eu une voiture piégée qui a visé des gens innocents", s'énerve Khoudeir Ali.

Les élus de Mossoul, de leur côté, accusent les forces de sécurité d'avoir failli. Alors qu'en soirée les responsables politiques du pays multipliaient les communiqués de condoléances, le député de Mossoul Ahmed al-Jarba y a ajouté une liste de doléances. "Les raisons principales des actes terroristes sont la multiplication des centres de décision militaires", a-t-il dit. "Le commandement militaire (décide) d'un côté et le Hachd al-Chaabi de l'autre".

Le Hachd al-Chaabi, ces unités paramilitaires qui ont aidé les forces gouvernementales dans la guerre contre l'EI, tient désormais des barrages dans diverses provinces et est également déployé le long de la frontière avec la Syrie.

De plus, M. Jarba, comme d'autres responsables et habitants, a de nouveau mis en avant la "corruption", d'être derrière les failles de sécurité. Les forces de sécurité annoncent très régulièrement l'arrestation de jihadistes présumés, des saisies d'armes ou d'argent et la découverte de tunnels ou de caches à Mossoul et dans l'ensemble de la province de Ninive.


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