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Moyen Orient et Monde

Les enjeux du sommet à quatre sur la Syrie

Diplomatie

Les dirigeants turc, russe, français et allemand se réunissent aujourd’hui à Istanbul pour tenter de faire avancer les négociations sur le dossier syrien.

27/10/2018

C’est une première dans le cadre des négociations autour du conflit syrien. Aujourd’hui, sur les bords du Bosphore, le président turc Recep Tayyip Erdogan accueille ses homologues russe, Vladimir Poutine, français Emmanuel Macron, et la chancelière allemande Angela Merkel pour un sommet à quatre. Celui-ci devrait se concentrer sur deux axes : d’une part la situation dans la ville d’Idleb, dernier grand bastion rebelle de Syrie en proie à une offensive militaire de la part du régime de Damas ; et de l’autre l’évolution des négociations pour une « solution politique » au conflit qui ravage le pays.

Cette réunion est avant tout une occasion pour les Européens de revenir dans le jeu diplomatique international. « Pour les Européens, l’enjeu est d’abord de revenir à la table des négociations qui était jusqu’ici occupée par les trois d’Astana (Turquie, Russie et Iran) d’un côté, ainsi que dans les discussions entre les États-Unis et la Russie ou la Turquie. Cette fois, c’est un acteur important du conflit syrien qui invite des pays européens importants et qui ont des préoccupations sur la transition politique en Syrie et sur la stabilité de la zone d’Idleb », estime Michel Duclos, ancien ambassadeur de France en Syrie de 2006 à 2009, contacté par L’Orient-Le Jour.

Le sommet d’aujourd’hui donne également au « reïs » l’occasion de continuer à marquer des points sur la scène diplomatique internationale. M. Erdogan a réussi à faire de son pays un acteur incontournable du conflit syrien à la suite de ses interventions dans le Nord syrien contre les milices kurdes des YPG mais aussi en raison de la sphère d’influence qu’Ankara s’est construite dans la province d’Idleb, notamment grâce à ses liens avec les rebelles syriens. « La réussite d’Erdogan dans l’accord de Sotchi en septembre dernier, le fait que celui-ci tienne, la volonté de renouer des relations avec les Américains, puis la malheureuse affaire du journaliste saoudien (Jamal Khashoggi, assassiné au consulat saoudien à Istanbul) donnent à Erdogan l’occasion de montrer que c’est un acteur diplomatique important », analyse Michel Duclos. M. Erdogan pourrait aussi en profiter pour améliorer ses relations avec les Occidentaux, qui le critiquent depuis plusieurs années, notamment pour sa dérive autoritaire.

L’autre acteur du conflit syrien, la Russie, semble pour sa part vouloir faire un geste à moindre frais en direction des Européens, et en particulier de la France. Entre la réception du président russe à Versailles fin mai 2017 et la première coopération humanitaire franco-russe entre le 20 et le 21 juillet dernier dans la Ghouta orientale, Paris n’a pas lésiné sur les gestes de bonne volonté envers la Russie pour montrer qu’il veut et peut s’impliquer dans le dossier syrien.


(Lire aussi : Syrie : la solution politique voulue par l'ONU bloquée par Damas)


Impuissants malgré tout

Si le sommet d’Istanbul est inédit par son format, il ne devrait pas être en mesure de changer la donne. Le porte-parole de la présidence russe Dimitri Peskov a affirmé, le 19 octobre courant, que le Kremlin « ne s’attendait pas à de grandes avancées ».

Les négociations diplomatiques sur la Syrie sont totalement embourbées ces dernières années, notamment du fait des nombreux veto de Moscou contre une grande majorité des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU défavorables à son allié syrien, mais aussi à cause des nombreuses fins de non-recevoir essuyées par l’émissaire onusien pour la Syrie, Staffan de Mistura, de la part du régime de Damas. La dernière remonte à mercredi et portait sur la création d’un Comité constitutionnel censé élaborer une nouvelle Constitution pour jeter les fondements d’une transition politique en Syrie. Ce comité devait être constitué de 150 personnes : 50 choisies par le régime, 50 par l’opposition et 50 par l’ONU pour inclure dans la réflexion des représentants de la société civile et des experts. C’est ce dernier tiers qui est rejeté par le gouvernement syrien. Un rejet confirmé par Staffan de Mistura hier lors d’une réunion du Conseil de sécurité.

La situation est aussi tendue du côté d’Idleb. Si l’accord russo-turc du 17 septembre dernier a permis la création d’une zone démilitarisée (DMZ) où rebelles et jihadistes doivent retirer leurs armes lourdes, les choses ne semblent pas se dérouler comme prévu sur le terrain. Alors que la date d’entrée en vigueur de cette zone était fixée au 15 octobre dernier, les combattants jihadistes présents sur place n’ont toujours pas remis leurs armes et ont au contraire promis de « poursuivre le combat ». Mais Ankara et Moscou, se voulant optimistes quant à la réussite de l’accord, ont accordé aux jihadistes un délai supplémentaire pour se retirer de la zone. Autre preuve de la fragilité de cet accord, le régime syrien fait preuve d’impatience et cherche à tout prix à reconquérir l’intégralité de son territoire. Il a mené hier des bombardements qui ont fait 7 morts, le plus lourd bilan depuis l’entrée en vigueur du deal russo-turc.

Dans ce contexte, le sommet d’Istanbul, à défaut de trouver des solutions concrètes, pourrait servir de première étape pour réunir, dans un futur proche, tous les acteurs du conflit syrien à la même table. Ce qui signifie mettre les États-Unis et l’Iran, qui sont actuellement à couteaux tirés depuis le rétablissement des sanctions économiques, l’un à côté de l’autre.



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