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Liban

« La faute n’est pas aux médias et aux journalistes, mais au système politique libanais »

Conférence

Une conférence organisée par Télé Lumière a débattu de la crise profonde qui affecte les médias libanais.

26/10/2018

La liste des maux qui affectent le paysage médiatique libanais est longue. Entre la censure, l’éthique et la liberté d’expression, entre la recherche de la vérité et la diffusion de fake news, entre l’objectivité et les affiliations aux partis et à l’étranger, quels médias pour notre monde ?

Tous ces maux reviennent incessamment sur le devant de la scène pour caractériser la crise profonde qui affecte les médias. C’est autour de ce thème que Télé Lumière a organisé tout récemment sa troisième conférence sur les médias intitulée « Quels médias pour notre monde ? » à Raboué, en présence du ministre sortant de l’Information Melhem Riachi. Ziad Sayegh, expert en politiques publiques, Ghayath Yazbeck, directeur du journal télévisé de la chaîne MTV, et Wasef Awada, directeur général adjoint de Télé Liban, ont animé la première table ronde intitulée « Les médias aujourd’hui », modérée par le journaliste Bassam Barrak.

La réponse à la problématique soulevée par M. Sayegh dans son intervention réside dans le titre même : « Du journalisme de la politique au journalisme des politiques ». M. Sayegh a déploré d’emblée l’absence de politiques publiques dans le traitement des informations et la prédominance de la politique dans le sens étroit du terme. Il s’est attardé sur le rôle des médias qui devraient selon lui braquer les projecteurs sur un événement donné, ou une cause, au lieu de se contenter de reprendre machinalement une information et de la transmettre au grand public. « Deux dilemmes se posent à ce niveau : le premier réside dans le fait d’enjoliver la situation dans laquelle se trouve le pays, pour préserver peut-être le peu d’espoir qui reste chez le peuple. Le second consiste en le fait de citer les problèmes sans prendre la peine de proposer de solutions viables », explique-t-il. « Entre les politiques et la politique, le populisme et la popularité, l’enjolivement et la beauté, et entre les valeurs et les intérêts, l’écart se creuse, alors que les médias sont censés déclencher une révolte pour l’humain », conclut M. Sayegh.

Pour se révolter, dire la vérité et la pointer du doigt, il faut commencer par être libre. « Au Liban, il y a des journalistes libres, mais pas de journalisme libre, ce qui fait que le journalisme au Liban relève aujourd’hui de l’initiative individuelle et personnelle », estime pour sa part M. Yazbek. Comment expliquer ce phénomène ? « Le paysage médiatique post-guerre civile a confirmé ce que nous avions craint : un journalisme à l’image du Liban, divisé et affilié aux pays étrangers. » Pour M. Yazbek, il va sans dire que le journalisme d’avant 1975 a contribué en partie au déclenchement même de cette guerre.

Un autre facteur vient s’ajouter à la liste : la crise de la presse libanaise. « Les syndicats sont contrôlés par les responsables et donc ne font pas preuve d’une grande efficacité, notamment en ce qui concerne la situation actuelle dans laquelle se trouvent la plupart des journalistes au Liban, déplore M. Yazbeck. Avec les licenciements arbitraires, nous nous retrouvons avec des journalistes à la recherche de leurs droits perdus plutôt qu’à la recherche de la vérité. »


« Le piège du chaos »

De quelle vérité s’agit-il lorsque la recherche s’inscrit dans le cadre d’une société hétérogène et diversifiée comme la société libanaise ? Pour M. Awada, cette quête est de plus en plus difficile. « Le sentiment de responsabilité doit accompagner le travail de tout journaliste, dans n’importe quel pays du monde, mais un journaliste dans la société libanaise est appelé à faire preuve de plus de responsabilité et d’honnêteté », affirme-t-il. « Cela ne veut pas dire qu’il lui est interdit de préférer un parti à un autre ou de prendre position vis-à-vis d’une situation donnée, mais en gardant une marge d’objectivité dans son travail », enchaîne-t-il. Autre question-clé : la liberté d’expression est-elle absolue ? Pour M. Awada, elle ne pourrait l’être. « Un journaliste doit également être libre, et la liberté va de pair avec la responsabilité. Sinon, on tombera dans le piège du chaos », rétorque-t-il. Pour lui, il est important de préciser que le journalisme est « un instrument qui peut servir le bien comme le mal », et que tout dépend de l’usage que le journaliste choisit d’en faire. « En fin de compte, la faute n’est pas aux médias et aux journalistes, mais au système politique libanais qui tend à corrompre tous les domaines », estime-t-il, avant de conclure sur une note quelque peu pessimiste : « L’équation est simple : ce système politique confessionnel n’aboutira pas à un véritable État de droit et par conséquent à un paysage médiatique sain. »

Une deuxième table ronde a été organisée sur le thème du journalisme ecclésiastique, animée par Antoine Saad, secrétaire général de Télé Lumière, Huguette Salameh, directrice du département de l’information au Conseil des Églises du Moyen-Orient, et Nagi Kozeily, professeur à l’université.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL Y A DES MEDIAS ET DES -MEDIAS- (?). DONC LA FAUTE COMMENCE AVEC CES DERNIERS !
LA CENSURE DE LA LIBERTE D,EXPRESSION DES PREMIERS QUI CONVOIENT DE JUSTES NOUVELLES EST CONDAMNABLE !
LA LIBERTE LAISSEE AUX AUTRES QUI CONVOIENT DE FAUSSES NOUVELLES EST PLUS QUE CONDAMNABLE !
LES CITOYENS SAVENT QUI SONT LES MEDIAS ET LES -MEDIAS- (?)...

gaby sioufi

en fait, la reproduction fidèle de la situation socio politique au Liban,
avec la meme heresie de porter aux nues certains journalistes, comme certains elus du peuple alors qu'ils ne le meritent guere.

Sarkis Serge Tateossian

Instructif.
Merci

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