Liban

Une lecture régionale du « nœud druze »...

Décryptage
19/10/2018

Depuis plus de quatre mois, tous ceux qui s’occupent de la formation du gouvernement n’ont cessé de parler d’« un nœud druze pratiquement inextricable ». Pendant de longs mois, les accusations et les contre-accusations ainsi que les campagnes verbales souvent violentes ont fait la une des médias, laissant entendre que le problème de la représentation druze au sein du gouvernement ne pourrait pas être réglé facilement, alors que le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt parlait même d’une guerre d’élimination menée contre lui, en refusant de lui donner les trois ministres druzes alors qu’il a obtenu la grande majorité des sièges druzes au Parlement. Même la fameuse réconciliation de la Montagne, conclue en 2001 sous le parrainage du patriarche maronite de l’époque, le cardinal Nasrallah Sfeir, a été écornée, le CPL étant accusé par le camp de Joumblatt de vouloir utiliser l’émir Talal Arslane pour l’affaiblir.

Pendant cette période, tous ceux qui, comme le président de la Chambre Nabih Berry, disaient que ce nœud n’était pas aussi inextricable qu’il n’y paraît n’ont pas été très entendus. Devant des journalistes, Berry avait même déclaré qu’il pouvait contribuer à défaire ce nœud, mais nul ne l’a sollicité à ce sujet. Et puis brusquement, ce qui semblait impossible est arrivé : le Premier ministre désigné Saad Hariri a reçu l’émir Talal Arslane pour discuter avec lui de la représentation druze au gouvernement, et le président de la République Michel Aoun a reçu à son tour le leader Walid Joumblatt, suivi le même jour de M. Arslane. C’est ainsi que les Libanais ont appris qu’il n’y avait plus de problème de représentation druze et que les deux parties concernées avaient fait des concessions pour aboutir à « une représentation équitable », c’est-à-dire qui reflète les résultats des élections législatives, avec un ministre druze pour le bloc parlementaire dirigé par l’émir Talal Arslane et un chrétien, en plus des deux druzes pour le bloc dirigé par Taymour Joumblatt.


(Lire aussi : Gouvernement : la Justice, dernier obstacle avant le dénouement ?)


Selon une personnalité druze à égale distance des deux formations, le problème ne peut pas être dissocié des développements dans la région, et en particulier en Syrie. D’après cette personnalité, lorsque la guerre en Syrie faisait rage, notamment dans le sud du pays, qui est peuplé en majorité par des druzes, à Soueida et à Quneitra, le projet des groupes de l’opposition et des parties régionales et internationales qui les appuyaient était de créer une sorte de zone tampon entre le Golan occupé et la Syrie contrôlée par le régime syrien, dans le genre de la bande frontalière au sud du Liban, qui était à un moment sous le contrôle de l’Armée du Liban-Sud dirigée par Antoine Lahd. Cette zone à majorité druze était destinée à servir de protection aux Israéliens et pouvait même être le début d’un projet de partition ou de création de cantons confessionnels en Syrie. Or, en raison de la proximité géographique, un tel projet, s’il devait être appliqué, aurait eu des répercussions sur le Liban et sur la communauté druze libanaise qui est implantée dans la montagne, entre le Sud et la Békaa. Les attentats meurtriers de Soueida en juillet 2018, qui avaient fait de nombreuses victimes parmi les civils, au point d’être qualifiés par les médias de « carnage », étaient ainsi destinés à soulever les druzes de Syrie contre le régime pour les pousser à réclamer une sorte d’autonomie sécuritaire. Il faut préciser que les druzes de Soueida avaient tenté de rester plus ou moins à l’écart des combats entre les forces du régime syrien et les groupes rebelles, en dépit de plusieurs tentatives de la part des deux camps pour les entraîner dans la tourmente. Face à l’ampleur du carnage qui avait fait plus de 220 morts, Walid Joumblatt avait haussé violemment le ton, allant même jusqu’à accuser le régime d’avoir facilité le passage des terroristes pour qu’ils puissent effectuer les attentats. Cette déclaration s’inscrivait dans la position de M. Joumblatt hostile au régime syrien et misant sur sa chute.


(Lire aussi : Gouvernement : le déblocage serait imminent, le décryptage de Scarlett HADDAD)


Mais les développements sur le terrain allaient au-delà de ces considérations pour s’inscrire, toujours selon la personnalité druze, dans le cadre d’un plan d’effritement de la Syrie qui aurait pu atteindre le Liban par ricochet, et Walid Joumblatt considère que sa priorité est de préserver la communauté. Pour en savoir plus, il a envoyé son fils à Moscou pour sonder le terrain sur le plan russe pour la Syrie, et notamment pour les druzes. Toujours selon la même personnalité, Taymour Joumblatt serait revenu avec des assurances russes sur la protection de l’intégrité du territoire syrien et de la centralité de l’État. De fait, les développements sur le terrain ont montré que les forces du régime syrien ont repris le contrôle de toute la région du sud du pays, jusqu’au Golan occupé et jusqu’à la frontière avec la Jordanie. Les druzes de Syrie ont proclamé leur allégeance à Bachar el-Assad et à l’armée syrienne et le plan de démembrement de la Syrie a tourné court, au moins dans le sud du pays. Selon la personnalité druze précitée, ce serait la véritable raison derrière le changement de ton de Walid Joumblatt concernant la formation du gouvernement, ainsi que sur le plan des relations avec la Syrie, pour préserver les intérêts économiques du Liban.


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Chere Madame
article tres clair mais la seule verite est que
LES DRUZES FONT TOUJOURS ALLEGEANCE AU GOUVERNEMENT DES PAYS DANS LEQUEL ILS VIVENT ET N'ONT JAMAIS ETE CONTRE CE PAYS
C'EST POUR CELA QU'AU LIBAN , EN SYRIE ET SURTOUT EN ISRAEL ILS SONT FIDELES AU PAYS OU ILS RESIDENT
Enlevont uniquement la periode de la guerre fratricide au Liban et les meurtres des chretiens dans la montagne alors que l'etat n'existait plus a leurs yeux , ils ont toujours suivi ce principe toute autre consideration n'etant pas de mise

Wlek Sanferlou

"le plan de démembrement de la Syrie a tourné court, au moins dans le sud du pays"... Car le reste du pays conte pour des cacahuètes...si le sud n'est pas démembré on est bon...tout comme au Liban tout un chacun suit ses tendances sectaires et voue allégeance a ses dignitaires religieux aux dépend de la patrie mais le pays est uni!!!

Le paradoxe est la dogme dans nos régions!

P Aznavourian

On est tellement bien éclairé qu'on aperçoit quelques anges et le prince Malko Linge.

ACE-AN-NAS

Waou !

Analyse très bien étayée basée sur des faits qui se tiennent , on ne peut pas ignoré le lien que les communautés syriennes ont avec celles du Liban , surtout les minorités sur lesquelles surfent les prédateurs d'israel .

Profonde analyse qui mène large à la lumière de la guerre géopolitique qui se fait en ce moment , et pour laquelle les résistants au complot , tiennent la dragée haute aux malfaisants .

Permettez une bise sur chaque joue Scarlett et bon week-end .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QU,EST-CE QUE LA GUERRE DE SYRIE A A FAIRE AVEC LES CONFLITS PERSONNELS DANS LE CAMP DRUZE TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD ? C,EST UN COMBAT INTESTIN AU LEADERSHIP DE LA COMMUNAUTE DRUZE LIBANAISE ! LES DIVAGATIONS SONT CONDAMNABLES...

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